Bien développer la pensée de l’enfant en classe maternelle

Cet article est né d’une préoccupation profonde à l’égard de la place qui est dévolue au langage à un moment crucial de la vie d’un enfant : son année en classe maternelle. Certes, personne ne contestera l’importance du langage dans le développement de l’enfant. Pourtant, quand on se penche sur les pratiques à l’entrée à l’école, quand on examine les programmes, on peut s’interroger sur la forme que prend cette reconnaissance, de la place que le langage devrait occuper à la maternelle. Le plus récent programme d’éducation préscolaire insiste sur une utilisation fonctionnelle du langage, au gré des activités de la classe, et semble ainsi considérer que cela suffit à assurer le développement des habiletés verbales de l’enfant.

Placé dans un environnement riche et stimulant, l’enfant développe, à l’oral et à l’écrit, des habiletés de communication qui lui  permettent d’affirmer sa personnalité, d’entrer en relation avec les autres, de construire sa compréhension du monde et de mener à terme une  activité ou un projet. Par des jeux et des échanges avec les autres enfants, il observe, anticipe et expérimente.  Il découvre des façons variées de dire, de faire, de comprendre les choses et de résoudre un problème  Il partage ses découvertes et accède progressivement à une pensée autonome, critique et créative.

enfant en classe maternelle

Percevoir le langage comme l’habillage d’une pensée préconstruite

En fait, la communication et le langage se lient au cheminement cognitif de l’enfant.  Cette incursion dans le programme d’éducation préscolaire renvoie à des conceptions courantes de la langue et du langage. Et à la difficulté de les penser en lien avec l’activité cognitive. D’une part, le langage ppréhendé davantage comme une forme qu’un contenu. Et comme une réalité en quelque sorte extérieure au sujet parlant qui devrait l’utiliser en suivant des règles. Du respect du sujet de conversation jusqu’aux règles morphologiques en passant par les conventions de discours. Le savoir parler se confond alors avec la maîtrise de conventions. 

D’autre part, le langage est le plus souvent perçu comme l’habillage d’une pensée préconstruite. Ne dit-on pas qu’on « exprime sa pensée ». On néglige ainsi une fonction centrale du langage qui en fait un instrument pour penser. Par divers chemins, les recherches font voir les liens nécessaires à établir afin de mieux prendre en compte que c’est dans le contexte du dialogue et de l’interaction sociale, au sein d’une culture donnée, que le langage et la cognition se développent. Citons en particulier le rôle déterminant des interactions verbales dans les contextes de la vie quotidienne. 

On souligne qu’à leur arrivée en classe maternelle, la plupart des enfants sont avancés dans leur développement langagier. Tant sur le plan du vocabulaire et de la syntaxe que sur le plan pragmatique. Notamment par la capacité qu’ils ont de s’adapter à la situation et à leur interlocuteur. Pourtant les activités qu’on leur propose ne sont pas nécessairement à la hauteur de ces compétences.

Développer le langage oral en classe maternelle

Sans doute, il faut insister sur la nécessité de continuer à développer le langage oral à la maternelle en le liant aux capacités cognitives. Trop souvent, la préoccupation pour le langage se limite à l’accroissement du vocabulaire.  On rappelle que c’est en contexte que les enfants ont appris les composantes de leur langue. Celles-ci ne doivent pas être abordées isolément. Il importe par conséquent de favoriser les situations de communication authentique variées en classe maternelle. Faut-il privilégier notamment des contextes favorisant la discussion. Au cours desquels l’enfant peut mettre des mots sur sa compréhension des choses et entrer dans un oral réflexif.  Après avoir examiné comment le langage est pris en compte dans trois ouvrages consacrés au préscolaire. Plessis-Bélair conclut que la maternelle se doit de proposer des activités qui stimulent le langage et la pensée.

En effet, les enfants de 5 ans peuvent témoigner bien davantage de leur capacité cognitive à l’oral qu’à l’écrit. C’est cette capacité à utiliser des habiletés intellectuelles de niveaux supérieurs qui doit être provoquée par des contextes favorisant son utilisation et son expression. Ces propos nous rappellent que l’enfant qui fréquente la maternelle doit être reconnu comme une personne dotée d’une intelligence en développement. A ce titre, il a besoin de la médiation de l’adulte pour progresser.  Ses besoins ne sont pas uniquement d’ordre affectif (sécurité, reconnaissance, estime de soi).  Que ce soit au plan social, intellectuel ou affectif, le langage joue un rôle fondamental. Car il s’agit bien de parler pour penser, apprendre et se construire.

classe maternelle

Pratiques de classe maternelle permettant à l’enfant de réfléchir en s’aidant du langage

Il n’est pas évident pour les enseignants en classe maternelle de savoir comment mettre en place des contextes pour permettre à l’enfant de réfléchir en s’aidant du langage. La causerie peut devenir une conversation à plusieurs stimulants pour le langage et l’élaboration de la pensée. Aussi, le jeu dramatique, quand on sait l’exploiter, permet de créer des situations de communication authentiques et significatives pour entrer dans la langue et la culture. L’intervention de l’adulte dans l’activité de lecture d’albums est déterminante. Pour assurer le développement d’habiletés cognitives indispensables à une véritable entrée dans l’écrit.

D’ailleurs, animer une causerie de manière à en faire une activité constructive pour le langage et la pensée. Bien que la causerie figure parmi les routines les mieux implantées de la maternelle. Les recherches montrent que cette activité est difficile à animer. Et qu’elle est loin d’atteindre les objectifs qu’on lui assigne. Notamment en raison du caractère informatif donné. Et du fait que l’institutrice parle plus que tous les enfants réunis.

En reconnaissant que le langage est un système d’action, qui médiatise à la fois les processus cognitifs et les processus communicatifs. Doyon et Fisher font valoir qu’il n’est pas dissociable de l’interaction sociale. C’est dans le contexte même d’échanges conversationnels que l’enfant s’approprie la langue et la culture de son milieu.  Il importe donc que la causerie fasse place à la parole des enfants en classe maternelle. En exploitant une variété de fonctions communicatives pour contribuer véritablement au développement cognitif et langagier. 

En agissant sur des facteurs comme la gestion des comportements et de la parole, l’orientation communicative donnée à la séance et la qualité des rétroactions de l’institutrice. Il devient possible de faire vivre aux enfants des moments de langage en grand groupe. Qui favorisent le développement du langage et de la pensée.

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