Différencier la pédagogie selon les caractéristiques des apprenants

Pas une seule méthode d’enseignement ne peut être recommandée sans réserve. De nombreuses études indiquent que l’emploi d’une méthode exclusive peut être une cause d’échec. Toute pratique exclusive d’une méthode apparaît désormais comme de la mauvaise pédagogie. Il faut donc différencier la pédagogie selon les caractéristiques de nos apprenants.

Tout groupe est, par essence, hétérogène

Les disparités physiques, certes, mais aussi intellectuelles, affectives, sociales et culturelles, font que tout groupe est, par essence, hétérogène. L’homogénéité de la classe relève bien plus du mythe que de la réalité. Une classe, même composée exclusivement d’élèves de même âge et de même niveau. Si tant est que l’on puisse parler objectivement de niveaux identiques, ne verra pas, pour autant, disparaître en son sein, les différences de rapidité dans l’exécution d’une tâche. Les procédés mis en œuvre pour comprendre une leçon. Les attitudes face à une consigne, la facilité pour mémoriser une information, etc.

En fait, les enfants sont trop différents les uns des autres pour qu’une même méthode soit la meilleure pour tous. C’est ainsi que, en respectant l’intégrité du sujet et sans renoncer à notre projet de l’instruire peut s’ébaucher un vouloir commun, un vouloir apprendre.

Reconnaitre la diversité des élèves ne revient pas à cantonner chacun d’eux dans sa singularité, voire à le marginaliser au nom de ces différences. Reconnaître ces différences, c’est, pour le maître, en prendre conscience et en tenir compte. Pour l’élève, tirer parti des différences des autres élèves.

la pédagogie différenciée

Les références culturelles de l’apprenant

Différencier la pédagogie, c’est donc s’appuyer sur les caractéristiques propres à chaque élève pour mettre en œuvre, de manière plus efficace sa pédagogie, sans pour autant rompre avec les exigences et la logique inhérentes aux apprentissages. Il va de soi qu’il ne s’agit ici que d’une simple approche de la pédagogie différenciée. Mais incontournable quant à son influence déterminante sur la réussite des élèves.

S’intéresser à l’élève, c’est se poser les questions suivantes :

  • Quelles sont ses références culturelles ?
  • Quels sont ses centres d’intérêt ?
  • Comment vit-il son actualité et se représente-t-il son devenir scolaire ?

Certes, nous devons tenir compte, dans les situations d’apprentissage, des références culturelles de l’élève tout en l’aidant à considérer d’autres références culturelles que les siennes. Veiller au choix des textes à lire et aux situations de production d’écrits. Ancrer ces situations d’apprentissage sur ce qui l’intéresse, tout en le conduisant à faire un effort pour se centrer sur des situations qui lui sont étrangères.

Les habitudes de travail

Parmi les caractéristiques de l’élève ses habitudes de travail. Son travail doit-il être programmé et vérifié régulièrement par l’enseignant ou préfère-t-il s’organiser lui-même ? Doit-il en connaître la finalité ou découvrir les objectifs au fur et à mesure de la tâche à effectuer ?

On doit proposer à certains moments des contrats de travail. Certains enfants sont très compétents dans un domaine donné, mais se montrent peu autonomes pour s’engager dans le travail ou le conduire à son terme. Ils ont alors besoin du soutien du maître qui peut se manifester de différentes façons.

En plus, proposer des formes de travail différentes qui prennent en compte les habitudes des élèves. Il ne s’agit pas de guider en permanence certains élèves mais de leur donner progressivement les moyens d’être autonomes face à la tâche et à la situation.

Connaître les rythmes de travail pour différencier la pédagogie

Travaille-t-il par séquences brèves et discontinues, ou ne peut-il travailler que sur de longues périodes de temps ? Passe-t-il aisément d’une activité à une autre ? , Réagit-il rapidement aux stimulations ? Préfère-t-il travailler sans être interrompu et seulement après avoir saisi ce qui lui est demandé ?

Ici, on doit veiller à la durée de l’attention de l’élève, à sa capacité d’autonomie, à des segmentations différentes de son travail. Il est utile, par exemple, que les élèves apprennent à lire vite. Mais rappelons que c’est le fruit d’un apprentissage régulier. Approfondir l’étude d’une notion, se fixer plus longuement sur une tâche sont certes des habitudes que les enfants doivent acquérir. Mais qui nécessiteront, pour ce faire, que certains élèves bénéficient d’un degré de guidance plus important que pour d’autres.

Il faut gérer son propre temps d’enseignement en respectant les rythmes et les capacités de travail et d’écoute des élèves, compte tenu des contraintes inhérentes à l’apprentissage lui-même. Moduler la durée des séquences, faire alterner la présentation collective et le travail individuel, les approches disciplinaires.

Les relations avec les autres

A-t-il besoin du soutien et des encouragements constants de l’enseignant ou peut-il s’en passer ? A-t-il besoin ou supporte-t-il de travailler avec d’autres camarades ? Préfère-t-il travailler seul, s’isoler physiquement et intellectuellement ?

