Comment faire une autorité sans être autoritaire

Sans être autoritaire, l’enseignant peut bénéficier des bienfaits de l’autorité pédagogique en classe. Celle-ci s’exprime à travers sa capacité à concevoir et à mettre en place un environnement d’apprendre propice à l’épanouissement de chaque sujet apprenant. Cette autorité pédagogique s’articule autour des compétences relatives à la personnalisation des dispositifs pédagogiques et didactiques, le développement du sentiment de l’estime de soi de l’élève, la mobilisation de sa motivation pour apprendre et l’adoption par l’enseignant des attitudes d’empathie dans son agir communicationnel avec les apprenants.

l’estime de soi en classe

Le développement de l’estime de soi de l’élève : un préalable nécessaire à l’exercice et la reconnaissance de l’autorité de l’enseignant

En réalité, aucun élève ne reconnaît l’exercice d’une autorité qui l’installe dans le déni et la sous estimation de soi. L’autorité de l’enseignant naît donc d’une posture primordiale dans laquelle l’élève se forge une estime de soi de plus en plus valorisée. Cette posture amorce et conditionne la reconnaissance véritable de l’autorité enseignante par l’élève, parce qu’elle ouvre à l’élève un horizon d’épanouissement et d’accomplissement de soi et le fait sortir des sentiments de frustration et d’angoisse. On ne le rappelle pas assez : c’est la sous estime de soi qui renvoie l’élève dans les ténèbres de violence, de rejet communicationnel et de la transaction bloquée avec soi et les autres.

L’estime de soi est une prise de conscience de la valeur de soi. Elle se caractérise par le fait qu’elle n’est pas statique et qu’elle est évolutive. Elle renvoie à une dynamique intrapsychique qui résulte de l’articulation entre les réussites (soi actuel) et les aspirations du sujet (soi idéal). Ainsi, plus la distance entre le soi réel et le soi idéal est grande, dans le sens que les succès ne correspondent pas aux ambitions, plus un individu aurait tendance à avoir une estime de soi faible.

En plus, l’estime de soi est le résultat d’une dynamique transactionnelle. L’échange avec autrui est très déterminant dans l’élaboration de l’estime de soi chez le sujet. En fait, c’est le regard des autres qui renvoie des indications permettant au sujet de connaître l’opinion qu’ils ont de lui. Cette opinion serait par la suite incorporée à la perception de soi. Une perception qui dépendrait donc de la façon dont le sujet est perçu ou pense être perçu par les autres.

L’estime de soi commence bien avant la naissance de l’enfant

Définir un point de repère pour la naissance de l’estime du soi chez le sujet serait une tâche difficile. En effet, l’histoire de l’estime de soi commence bien avant la naissance de l’enfant. Avant de venir au monde, l’enfant prend corps dans l’imaginaire de ses parents où il est fantasme, imaginé. On lui attribue un certain nombre de qualités et on lui accorde une place dans les projets familiaux. Les premiers liens tissés avec l’enfant sont déterminés par cette image qui le précède et qui est issue du désir parental. Les attentes, les désirs et les sentiments projetés sur le nouveau-né, constituent les premiers enjeux interactionnels intervenant dans la constitution de l’estime de soi.

Estime de soi pendant les premières années

Si, pendant les premières années, l’enfant dépend entièrement du jugement de ses parents, vers 3 ou 4 ans, l’enfant est de plus en plus confronté à un monde social plus élargi (garderie, jardin d’enfants), dans lequel des adultes émergent et prennent le relais des parents. Ainsi naissent les premières formes de l’acceptation sociale. Par la suite, l’enfant, élargissant le champ social dans lequel il expérimente des interactions nouvelles et variées par la constitution d’un groupe des pairs qui sera déterminant pour l’évolution de son estime de soi.

A partir de cinq ans, l’enfant apprend progressivement à s’appuyer sur les résultats de ses propres actions qu’il les interprète comme des succès ou des échecs, pour juger de ce qu’il vaut. Mais ce n’est que vers 8 ans que l’enfant devienne capable de conceptualiser une représentation de soi au plan cognitif. Il peut accéder ainsi à une représentation psychologique globale de lui même qu’on peut mesurer et évaluer scientifiquement. Dès lors, il arrive à mettre en relation l’importance accordée à certains domaines et l’évaluation de soi. L’estime de soi est dorénavant influencée par la manière dont l’enfant puis l’adolescent perçoit ses compétences dans des domaines où la réussite est considérée comme primordiale.

Pratique enseignante à l’école

Certes, la pratique enseignante à l’école constitue une des principales sources d’évaluation de l’individu. Tant au niveau des compétences cognitives qu’au niveau des comportements ; et cela pendant une très longue période de sa vie. C’est pourquoi, cette même pratique forme une source de développement fondamentale de l’estime de soi de l’individu. Pour les enfants n’ayant pas pu se forger une image de soi optimale, on pourrait même s’imaginer que la pédagogie de l’enseignant pourrait remplir une fonction de remédiation en leur offrant d’autres possibilités de se socialiser et de développer de nouvelles capacités. Cependant, l’inverse existe aussi. Le vécu scolaire de certains enfants entraîne des blessures narcissiques ayant des retombées sur leur estime de soi.

enseignante à l’école

Dans la même ligne d’idées, différentes recherches ont montré l’effet de la pratique pédagogique sur l’estime de soi. Ces études ont mis en évidence que l’évaluation de l’enseignant ainsi que ses attitudes à l’égard de l’élève peuvent avoir une incidence sur l’estime de soi du sujet apprenant. Une évaluation accompagnée d’une attitude trop négative peut entraîner une dépréciation de soi. Et, vraisemblablement, une faible estime de soi qui va elle-même engendrer des difficultés d’apprentissages.

Pour les élèves ayant des difficultés scolaires

En tant qu’élève ayant des difficultés scolaires, il serait plus facile de se retrouver dans une classe spécialisée, entouré d’autres élèves qui sont dans la même situation, que de devoir affronter un constant décalage avec les bons élèves, ce qui le met régulièrement dans une position dévalorisante.

L’essentiel, selon notre avis, c’est qu’une pédagogie plus valorisante et insistante sur le renforcement des succès que celui des échecs semble être une condition fondamentale permettant à l’élève de revaloriser son image. Elle lui permet d’adhérer au projet de l’enseignant sans aucun recours à aucune forme de force.

Avec de telles pratiques pédagogiques, l’enseignant devient, pour le sujet apprenant, non un pouvoir de répression mais un interlocuteur privilégié. Ou plus exactement un créateur d’espace sécurisant qui aide l’élève à aborder de nouvelles situations et qui favorise une relation de confiance. Nous sommes, suite à des pratiques pareilles au cœur de l’autorité considérée comme un lien spécifique. Elle s’exerce dans la pleine reconnaissance réciproque de celui qui est autorisé à l’exercer ainsi que de sa destination sans recours à aucune forme de moyens extérieurs de coercition.

Nous aborderons, lors de notre prochain article, les autres préalables à l’exercice d’une autorité pédagogique en classe.

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