Des mots isolés aux productions complexes

Si les premiers mots apparaissent vers 10 à 12 mois, il faut attendre encore un peu avant que l’enfant puisse les combiner dans des productions de deux mots. Et encore davantage pour qu’il produise de véritables phrases. Dans ces apprentissages, l’environnement humain va pouvoir jouer un rôle considérable en utilisant des procédés spécifiques d’enseignement pour passer des mots isolés aux productions complexes.

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Le style des mots isolés

Les premiers mots sont employés isolément, et ont en quelque sorte valeur de phrase. C’est l’adulte qui, en s’aidant du contexte non verbal, va en interpréter le sens. Puis, vers 18 mois, l’enfant commence à produire deux mots à la suite, ayant un rapport de sens. Mais séparés par une courte pause et avec baisse d’intonation après chaque mot. Suit rapidement la production de phrases à deux mots, sans pause intermédiaire et avec baisse de l’intonation après le second mot. Un peu avant 18 mois, certains enfants, notamment de profil plutôt expressif commencent à produire des expressions toutes faites. Apprises comme un tout et qui ne correspondent pas véritablement à une combinaison de mots.

Dans les phrases à deux mots, les enfants expriment différentes relations de sens ou relations sémantiques. Ces premières phrases ont donné lieu à de nombreux travaux pour tenter de comprendre comment l’enfant construit la grammaire de sa langue maternelle. Certains psycholinguistes (Bloom, Brown…) ont repéré des régularités dans les productions enfantines. Notamment dans l’ordre des mots. En effet, on peut identifier dans ces premiers énoncés un petit nombre de mots qui se retrouvent dans de nombreuses combinaisons et avec une place définie. Soit en première position, soit en deuxième. L’enfant apprendrait à partir des énoncés adultes la position de quelques mots qu’il utilise à leur place sur la base d’une ressemblance perceptive avec la situation. mots isolés

Le développement de la syntaxe à une phase ultérieure

Lorsque l’enfant produit régulièrement des énoncés à deux mots ou plus, le marquage grammatical va se développer, à la fois pour le syntagme nominal et le syntagme verbal. Concernant le syntagme nominal, l’article appris tout d’abord comme marque de genre, puis de nombre, avec marquage du caractère indéfini (un, des) avant le caractère défini (la, le). L’emploi des articles est à peu près correct vers 6 ans. Les pronoms personnels sont appris dans l’ordre. Ils sont acquis vers 4 ans. Pour les prépositions et les adverbes, ceux qui expriment la possession et le bénéfice (mon, à moi, pour) sont acquis en premier, suivis par les adverbes et prépositions de lieu (dedans, dans, etc.). Puis les adverbes et prépositions de temps (avant, après).

En ce qui concerne le développement du syntagme verbal, vers 3 ans et demi, l’enfant commence à conjuguer les verbes, à l’impératif, puis à l’infinitif, à l’indicatif présent et au passé composé. Ceci est en place entre 4 ans et 4 ans et demi. Le futur est plus tardif. Avant 6 ans, le marquage du temps se fait sous la forme « Je vais jouer ». Ou par des adverbes et non par le temps du verbe « Demain je joue ».

Les modalités du discours (affirmatif, impératif, interrogatif) se développent entre 2 et 5 ans. Pendant la deuxième année, l’enfant se sert uniquement de l’intonation pour différencier les impératifs et les déclaratifs d’une part, des interrogatifs d’autre part. Puis les négatifs différenciés des affirmatifs par apposition de l’adverbe négatif, en général au début : « pas dodo ». Les adverbes négatifs ensuite intégrés à l’intérieur de la phrase : « J’ai pas faim ». mots isolés

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Le développement sémantique

Après l’explosion verbale de la troisième année, les développements lexical et sémantique se poursuivent. À 6 ans, le vocabulaire peut être estimé à 3000 mots selon plusieurs auteurs. Encore faut-il distinguer entre mots connus, mots utilisés correctement ou mots définis. Dans les trois cas, la taille du vocabulaire estimé ne sera évidemment pas identique. Parallèlement au développement du vocabulaire connu, les représentations sémantiques se transforment et s’enrichissent. Après une étape de catégories globales et peu différenciées, chacune correspondant à un spécimen particulier dans un contexte particulier. mots isolés

Etant peu utilisable lorsque le référent est absent ou dans un contexte non familier, l’analyse des propriétés des référents se développe. Elle contribue à différencier les représentations (la rose a des feuilles. Elle sent bon. La tulipe sent bon). Mais ces propriétés ne sont pas encore détachables des référents. En quelque sorte, la feuille de la rose et celle de la tulipe restent des propriétés distinctes, liées chacune à un spécimen particulier de fleur. Une troisième étape correspond à une unification et une généralisation des représentations. Unification des propriétés identiques caractérisant des spécimens particuliers. Généralisation en regroupant des spécimens dans un concept. Ce concept conserve son identité quel que soit le contexte. Et il est disponible en mémoire.

Les référents d’abord représentés sur une base empirique. Par exemple, définis par leurs composantes (le lapin a des grandes oreilles), leur localisation (la voiture sur la route), l’usage (le beurre pour faire des gâteaux), avant de les insérer dans une organisation catégorielle (beurre : aliment, comme l’huile). Les définitions catégorielles, toujours plus tardives que les définitions empiriques, présentent un caractère général et relativement abstrait. Elles tendent à augmenter avec l’âge, tandis que les secondes diminuent, notamment pour la représentation des actions. mots isolés

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