Adapter le système ou adapter l’élève

Une question intéressante tourne autour du possible et du souhaitable : peut-on réellement adapter le système scolaire pour qu’il fonctionne de façon à accueillir tous les enfants, quelles que soient leurs difficultés, voire leur handicap, ou doit-on se contenter d’aider l’enfant à s’adapter à un système qui n’est pas, a priori, prévu pour lui ? Autrement dit, doit-on adapter le système ou adapter l’élève ? En fait, la différence entre un enseignement d’adaptation et un enseignement adapté est de taille. Le premier vise à adapter et réadapter l’élève au système, sans que ce dernier subisse une remise en question du modèle préétabli. Le second vise à adapter l’enseignement ordinaire au niveau des potentialités de l’élève, donc en portant des retouches au modèle.

adapter le système éducatif

Apport des recommandations officielles

Une première réponse est apportée par les recommandations officielles qui, comme il a déjà été mentionné, ont fixé comme objectif général. “Introduire au sein de la classe ordinaire une pédagogie permettant à l’enseignant titulaire de s’occuper de tous les élèves par le développement de la différenciation ». Autrement dit, selon les directives officielles, on doit œuvrer à adapter le système scolaire. Or, si l’intention est louable et généreuse, elle pose, au quotidien, des questions difficiles.

L’exemple qui va suivre montre pourquoi, souvent, on doit aider l’élève à s’adapter au fonctionnement de l’école. On doit différer le changement des pratiques, si ce n’est carrément y renoncer. Valérie est en appui pédagogique pour des difficultés d’orthographe. Comme elle ne sait pas préparer correctement ses dictées à la maison. On lui conseille une procédure consistant à repérer dans le texte les difficultés grammaticales et à visualiser les mots difficiles. Un jour, elle nous annonce que, dorénavant, la maîtresse a décidé de ne faire que des dictées non préparées. Les élèves sont, selon elle, assez grands maintenant pour réaliser ce type d’exercices. Dans ce cas, on peut répondre calmement à l’élève que. Soit, dorénavant on s’entraînera en appui à l’exercice de dictée lui-même ! L’autre possibilité eût été de démontrer à la maîtresse que, probablement. Elle venait de choisir le plus mauvais moyen pour apprendre l’orthographe à ses élèves… adapter le système

Adapter le système concernant le contenu des apprentissages

Un autre exemple permettra de questionner l’organisation du programme et le projet global poursuivi à l’école. Theytaz distingue, à ce propos, les objectifs travaillés en classe et les apprentissages qui sont réellement utiles dans la vie de tous les jours. “L’intérêt porté sur l’apprentissage en général et ses processus nous amène à réfléchir plus particulièrement sur les apprentissages déterminants pour la réussite ou l’échec à l’école. Et les apprentissages utiles, pour l’avenir, dans la vie de tous les jours, et à les distinguer”.

Cécile signalée en appui par l’enseignant titulaire de quatrième primaire pour des difficultés en mathématiques et en composition. En termes de « projet global », le travail en composition semble prioritaire: plus tard, lorsqu’elle sera adulte, Cécile devra évidemment être capable de rédiger une lettre, d’écrire une demande, etc. Dans l’immédiat, Cécile est en difficulté scolaire et, au vu de ses résultats actuels, elle ne sera pas promue en cinquième.

Est-ce qu’on va choisir de poursuivre en priorité l’objectif général de composition. Ou va-t-on se concentrer sur l’apprentissage des diagrammes de Carroll, les réseaux et la base cinq dont on ne voit pas l’apport déterminant dans une perspective de projet global ? Si on choisit pourtant cette deuxième solution, elle permettra certainement à Cécile d’améliorer ses résultats et sa moyenne générale. La note de maths compte double dans le calcul. Elle lui permettra ainsi d’être promue en cinquième primaire. Pragmatique, on a choisi finalement la deuxième solution. adapter le système

adapter le système

En résumé…

Certes, le choix n’est pas toujours évident entre l’adaptation du système à l’enfant et l’adaptation de l’enfant au système. De plus, seule la problématique des objectifs scolaires abordée ici. Il faudrait également parler du développement de l’autonomie. De la responsabilité, de la confiance en soi, de la capacité de travailler en collaboration, etc. Si l’on réfléchit en termes de projet global, ceci paraît infiniment plus important que la maîtrise du « groupe prépositionnel complément de phrase »…

Il est clair qu’on ne doit pas négliger le rôle que l’enseignant peut jouer dans le questionnement des pratiques et du projet global poursuivi par l’institution scolaire. Mais, dans le quotidien de sa tâche, il doit souvent apporter une réponse immédiate à la détresse de l’enfant. C’est d’ailleurs probablement dans les réponses qu’il apporte quotidiennement aux difficultés des enfants qu’on peut questionner le système. Les interrogations autour des difficultés de mémorisation ou des problèmes d’orthographe permettront peut-être à l’enseignant spécialisé et à celui titulaire de reconsidérer le projet global de l’apprentissage de l’histoire et de l’orthographe à l’école primaire. Un premier pas vers le questionnement de l’institution franchi. Un grand pas pour l’enseignant en question, mais un petit pas pour l’école…

Pour conclure, on peut donc souligner que la question « adapter le système ou adapter l’élève ? » trouve sa réponse dans l’articulation objectif général / objectif spécifique. Par l’aide individuelle et différenciée d’une part (objectif spécifique) et par le travail de collaboration avec les titulaires d’autre part. La structure d’appui permet de dynamiser le fonctionnement de l’école en général. Et de modifier l’attitude des enseignants face à la différence (objectif général).

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