Enfant hyperactif problème d’inadaptation ou trouble de comportement

L’enseignant a pour vocation d’instruire, mais aussi d’accompagner chaque élève dans son parcours individuel et social. Il a une fonction éducative. Il doit prendre soin des enfants. En particulier en raison de leur jeune âge, pendant le temps scolaire. Prendre soin exprime ici l’idée de souci, de préoccupation et de relation. Il arrive qu’un élève présente un trouble du comportement, une pathologie. Le soin qu’il réclame dépasse alors le simple besoin d’attention. Dans ce cas, prendre soin consiste à apporter une aide médicale à l’enfant atteint d’une pathologie afin de lui permettre de supporter sa souffrance. Parce qu’il est révélateur d’une nouvelle prise en charge des troubles du comportement des enfants en milieu scolaire, le cas de l’enfant hyperactif illustre le glissement de sens qu’il peut y avoir entre le soin compris comme souci de l’être vulnérable, et le soin entendu comme prise en charge médicale.

Les élèves turbulents, agités, ceux qui n’écoutent pas les consignes et se montrent impulsifs, ceux qui n’arrivent pas entrer dans le moule de l’Éducation nationale, sont souvent diagnostiqués hyperactifs. Ils souffrent de ce qu’on appelle en terme scientifique un TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité). Savoir distinguer des élèves qui posent un problème de discipline de ceux qui ont un trouble du comportement répertorié par les autorités médicales fait l’objet d’un travail commun entre enseignants et pédopsychiatres. La rencontre entre l’institution scolaire et l’institution médicale, en cumulant les attentions portées à l’enfant, peut se révéler très fructueuse. Mais elle amène plusieurs questions.

des enfants hyperactifs

L’hyperactivité, une notion très étendue

Au début, commençons avec le sens courant. Entre un enfant qui préfère bavarder et s’amuser en classe plutôt que d’écouter le cours et celui qui, malgré l’autorité de l’enseignant, ne tiendra pas en place parce qu’il a un TDAH, il faut trouver des critères qui permettent de distinguer l’indiscipline du pathologique. L’hyperactivité est un terme à la mode qui peut servir dans son usage courant de fourre-tout pour désigner l’attitude de l’enfant qui demeure très agité face à l’opposition des adultes. Pourtant l’hyperactivité correspond à une pathologie répertoriée selon les différentes classifications médicales. Lorsque les enseignants ou les parents recourent à ce terme en l’absence de diagnostic, c’est pour exprimer une exaspération face à une agitation excessive qui ne peut être contrôlée.

Quant au sens scientifique, un enfant hyperactif serait dérangeant, car trop agité ou turbulent. Il provoquerait une gêne importante pour celui qui doit l’encadrer. En ce sens, l’hyperactivité relèverait d’un jugement subjectif. En revanche, pour les experts, l’hyperactivité se trouve objectivée à travers différentes classifications qui, toutes, mobilisent les notions de «manque d’attention», d’«agitation» et d’« impulsivité», mais qui ne les organisent pas de la même manière. D’ailleurs, l’hyperactivité est dite TDAH. Il se décline selon trois formes : manque d’attention, hyperactivité, impulsivité ou les trois notions en même temps. Ainsi, sous le nom d’hyperactivité, on peut désigner un simple symptôme d’agitation, ou alors le syndrome TDAH en entier qui peut contenir un à trois de ces symptômes. L’hyperactivité est à la fois le syndrome et le symptôme, le tout et la partie.

L’enfant hyperactif : enfant gêné ou enfant gênant ?

En fait, il ne s’agit pas de nier la valeur pathologique de l’hyperactivité. Mais d’être attentif au fait que la dénomination de cette pathologie semble s’étendre au-delà du trouble lui-même. Notre question sera alors de voir comment ce trouble est pris en charge. Et comment la nuance est faite précisément entre ce noyau dur véritablement pathologique et ce «halo» de situations où le diagnostic d’hyperactivité demeure plus incertain.

L’hyperactivité se traduit par la gêne éprouvée par l’enfant qui ne peut se concentrer. Ainsi que par la gêne qu’il suscite au sein de son environnement social et familial. Alors qu’il perturbe son entourage, l’enfant hyperactif est lui-même gêné par son trouble qui le fait souffrir dans sa vie quotidienne. Ce trouble devrait donc renvoyer à la notion de handicap. Notion qui désigne une incapacité relative d’une personne dans son accessibilité, sa représentation ou son appréhension de l’environnement. Étrangement, cette notion est absente des classifications officielles. Mais paradoxalement, la prise en charge médicale de l’enfant hyperactif à l’école, implique nécessairement des démarches pour faire reconnaître officiellement l’enfant comme handicapé.

Reconnaissance de l’hyperactivité comme handicap

Le handicap est toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un poly-handicap ou d’un trouble de santé invalidant. Des MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) ont été mises en place. Elles vont accompagner les personnes handicapées et leurs proches tout en leur apportant une série d’aides et de prestations compensatoires.

