Enseignement du français entre planification et improvisation

Naviguant au plus près entre la planification et l’improvisation pour accompagner souplement les démarches naturelles des élèves, le professeur de français adopte une démarche complexe pour réussir son cours et développe ainsi un savoir-faire subtil. On essayera dans cet article d’interpréter cette démarche ainsi que la méthodologie de la planification de l’enseignement du français.

Définissons d’abord la planification

La planification est définie comme une richesse essentielle de l’activité cognitive qui permet de faire face à la variabilité et à la complexité des situations. Par les anticipations, elle permet de guider les choix actuels en tenant compte des événements futurs possibles ou probables. Par la hiérarchisation qu’elle introduit dans les structures de représentation, la planification permet de réduire la complexité.

Ainsi, planifier ne se réduit pas à faire des choix pour construire une action qui pourrait se révéler inadaptée. L’anticipation des résultats de l’action fait partie intégrante de la planification. Or c’est l’expérience qui permet au professeur de prévoir les réponses et les réactions probables des élèves au moment où il prépare ses leçons. C’est aussi l’expérience qui, grâce à l’intériorisation des plans antérieurs, met à sa disposition pendant la classe les « routines» pédagogiques nécessaires à l’improvisation.

Dans les deux cas, le professeur opère, à partir de situations pédagogiques déjà vécues, une synthèse qui l’aide à visualiser le futur pour faire les choix adaptés. La planification pré-active est indissociable de la planification post-active. Il ne faut pas s’étonner que les débutants éprouvent quelques difficultés à construire sans référence au réel des leçons qui fonctionnent bien. La planification d’un enseignement comme de toute autre action intègre constamment les leçons du passé pour avoir prise sur l’avenir. Le souvenir de l’année précédente aide à planifier l’année suivante. Cette planification est elle-même affinée et régulée en cours de réalisation. Le souvenir du précédent cours servant à planifier le suivant.

Planifier et au même temps improviser, une démarche complexe

En dépit de leur apparente opposition, les notions de planification et d’improvisation, si imbriquées dans l’action pédagogique, relèvent du même concept, celui d’adaptation. Dans les deux cas, il s’agit d’intégrer et de hiérarchiser un grand nombre de paramètres pour trouver la meilleure réponse possible aux exigences d’une situation. Même en classe, ce qu’on appelle improvisation consiste à planifier le moment qui suit en fonction du moment qui vient de se passer et à transformer le plan d’étude écrit en plan d’étude actif. Ainsi, contrairement à la représentation que l’on s’en fait d’ordinaire. La planification se caractérise comme l’improvisation, non par la rigidité mais par la mobilité et la souplesse pour ajuster au mieux l’adaptation des structures didactiques à la réalité mouvante du terrain.

La planification, c’est tout ce que fait le professeur quand il travaille dans la perspective de son enseignement. Qu’il envisage l’ensemble de l’année, une séquence, une leçon ou l’emboîtement entre les différentes unités d’enseignement. La planification s’emploie avec plus ou moins de recul à résoudre des problèmes concrets dans des situations pédagogiques réelles. Il s’agit d’organiser le temps et l’espace de la classe, de préparer les activités des élèves, de rédiger des consignes pour guider ces activités, de réaliser des supports tout en prenant en compte les intérêts, les besoins et les aptitudes des élèves.

Soumis à la sanction de la réalité, le professeur se soucie plus, pour faire face à tous les imprévus de la classe, de sa propre connaissance des contenus et de l’adaptation de son action à la situation pédagogique que de la cohérence interne de ses séquences. Aussi les cours et les revues de didactique savante, déconnectés de la réalité, provoquent-ils des réactions de rejet de la part de certains professeurs, confrontés aux difficultés du terrain.

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L’enseignement du français, une gageure pour l’enseignant

Dans son travail de planification, le professeur ne peut se contenter de suivre les programmes et les instructions. Ceux-ci sont plutôt indicatifs que prescriptifs. Mais, il doit faire des choix. Les instructions tentent seulement d’assurer sur l’ensemble de la scolarité un équilibre satisfaisant entre les différents genres et les différentes époques. La progression n’est pas nettement établie dans les programmes et les instructions. Les contenus n’y apparaissent pas radicalement différents selon les niveaux. Non qu’ils soient mal faits, mais parce que les contenus de l’enseignement du français langue maternelle forment un ensemble qui ne se laisse pas facilement débiter en tranches de savoir. C’est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part.

Certes, l’enseignement du français est une discipline illimitée. Tous ses éléments sont si étroitement liés entre eux qu’on ne perçoit ni le point de départ ni ce d’arrivée. Une seule œuvre littéraire recèle un infini culturel englobant science, histoire, religion, éthique… et toutes les ressources de la langue. Chaque texte nous place au cœur de la discipline d’où toutes les directions sont possibles. Le centre est partout, mais on ne trouve pas les limites.

Certes, une discipline aussi complexe ne se laisse pas décomposer en savoirs successifs. Encore moins en savoir-faire successifs. Elle relève pour l’essentiel d’une pédagogie d’imprégnation lente. Dénonçant toute tentative de rationalisation institutionnelle de l’enseignement du français comme illusoire et contraire à l’identité de la discipline. Il n’existe pas en français une quantité définitive de notions à enseigner qu’on pourrait répartir pendant la scolarité de l’enfant. Aucun ordre ne peut réellement se justifier puisque la maîtrise de la langue maternelle ne dépend pas directement de savoirs savants qu’on aurait transposés et ordonnés pour les scolariser. Mais s’acquiert en grande part par les voies de la familiarité mimétique.

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Les objectifs de l’enseignement du français ne changent pas sensiblement avec les niveaux

Les objectifs de la discipline restent sensiblement les mêmes de classe en classe. Il s’agit pour les professeurs d’approfondir inlassablement des compétences essentielles d’ordre supérieur: lire, comprendre, résumer, analyser, argumenter, communiquer à l’oral et à l’écrit. On n’a jamais fini d’atteindre les objectifs. Il serait absurde de penser que des élèves qui ont étudié le récit à un niveau donné doivent cesser d’étudier ou d’écrire des récits pendant le reste de leur scolarité.

Même la progression de la narration, privilégiée dans les petites classes, à l’argumentation, réservée aux grandes, est abandonnée. Comme le souligne Alain Boissinot : «La nécessité de savoir exprimer et justifier un point de vue apparaît très tôt, en lien avec la socialisation de l’enfant, et il paraît logique de penser que le récit et l’argumentation doivent faire l’objet d’un apprentissage parallèle. »

Tous les types de textes devant être abordés à chaque niveau. On est amené à étudier successivement ou parallèlement chaque année, le récit, le théâtre, la poésie et l’argumentation en activités de lecture-écriture. Les manuels offrent un choix de textes et une armature didactique. Les livres du maître offrent un complément culturel. Mais, le professeur a la charge de concevoir l’enchaînement entre les leçons et entre les différents moments du cours en fonction des contraintes pédagogiques.

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