Améliorer la mémoire lexicale pour réussir l’apprentissage des langues

Le lexique pose des problèmes énormes de mémorisation en milieu scolaire. Toutes les acquisitions sont tributaires de rebrassages fréquents. Il s’agit de creuser la trace mnémonique. On peut faciliter la tâche des élèves si l’on tient compte des résultats de diverses recherches. En effet, pendant des décennies, on a eu tendance à négliger le rôle de la mémoire pour la réussite scolaire. On pensait, dans le courant piagétien, que ce qu’il fallait développer en priorité, c’était la pensée logique, le raisonnement. Mais la mémorisation à long terme des éléments langagiers ou encore la mémoire lexicale est un facteur essentiel de réussite dans le domaine des langues où le savoir, comme en mathématiques, est cumulatif.

D’ ailleurs, les chercheurs ont maintenant prouvé que s’il existe bien une corrélation entre pensée logique, raisonnement et réussite scolaire, la corrélation est encore plus forte entre réussite et mémoire à long terme et ce, pour toutes les disciplines.

la mémoire

Les deux aspects de la mémorisation

On est en droit de se demander comment l’élève apprend (plus ou moins) tant de mots ? C’est grâce à la lecture. En effet, au cours d’une activité de lecture, la mémoire est sans cesse sollicitée. Pour comprendre le rôle de la lecture dans l’acquisition du vocabulaire, il faut savoir que la mémoire verbale, la mémoire des mots et du langage, regroupe en fait deux aspects de la mémorisation:

  • La mémoire lexicale stocke la morphologie du mot: caractéristiques phonétiques et orthographiques.
  • La mémoire sémantique stocke uniquement le sens des mots, le concept.

De toute évidence, la lecture favorise le développement de la mémoire lexicale. A force d’être répété dans un livre, un mot sera stocké orthographiquement et phonétiquement des dizaines de fois. Les processus de construction de la mémoire sémantique sont moins évidents. Mais un paragraphe, une phrase bien formé, permettront de dégager les traits sémantiques d’un concept, processus d’abstraction. Le secret de la lecture repose donc sur une sorte de calcul du sens s’appuyant sur les connaissances structurées de la mémoire sémantique.

Certaines règles pour stimuler la mémoire lexicale

Il importe donc d’aider l’élève à structurer ses connaissances pour qu’elles s’ancrent plus facilement en mémoire à long terme. Dans ce but, il serait sage de respecter certaines règles. Par exemple, il faut veiller à ne pas saturer la mémoire à court terme dont on sait que les capacités n’excèdent pas 7 éléments en langue maternelle.

Certains modes de stockage sont plus efficaces que d’autres, notamment tout ce qui se fonde sur l’utilisation d’images. Ce sont les images qui sont le mieux rappelées et le mieux reconnues. Elles bénéficient en fait d’un double codage, imagé et verbal. Inconsciemment, les dessins sont recodés verbalement.

On a pu déterminer par exemple que les mots concrets se retiennent mieux en association avec des images mentales. D’où l’intérêt de les visualiser ou de les faire visualiser aux élèves qui n’y songeraient pas. Cécile Delannoy signale que contrairement à une idée répandue, il n’est pas nécessaire de doubler l’information perçue.C’est à dire de proposer systématiquement aux élèves et une source visuelle et une source auditive pour véhiculer la même information. Ce n’est pas au moment du contact avec la ou les sources d’information que se fait l’assimilation. Ce qui favorise grandement l’assimilation, c’est l’activité que fournit la mémoire de travail pour doubler l’information perçue en la recodant. Il faudrait donc laisser du temps à l’élève pour qu’il fasse lui-même l’effort de recoder l’information proposée.

Pour les termes abstraits, le travail d’assimilation, s’il peut bien sûr donner lieu à des visualisations, peut prendre bien d’autres formes. On a pu établir que les termes abstraits se retiennent mieux en association avec des éléments d’ordre linguistique. On devrait donc favoriser les classements variés: sémantique, grammaticale, par opposition… Ce qui importe, c’est de donner aux élèves des occasions variées de traiter l’information.