Concernant la scolarisation des élèves handicapés La MDPH va, en étroite association avec les parents. Décider d’une orientation de l’enfant ou mettre en place un plan personnalisé de scolarisation qui lui permettra de bénéficier d’aides comme du matériel scolaire, de certains aménagements. Mais surtout de la présence d’une personne pour l’aider, à savoir d’une Aide à la Vie Scolaire. L’aide aussi collective en permettant le placement dans des classes spécialisées au sein d’établissements classiques. Il existe aussi des établissements spécialisés qui ont vocation à accueillir des enfants qui ont des troubles du comportement importants nuisant gravement à leur socialisation et à leur éducation.

Même si on ne considère pas le TDAH comme un handicap en soi, ses effets sont pour le moins handicapants. A ce titre, l’enfant hyperactif peut faire une demande de reconnaissance par la MDPH. La famille doit monter un dossier contenant un certificat médical. Un document appelé «projet de vie» qui fait part des difficultés de l’enfant. Et éventuellement une demande de prise en charge financière. Bien sûr, on peut proposer aux parents des aides extérieures comme celle d’un psychologue ou d’un orthophoniste. Ceci si le trouble s’accompagne d’autres difficultés comme celles du langage.

l’enfant hyperactif

Prendre soin de l’enfant hyperactif

Prendre soin de l’élève hyperactif s’inscrit dans la politique actuelle de l’école inclusive. Elle a pour vocation d’accueillir tous les enfants malgré les différences et même les handicaps. Ce ne sont plus les élèves qui s’adaptent au système. C’est donc à l’école de s’adapter aux particularités de l’enfant. Les dispositifs d’aide, qui prétendent prendre soin de l’élève dans sa spécificité, n’ont-ils pas en réalité pour objectif de lui faire intégrer la même norme scolaire? La prise en charge de l’enfant hyperactif est révélatrice d’une tension entre une nécessité pour l’école de s’adapter à l’enfant qui sort de la norme scolaire. En même temps, paradoxalement, une volonté de cette même institution de normaliser ces comportements « troubles ». Autrement dit d’imposer à l’enfant qu’il s’adapte au système scolaire.

En effet, la médicalisation des comportements est encouragée par les nouvelles classifications médicales avec un élargissement des critères de l’hyperactivité bien au-delà de son noyau dur. Davantage de cas considérés comme ayant originellement un problème éducatif peuvent basculer dans le pathologique. Or le passage du normal au pathologique est graduel. Il n’y a pas en matière de troubles mentaux d’absolu. L’hyperactivité de l’enfant peut donc être relativisée. La tolérance d’une société à l’égard de l’agitation de ses enfants se fonde en partie, sur des critères éducatifs et sur une représentation de l’enfance éminemment variable. Être en bonne santé, ce n’est pas obéir à une seule norme. C’est pouvoir tolérer de nouvelles normes, c’est pouvoir tomber malade et guérir. Et donc s’adapter à un milieu différent en changeant ses normes.

La médicalisation de l’hyperactivité déresponsabilise les parents et les membres des institutions scolaires !

En ramenant l’inadaptation de l’élève à un problème strictement médical, on se dispense alors d’interroger les conditions dans lesquelles se développe cette inadaptation. Mais, plutôt que de changer ses propres normes, l’école propose des mesures compensatoires. Ainsi, au lieu de dépenser des milliards en médicaments, on ne devrait pas plutôt utiliser cet argent en réduisant la taille des classes et en augmentant le nombre d’heures de gym afin que les gamins agités puissent se défouler.

Si on considérait l’enfant inadapté non pas comme inapte à intégrer les normes. Mais au contraire comme étant celui pour qui les normes ne sont pas bonnes, alors on pourrait aussi envisager de changer l’école. Toutefois, on préfère marquer l’inadaptation du côté de l’élève plutôt que du côté de l’institution scolaire. La médicalisation de l’existence des enfants extrêmement agités s’accompagne d’un risque de déresponsabilisation de l’élève lui-même, des membres de l’institution scolaire. Voire des parents puisqu’ils sont partie prenante de ce phénomène.

L’explication strictement biologique d’un trouble du comportement encourage aussi la société à se dédouaner de ses responsabilités. Les choix politiques et économiques se présenteraient sous la figure salvatrice d’une prise en charge du pathologique. Et non d’un questionnement sur les conditions de cette inadaptation. L’école qui se charge de prendre soin de ses enfants ne cherche pas seulement à se préoccuper des plus vulnérables. Son aide, dans le cas d’enfant hyperactif, devient aussi médicale. Mais si l’école commence à confondre le soin et la santé. C’est peut-être aussi pour reprendre une position d’autorité, afin de mieux contrôler ses élèves. Prendre soin ne consisterait plus seulement à se préoccuper ou à soigner une personne fragilisée. Prendre soin permettrait ici de mener une entreprise d’inclusion et de normalisation d’une altérité en marge des attentes sociales.

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