Les élèves se comportent différemment selon l’organisation du travail décidée par le maître. Ils n’y font pas toujours la preuve de leurs compétences réelles. Par exemple, les relations de tutorat entre élèves montrent que parfois une information se transmet mieux entre pairs. Par ailleurs, le soutien pédagogique compris par beaucoup comme une aide, est vécu par certains élèves comme une pression constante et quasi paralysante.

Il apparaît donc indispensable de :

  • Doser le temps de présence consacré à l’élève, varier les formes d’aide à lui apporter.
  • Organiser le travail à lui proposer: travail individuel/par petits groupes/par groupes élargis.
  • Analyser avec les élèves les différentes formes de travail. En repérer les avantages et les inconvénients, les situations au cours desquelles telle forme de travail sera plus efficace qu’une autre. Aider certains à assumer leur part de travail personnel et d’autres, à collaborer.

Différencier la pédagogie selon les connaissances des élèves

Quel est l’état réel de ses connaissances conceptuelles et méthodologiques dans le domaine étudié ? Quelles sont ses représentations de telle notion, de tel concept ? Quels sont les types de difficulté ou d’erreur qui font le plus souvent obstacle à son apprentissage ?

Évaluer régulièrement ses acquis. Exemple: repérer son degré de maîtrise de la combinatoire, sa rapidité de lecture. Les stratégies de lecture dont il dispose, sa capacité à mobiliser ses idées, à les organiser.

L’évaluation régulière des acquis des élèves, l’observation de ces élèves en cours de réalisation d’une tâche, l’analyse de leurs erreurs ou difficultés conduisent le maître à trouver les réponses pédagogiques les plus appropriées à chacun. Et à organiser des groupes de compétences et des groupes de besoin à l’intérieur de la classe pour différencier la pédagogie.

S’assurer de la fiabilité de ses représentations. Essayer lorsque c’est possible, et avec sa participation, de comprendre ses difficultés, ses erreurs. Sont-elles liées à la situation qui serait nouvelle pour lui, à une application partielle de la consigne, à des notions non maîtrisées ?

La façon de comprendre et d’apprendre

Pour comprendre une situation, mémoriser une information, a-t-il besoin d’une évocation le plus souvent auditive ou visuelle ? A-t-il besoin qu’on lui répète ou qu’il reformule lui-même une explication, une consigne ? Préfère-t-il passer d’abord par l’écrit avant de s’exprimer verbalement ?

Il faut alors diversifier les manières de présenter une consigne, un exercice. Une explication, une notion nouvelle face à un groupe ou à un élève particulier. Le maître dispose de plusieurs moyens de présenter une consigne. La dire, la reformuler, l’écrire, la coder, conjuguer ces différents moyens. Passer de l’un à l’autre tout au long d’une même séquence. En alterner l’emploi d’une séquence à l’autre, sans privilégier l’un au détriment des autres. Diversifier les façons de restituer et de faire restituer par l’élève l’essentiel de ce qu’il a compris ou le résultat de son travail.

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La manière de réfléchir

Le point de départ de sa réflexion est-il analytique ou synthétique? Son raisonnement est-il inductif ou déductif ? Va-t-il du général au particulier ou de l’exemple à sa généralisation ? Apprend-il en établissant des liens entre les notions ou en les opposant pour en découvrir les caractéristiques essentielles ?

Alterner, dans la présentation des séquences, les éléments d’analyse et de synthèse, d’induction et de déduction. Le maître, en fonction de sa propre façon de réfléchir, privilégie, de fait, une manière de présenter une notion, de concevoir un exercice, de rédiger une consigne. S’il en est conscient, il pourra détecter chez ses élèves leur manière de réfléchir. Il pourra, par la suite, tenir compte de leur diversité en présentant une même notion de différentes manières. Ou en alternant les types de présentation d’une séquence à l’autre.

Différencier la pédagogie, en résumé.

Ainsi la pédagogie différenciée doit-elle s’appuyer sur les caractéristiques du sujet apprenant. Mais elle a également pour objectif de lui permettre de diversifier ses propres stratégies d’apprentissage.

Le maître l’aidera à y parvenir progressivement:

  • s’il diversifie lui-même ses méthodes d’enseignement,
  • s’il incite l’élève à expliciter sa propre stratégie d’apprentissage,
  • puis, l’encourage à mettre en œuvre celles, avérées efficaces, d’autres élèves,
  • enfin, s’il l’aide à choisir la stratégie la mieux adaptée à l’objectif visé.

Différencier la pédagogie consiste donc en une adaptation régulière et réciproque de l’apprenant et de l’enseignant aux contenus notionnels, méthodologiques et comportementaux, au sein d’un groupe dont l’hétérogénéité constitue un creuset de ressources dans lequel il revient à chacun de puiser intelligemment. Cela suppose, pour le maître, des qualités d’écoute, d’adaptabilité et de créativité quant aux progressions, aux méthodes et à l’organisation pédagogiques. Enfin, ceci exige également de lui, un réalisme certain pour constamment ajuster son projet de différenciation pédagogique aux ressources et contraintes tant personnelles qu’institutionnelles.

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