Education musicale intellectuelle et affective

Une mélodie, un tableau, un monument, un poème peuvent nous donner le moyen de canaliser ou sublimer nos instincts, car l’art opère, quand il est de qualité, un transfert des instincts et des tendances. Lorsqu’une œuvre d’art, quels que soient ses moyens d’expression, œuvre plastique, littéraire, musicale ou cinématographique exprime un sentiment ou une émotion que nous éprouvons, si cette œuvre d’art nous touche, elle transfigure ce qui existe en nous et, si le choc produit résulte d’une prise de contact avec la beauté, il aura un effet salutaire sur nous. Cette prise de contact nous détournera de la vulgarité, de la bassesse, de la violence, non seulement parce que ces choses sont contraires à la morale, mais aussi, parce qu’elles ne sont pas conformes à cette idée de beauté dont l’œuvre d’art nous a présenté un aspect. Cet article s’intéressera à l’importance de l’éducation musicale dans nos écoles.

une éducation musicale institutrice

Pour ce qui est de la musique

Pour ce qui est de la musique qui est à la portée de tous et de chacun, un grand nombre d’auteurs croient en sa vertu moralisatrice et salvatrice. Les plus grands penseurs de la Grèce ont développé l’idée de sa valeur éthique et sociale et l’on connaît la légende d’Orphée, poète inspiré, qui par la beauté émouvante de ses chants, force les bêtes, les choses mêmes à le suivre.

Par la musique, Platon se propose d’agir sur la sensibilité de l’enfant, de lui inspirer certains sentiments, d’en écarter d’autres jugés dangereux et d’établir entre la cité et ses membres l’accord, l’harmonie souhaitée et nécessaire à la puissance et à la sécurité.

« Tout être jeune aspire à dépenser ses forces, à s’agiter. Mais les hommes ont, à cet égard, sur les autres êtres animés une grande supériorité : ils ont le sens du rythme et de l’harmonie». C’est ce don qui confère à la musique son excellence. Elle règlera cette agitation qui est le propre du jeune enfant et par là le redressera, l’orientera dans le sens de bonnes habitudes.

C’est en effet une conception profondément grecque que la musique apaise et ordonne, révèle à l’homme ses affinités avec la nature des choses et avec un ordre universel, source de contentement pour l’esprit et de paix pour le cœur. De là, le rôle qui lui est réservé dans l’éducation de la sensibilité mise au premier rang, et l’appel qui lui est adressé pour fortifier et rendre vivant le lien social qui doit unir les membres d’une cité harmonieuse, assurée de son destin. «C’est par la musique, porte d’azur, que nous sommes sortis de la vraie pauvreté, celle de l’âme. C’est la musique souveraine qui nous a fait entrevoir les vraies dimensions de l’homme» Laurent Pasquier.

Les bienfaits de l’éducation musicale

Il semble donc naturel de penser que, comme la gymnastique, le chant, la musique ont leur rôle à jouer dans la formation morale et civique des enfants. Quelle que soit leur destinée, ceux-ci quittent l’école avec de secrètes richesses, réservoir de force, de vaillance et de droiture pour eux et pour le pays, s’il est vrai que l’on agit comme on aime, alors que l’on a appris à n’aimer que ce qui est noble et humain.

L’éducation musicale est une éducation intellectuelle autant que sensorielle et affective. Elle a pour effet d’apprendre très tôt à l’enfant à connaître, classer et organiser le monde des sonorités et à saisir intuitivement les structures. Elle apprend à entendre et à écouter, c’est un effort de la connaissance active. Et l’ouïe, plus sensible qu’aucun autre sens, nous met en rapport avec un monde plus large et plus peuplé, avec un monde où il y a des êtres de qualité, avec un monde spiritualisé. Elle s’adresse à l’imagination et répond à un besoin d’activité générale de rêverie. Elle est un moyen toujours disponible de source de joie et d’allégresse. «C’est par la musique, affirme Goethe, que l’enfant fait l’apprentissage de la vie du sentiment et que les rêveries se trouvent sublimées».

Les effets de l’éducation musicale sont immenses. La musique apprend à l’enfant à porter son attention sur les choses artistiques. Elle est une initiation à des valeurs très hautes, une formation à la fois de l’intelligence et de la sensibilité ; son action pratique et journalière en fait un moyen puissant d’action sur le moral de l’enfant. Ce dernier a la musique en lui, spontanément, demandant à devenir sonore. Si on l’aide à épanouir cette musique qui est en lui, on fera de lui un être plus heureux.

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Une éducation musicale avec d’authentiques chefs-d’œuvre

Soumettre à nos élèves d’authentiques chefs-d’œuvre, voilà toute la méthode. Les en nourrir, les environner de belles choses. S’ils arrivent à ne plus pouvoir s’en passer, nous aurons atteint notre but. C’est tout au long de la journée que doit se poursuivre cette influence. La fréquentation des chefs-d’œuvre fait plus que toute leçon. L’oreille s’éduque sans qu’on y pense. «L’art est mode de vie. On peut s’y préparer sans le savoir, en vivant de façon ou d’autre».

Avec les chefs-d’œuvre de la musique et pour éduquer l’œil, la nature reste sous ses mille aspects, le modèle éternel de la beauté. Le moindre trait dessiné sur un papier, la moindre couleur couchée sur une toile par un artiste imite la nature, mais en la recréant et en l’éclairant d’un jour nouveau. L’œil bouleversé s’étonne de ce qu’il avait coutume de percevoir, et apprend à voir autrement. Ce changement de vision qui redécouvre et réinvente la beauté du monde, c’est l’effet mystérieux du génie de l’art, c’est son pouvoir de libération, de ravissement et de purification. La vue introduit une jouissance nouvelle, l’œil se réjouit de la beauté du monde et le monde finit par ressembler à l’art. «C’est la nature qui imite l’art». C’est la vision de l’artiste qui transforme le monde et finit par transformer l’œil lui-même.

Les quatre domaines complémentaires d’éducation

C’est pourquoi, il est bon de songer, de bonne heure, à initier les enfants (et cela sans vouloir aucunement en faire des artistes) à un aspect de l’éducation qui leur prépare pour plus tard, tant de grandes consolations.

L’éducation embrasse quatre domaines différents, mais qui se complètent à savoir : l’éducation physique, l’éducation intellectuelle, l’éducation esthétique et l’éducation morale. L’éducation est totale. L’éducateur doit faire également appel, chez l’enfant, au corps, à l’esprit, au sens artistique et au cœur.

Combien d’heures, de journées de vie seraient employées plus utilement, plus agréablement, si l’on apprenait à tous à goûter les satisfactions supérieures de l’art ! Combien l’esprit, les mœurs et la société y gagneraient ! Les individus y retrouveraient leur dignité ; les mœurs, la pureté qu’elles ont perdues ; la société, sa voie.

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