EnfancePédagogie

Apprentissage de lecture contraintes et perspectives de remédiation

Dans cet article, on se propose de saisir les diverses contraintes qui pèsent sur l’apprentissage de la lecture. Cet apprentissage constitue dans le parcours de l’enfant un obstacle parfois difficile à franchir. Il est clair qu’il est soumis à un ensemble important de contraintes, l’approche cognitive n’apportant en fait qu’un éclairage. Nous essayons de constituer une tentative de synthèse de l’ensemble des contraintes qui pèsent sur l’apprentissage de la lecture afin de mieux en cerner toute la complexité.

Nous distinguerons les contraintes internes à l’enfant, qui concernent à la fois les dimensions cognitives, langagières, conatives et psychoaffectives, des contraintes externes, qui relèvent d’une part de l’environnement familial et scolaire, et d’autre part des propriétés de la langue dans laquelle s’effectue l’apprentissage.

Apprentissage

Synthèse des contraintes de l’apprentissage de la lecture

Du côté cognitif, on distingue les capacités très générales telles que la perception, l’attention, la mémoire, le raisonnement, les capacités intellectuelles non verbales, des capacités spécifiques à la lecture, l’identification des mots. Celle- ci dépend à la fois de l’instruction et des connaissances précoces sur l’écrit. Connaissances des lettres, connaissances phonologiques, morphologiques et orthographiques. Très tôt, le jeune enfant prend progressivement conscience du fonctionnement de la langue écrite. Et des liens entre l’oral et l’écrit, notamment via la connaissance du nom des lettres. L’aspect conatif concerne la motivation, l’estime de soi et les capacités d’autorégulation. Enfin, la composante psychoaffective mérite d’être signalée. Comment imaginer qu’un enfant préoccupé par des problèmes liés à des affects envahissants (angoisse par exemple) soit réellement disponible pour apprendre à lire ?

Deux types de contraintes externes vont avoir un impact sur les performances en lecture. Celles qui relèvent de la langue et celles qui relèvent de l’environnement socio- éducatif. Le code orthographique spécifique à chaque langue, plus précisément le degré de transparence de l’orthographe, joue un rôle dans l’apprentissage de la lecture, les langues transparentes (avec des relations régulières entre graphèmes et phonèmes) permettant un apprentissage plus rapide. La complexité syntaxique des phrases ou du texte à lire constitue d’autres contraintes ayant un impact sur le processus de compréhension.

Les contraintes socio- éducatives relèvent de la famille et de l’école. L’effet du milieu familial est évidemment présent. On connait par exemple l’effet du niveau d’exposition à l’écrit sur le développement des représentations orthographiques. Et l’effet de la qualité des interactions mère- enfant sur le début de l’acquisition de la lecture. Les contraintes institutionnelles (milieu scolaire) agissent indirectement sur la réussite en lecture. On évoque notamment l’effet des méthodes d’enseignement et de l’organisation pédagogique sur les performances en lecture- écriture.

Comment réduire l’ampleur de ces difficultés ?

Pour résumer, il s’agit d’évaluer, de stimuler/renforcer et de réévaluer. La création d’ateliers réduction des difficultés en lecture par cycle regroupant les élèves en fonction de leurs difficultés spécifiques et bien repérées pourrait constituer une condition favorable. Pour la composante identification de mots écrits, des entraînements pourront porter sur les trois niveaux, phonologique, orthographique et sémantique. Au niveau phonologique, dès le début du CP, des entraînements systématiques portant sur les habiletés phonologiques et en particulier sur la prise de conscience du phonème sont nécessaires pour les enfants qui ont un faible niveau d’habiletés phonologiques. Toutefois, un entraînement qui couple prise de conscience des phonèmes et apprentissage des lettres est plus efficace. Les enfants qui ne maîtrisent pas les mécanismes du décodage grapho-phonologique devraient pouvoir bénéficier d’entraînements audiovisuels. (liens entre unités orthographiques et unités phonologiques à renforcer) pour faciliter la pratique du décodage phonologique.

Par exemple, les exercices d’entraînement explicite au traitement des unités sous- lexicales larges (particulièrement la syllabe) peuvent s’avérer utiles pour les enfants présentant des difficultés d’identification de mots écrits. Le niveau orthographique sera renforcé en développant le traitement visuo-attentionnel, qui vise à stocker rapidement une séquence de lettres. Le niveau sémantique renvoie plus généralement au développement du vocabulaire (extension : nombre de mots connus ; profondeur : étendue des connaissances relatives à chaque mot) et à la morphologie. Des entraînements portant sur les habiletés morphologiques pourraient également contribuer à une meilleure identification des mots. Dans une méta- analyse examinant les effets d’un entraînement morphologique, constatent qu’un tel enseignement est bénéfique dès le début de l’apprentissage de la lecture. Il est toutefois d’autant plus efficace qu’il est associé à celui d’autres caractéristiques du mot (composantes sémantique, phonologique, orthographique).

Apprentissage de lecture

En ce qui concerne la compréhension

Pour la composante compréhension, l’entraînement pourra porter sur le traitement syntaxique. (savoir traiter des phrases de plus en plus complexes). Sur le traitement littéral (savoir extraire les informations explicites du texte) et sur le traitement inférentiel. Sur ce dernier point, on pourra distinguer lors de l’entraînement les inférences de cohésion (relier les informations disponibles d’un texte). Et les inférences de connaissances (savoir relier les informations du texte et celles du lecteur). À noter que pour la compréhension, un entraînement dans l’une des modalités orale ou écrite ou dans les deux est utile, en particulier pour ceux qui identifient faiblement.

En outre, la lecture de documents numériques devra également faire l’objet d’exercices pour tendre vers une lecture fonctionnelle et diversifiée. On peut préconiser l’utilisation d’une évaluation informatisée avec des épreuves standardisées. Après cette phase évaluative, la mise en place d’ateliers pourra être effective avec l’utilisation d’outils informatisés avec des logiciels adaptés. Si le renforcement des processus d’identification de mots écrits est généralement individuel. La stimulation des processus de compréhension peut s’effectuer individuellement. Mais aussi collectivement par petits groupes pour activer et échanger les connaissances générales et spécifiques nécessaires à la compréhension de textes narratifs et documentaires. Après la mise en place du programme d’entraînement sur une période donnée. Une nouvelle évaluation nécessaire pour juger de l’impact potentiel qu’ont eu les entraînements en atelier. Ici, l’enfant est en autonomie d’apprentissage, condition pour multiplier le temps d’enseignement pour ceux qui présentent des difficultés de lecture.

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