Apprentissage culturel et interculturel en classe

Contrairement à la compétence de communication, la compétence culturelle ou interculturelle ne fait pas partie de l’objectif didactique de l’enseignement des langues sur le plan de l’apprentissage. Dans le domaine de l’interculturel, aucune activité n’autorise une meilleure compréhension envers les membres de la culture étrangère ni une décentration des attitudes et des valeurs envers la culture maternelle des apprenants. La priorité des cours de langue, centrée sur la communication, ne tend pas vers la mise en place de pratiques pédagogiques basées sur les normes d’interactions verbales exigeant la connaissance de certains comportements socioculturels. L’apprentissage de l’utilisation des normes qui règlent les conduites communicatives est inexistant.

Apprentissage culturel

L’apprentissage culturel/interculturel dans les manuels d’enseignement

L’enseignement/apprentissage des langues s’appuie essentiellement sur les recherches menées en sciences du langage. Tout manuel de langue repose sur un curriculum. On y définit des objectifs, des contenus, des supports d’apprentissage, des démarches pédagogiques et des modes d’évaluation. Cependant, si ce curriculum existe dans l’approche de la langue et de la communication. Force est de constater son absence sur le plan culturel et interculturel dans les cours et les manuels de langue.

Il existe, certes, des contenus culturels présentés dans un ensemble de documents dont le but est de transmettre des connaissances sur des faits de société, des informations touristiques ou anthropologiques. Ils renseignent sur les coutumes, les mentalités, la vie quotidienne…

Les contenus culturels illustrent également des scènes de la vie quotidienne. Et ce à travers des dialogues où on introduit des formes de salutations, des prises de contacts, des modes d’adresses…

manuels d’enseignement

L’exploitation des contenus culturels en classe

Le premier objectif poursuivi est l’exploitation langagière et l’entraînement à la communication, qu’elle soit simulée ou authentique. Un exercice sur le classement des plats d’un menu, par exemple, a pour objectif la mémorisation du lexique relatif au thème traité dans l’unité.

Le second objectif est l’apport de connaissances: apport de nouvelles données culturelles ou réactivation de connaissances acquises.

Le troisième objectif repose sur la comparaison de la culture étrangère et de la culture maternelle. Néanmoins, les documents informatifs concernent uniquement la culture étrangère. Ils présentent des données culturelles que les apprenants confrontent avec les connaissances partielles et intuitives qu’ils ont de leur culture maternelle.

Le dernier objectif est une amorce de l’approche interculturelle. On présente aux apprenants un ensemble de stéréotypes émanant de la culture maternelle concernant les membres de la culture étrangère, et vice-versa. Les apprenants doivent donner leur opinion. Mais ils ne sont pas confrontés aux effets que ces stéréotypes provoquent et aucune démarche de réflexion ne leur est soumise. Par conséquent, d’après la reconnaissance de l’inséparabilité de la langue et de la culture dans les cours de langue, la dimension culturelle en classe de langue est exploitée de la manière suivante :

  • la culture étrangère est présente implicitement et donne lieu à une exploitation communicative. Nous sommes en présence de la culture « avec et par la langue ».
  • la culture étrangère est présente explicitement dans les documents. Elle donne lieu à des discussions sur différents sujets, le plus souvent basés sur les connaissances et les opinions des apprenants.
  • dans la majorité des cas, les contenus culturels suivent la thématique des unités dont ils dépendent et on les exploite pour l’apprentissage de la grammaire et de la communication.

Quelques raisons pour l’absence de l’apprentissage culturel et interculturel

En premier lieu, l’apprentissage culturel suppose des connaissances dans différentes disciplines annexes de la linguistique et dans d’autres disciplines issues des sciences humaines pour lesquelles les enseignants, les formateurs et les auteurs de méthode n’ont pas été formés. En effet, la formation classique d’un enseignant de langue est avant tout littéraire et linguistique. Et chacun se débrouille comme il peut…

En deuxième lieu, les tentatives d’introduire ces différentes disciplines existent. Mais, elles ne sont pas encore prises en compte ni officialisées dans les manuels de langue. L’approche interculturelle, par exemple, est présente dans les cours de langue sous forme de sensibilisation à l’altérité. Mais l’exploitation pédagogique n’est jamais orientée vers une prise de conscience du fait que la culture maternelle est toujours considérée comme la culture de référence (ethnocentrisme). L’objectif de cette approche, qui vise la relativisation de la culture maternelle, ne peut se limiter à la simple sensibilisation.

Dans une démarche interculturelle, on amène les apprenants à être confrontés à une autre réalité culturelle que la leur. Dans une approche visant la prise de conscience de l’altérité, confronter signifie vivre la relation avec l’autre, dans la communication et en dehors de celle-ci, à travers la découverte de traditions, d’habitudes, de règles… En ce qui concerne l’ethnocentrisme, la démarche consisterait à faire découvrir aux apprenants les mécanismes qui entraînent l’adhésion aux valeurs de la culture maternelle. Plus les apprenants en auront conscience, plus ils seront capables d’objectiver leur vision du monde.

En dernier lieu, le manque de formation dans ce domaine conduit inévitablement à des erreurs dans les démarches d’apprentissage proposées: demander à l’apprenant de se mettre dans la peau d’un étranger, de reproduire des gestes et des mimiques dans les conversations, etc. Ces procédés sont dangereux, car ils ne font que réitérer les stéréotypes.

Exemples à développer pour un apprentissage interculturel

En didactologie des langues-cultures étrangères, on a un courant didactique qui considère que les finalités de l’enseignement des langues-cultures visent la compréhension et la reconnaissance des membres d’une culture étrangère par l’étude de leur langue et de leurs spécificités culturelles. Nous vivons néanmoins à une époque où la compétence à communiquer devient de plus en plus synonyme de pragmatisme fonctionnel, ce qui ne fait qu’accentuer le fossé entre la connaissance de la langue et la reconnaissance des cultures.

Voici quelques idées à développer pour aboutir à un apprentissage culturel et interculturel en classe :

  • La création d’un manuel intégrant l’apprentissage de la langue et de la culture étrangère sur le même pied d’égalité permettrait de traiter l’objectif communicatif et culturel dès le début de l’apprentissage et autoriserait la légitimation de la didactique des cultures. Espérons que ce premier pas sera franchi dans les récents manuels issus de l’approche actionnelle.
  • Une autre nécessité est que les formateurs/enseignants proposent davantage d’ateliers pédagogiques qui traitent de l’apprentissage interculturel. Toutefois, ces derniers auront à se pencher sur l’étude de disciplines qui ne leur sont pas familières, mais cette démarche est incontournable.
  • Le rapprochement entre la recherche en didactique et la pédagogie des langues est aussi nécessaire. La plupart des chercheurs écrivent pour d’autres scientifiques et les enseignants n’ont guère accès à l’actualité didactique. En outre, les ouvrages de vulgarisation scientifique sont rares, en tout cas, peu utilisés par les enseignants.
  • L’élaboration de manuels contextualisés plutôt que de manuels universalistes moins adaptés aux situations d’enseignement exolingue.
  • Élaborer une méthodologie qui prenne doublement en considération la culture étrangère et la culture maternelle de l’apprenant, n’est certes pas une entreprise aisée. Toutefois, sa mise en œuvre est réalisable à condition de respecter quelques critères didactiques incontournables.

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