Créer des relations entre les mots favorise la mémoire lexicale

On retient plus facilement les termes qui appartiennent au niveau intermédiaire de hiérarchisation ou de mémoire lexicale, sans doute parce qu’ils renvoient à une réalité connue de tous. Il y aurait donc intérêt à partir des termes intermédiaires pour aborder ensuite des termes plus généraux ou plus spécialisés. Les significations sont en effet des concepts placés en réseaux dans la mémoire à long terme. Les significations traitées et stockées en tant que relations entre des concepts. Apprendre un mot de façon isolée risque donc fort d’aboutir à l’oubli de ce mot.

Pour favoriser la mémorisation du lexique, il faut donner aux élèves l’occasion de créer des relations multiples entre forme et sens des mots. En effet, les recherches ont montré que la compréhension d’un concept est principalement assurée par deux grands mécanismes. D’une part, le positionnement dans une hiérarchie de concepts. D’autre part la définition plus précise du concept grâce à des propriétés spécifiques. Dans tous les cas que nous venons d’évoquer, il s’agit bien de permettre une structuration des connaissances de l’élève.

Il ne faut pas non plus négliger le fait que le sens de nombreux termes est lié à des impressions sensorielles et motrices. Pour faciliter la mémorisation, l’action personnelle, la dimension kinesthésique est de première importance, surtout si l’élève est jeune.

la mémoire lexicale

En résumé…

Pour résumer, on peut affirmer que ce sont les significations à représentations multiples qui sont mentalement les mieux ancrées. En effet, le rappel des éléments ainsi stockés se facilite par la possibilité d’avoir recours à différents indices de rappel. Il ne faudrait pas oublier que les facteurs émotionnels jouent également un rôle très important dans le fonctionnement de la mémoire lexicale. Un climat émotionnel négatif peut bloquer le fonctionnement du cerveau limbique par lequel transitent toutes les informations, aussi bien celles que l’on encode (informations montantes) que celles que l’on rappelle (informations descendantes) stockées dans la mémoire à long terme. À l’enseignant de veiller à créer et maintenir un climat d’apprentissage aussi positif que possible.

À lui aussi d’organiser le rebrassage des mots appris. Il faudrait réhabiliter la pédagogie du lexique au quotidien et veiller aux plus modestes, mais aux plus indispensables tâches : cumulativité des acquisitions, vérification renouvelée des acquisitions nouvelles, rebrassage très intensif des acquisitions antérieures mais selon des modalités diverses qui déguisent et fassent oublier l’austère nécessité de la répétition, etc. Cela l’a rien de difficile intellectuellement, mais il ne faut surtout pas prendre ces humbles, patientes et tenaces phrases d’apprentissage pour acquises ni supposer le problème spontanément résolu.

2 Commentaires

  1. Pour apprendre une langue étrangère, il est fondamental de maîtriser sa langue maternelle! Au renommé Institut Goethe (Allemagne), c’est condition à satisfaire pour pouvoir s’inscrire au cours d’allemand! Cela me paraît d’une logique implacable! Particulièrement dans la langue germanique la plus difficile vu qu’ elle comporte des déclinaisons.Les déclinaisons sont rébarbatives car d’une part on ne fait plus guère du latin et d’autre part on ne connait pas la grammaire et par suite pas la nature et fonction des mots (quand on connait les mots!!!).Cette condition étant satisfaite, les trucs et les ficelles qui sont des sujets de prédilection des pédagogiste ne sont que des emplâtres sur une jambe de bois!! Il est tout de même navrant qu’on fasse le déni de la maîtrise du français ou qu’on minimise son apprentissage (réduction du nombre de cours, des exigences!) !!!La maîtrise de la lecture en français est fondamentale pour être capable d’étudier, en comprenant, n’importe quel cours.

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