Est-ce que l’échec scolaire est un échec social ?

Une des réalités pédagogiques, les plus inquiétantes du moment, est bien l’importance des retards et des échecs notamment l’échec scolaire. Or, ces retards dès qu’ils atteignent deux années scolaires sont, pratiquement, difficiles à combler; en outre ils infléchissent le cursus scolaire de manière à compromettre définitivement l’avenir de l’élève. Les professeurs de l’enseignent supérieur demandent au secondaire de leur donner des étudiants dignes de ce nom. Mais, les lycées constatent que les élèves leur arrivant de l’école primaire, n’ont plus les connaissances de base sur lesquelles on peut construire, ils déplorent eux-aussi, la baisse du niveau. Et chaque degré d’enseignement reproche à celui qui l’a précédé de ne point lui fournir les élèves au niveau d’instruction jugé nécessaire.

une fille qui souffre de l’échec scolaire

L’échec scolaire est-il un échec social ?

Parler de rendement peut paraître choquant en matière d’éducation. Cependant, il n’est pas possible de demeurer indifférent, devant l’ampleur des échecs scolaires dont le nombre et l’importance constituent un scandale auquel il convient de mettre un terme. Ces échecs constituent un processus de sélection, une orientation à rebours qui pour être informels n’en sont pas moins des produits de l’institution scolaire. L’acceptation de fait de l’échec scolaire généralisé, correspond à l’attitude la plus anti-démocratique qui se puisse concevoir puisqu’elle est l’acceptation d’une ségrégation sociale qui s’opère, surtout, aux dépens d’enfants des niveaux socio-économiques inférieurs. Or, l’éducation d’aujourd’hui n’est plus «éducation évasion», donnant à un petit nombre de privilégiés la possibilité de s’affranchir des obligations de la vie quotidienne, pour se consacrer à la vie intellectuelle; elle est devenue une «éducation insertion » qui prend en charge la totalité des hommes, pour les préparer à une vie qui devient de plus en plus intellectuelle et scientifique. L’échec scolaire est donc bien un échec social. Il est déprimant et pèse de toute la déception, du renoncement contraint, des forces inutilement dépensées, de l’appréhension d’un effort qu’il va falloir reprendre à zéro. Il se complique, souvent, d’un sentiment de culpabilité. Devant l’insuccès, l’individu se replie sur lui-même, se retire du combat de la vie. Avec le découragement naissent le dégoût, le désintérêt des études, l’affaiblissement de la volonté, le désarroi, l’angoisse et l’agressivité. Aussi a-t-on pu montrer que, chez la plupart des jeunes délinquants, l’inadaptation scolaire constitue le facteur initial et déterminant du processus constitutif de l’inadaptation.

L’échec scolaire se prépare

L’échec scolaire ne peut être analysé en termes de responsabilité. Il se prépare de longue date et ses origines psychologiques, sociologiques, pédagogiques, et même psychanalytiques, ne font aucun doute. Nous devons démolir les mythes de «cancres» et de «mauvais élèves ». L’échec n’est pas fatal, ou plutôt, ne le serait plus dans d’autres conditions économiques, sociales et politiques.

Tout système d’éducation doit être adapté aux besoins de la société dans laquelle il existe. Or, les sociétés évoluent, de sorte que l’enseignement doit être prêt à tout changement dès que la société, elle-même, change. L’explosion scolaire, l’accès aux études d’un nombre croissant de jeunes, issus de couches sociales modestes, l’épanouissement de nouvelles connaissances scientifiques, les échecs, tout cela nous contraint à examiner et à critiquer profondément notre enseignement. Aucun système éducatif n’est satisfaisant, aucun ne l’a jamais été et il y a de fortes chances pour qu’aucun ne le soit jamais. La raison réside dans l’ambiguité de la notion d’éducation.

L’ambiguité de l’éducation

Eduquer, c’est, dit-on, transmettre d’abord des connaissances, mais on s’interroge beaucoup sur ce qu’il convient de transmettre. On ne transmet que ce l’on sait aujourd’hui et ce que l’on sait aujourd’hui sera dans de nombreux domaines, dépassé dans quinze ou vingt ans. Toute découverte scientifique rend caduque la science antérieure. On est donc tenté de distinguer, parmi les connaissances, celles qu’on pourrait qualifier de permanentes, à côté de celles qui sont condamnées à une mort prochaine. Dans ces «permanentes » se placent, tout naturellement, les connaissances dites de base : lire, écrire, compter. Quant aux connaissances à naître, il est très clair que nul ne peut les définir sans graves risques d’erreur ; les futurologues en sont réduits aux hypothèses.

C’est pourquoi une autre «permanence» s’impose : la formation de l’esprit, à quoi répond la formule : apprendre à apprendre, apprendre à être, apprendre à agir.

Quel type d’homme former ?

Ce n’est pas au jour le jour, ni à l’année, que se définit et se construit une politique concertée et efficace de l’éducation. Nos regards doivent se porter plus loin, nos préoccupations s’attacher à des perspectives plus vastes. Pour tout pays démocratique, les choix à effectuer entre les divers types d’éducation ne sont pas si différents : quels citoyens, quels types d’hommes souhaitons-nous avoir formés, au terme du long apprentissage qui conduit l’enfant vers l’âge adulte? Les enfants qui, aujourd’hui, sont déjà engagés dans les divers cours d’études, vivront leur vie d’homme dans un monde dont tout laisse à penser qu’il sera très différent de celui que nous connaissons actuellement.

Le développement de notre enseignement nous conduit de l’enfant à l’homme et à une certaine idée de l’homme de demain, en fonction de laquelle notre système éducatif doit, incessamment, définir son contenu et ses méthodes. Ce qui nous évitera de faire de nos élèves les hommes que nous avons été, mais bien ceux que réclamera une époque marquée par la plus angoissante «accélération de l’histoire». L’homme de demain celui qui sera aux places que nous occupons et portera les mêmes soucis, les mêmes préoccupations, sans doute accrues, c’est celui qui est, aujourd’hui, sur les bancs de nos classes et qui attend de nous la formation qui lui est nécessaire.

De nouveaux types d’élèves

Nous sommes à la croisée des chemins. Notre système éducatif est devenu incapable de répondre aux défis d’aujourd’hui. De multiples réformettes, parcellaires, l’ont affecté à chaud et dans l’improvisation : augmentation ou diminution des horaires de certaines disciplines, changement de programmes de certaines d’entre elles, modification des épreuves du baccalauréat, etc.

des enfants qui ont peur d'un avenir avec échec social

Nous nous sommes donnés de grands objectifs mais, faute de moyens adéquats, des difficultés ont surgi dont nous souffrons aujourd’hui. L’impression est, chez beaucoup, que l’on rafistole par-ci, par-là, empiriquement ou au hasard et que, finalement, rien n’est changé. Ce qui, au contraire a changé, et que chacun perçoit, ce sont les conditions de l’enseignement. L’atmosphère a changé, notamment dans l’enseignement secondaire et dans l’enseignement supérieur, à cause de l’apparition de nouveaux types d’élèves et d’étudiants qui manquent de préparation.

Le passage d’une clientèle, triée, à une masse d’élèves et d’étudiants issus de toutes les catégories sociales, met en évidence l’archaïsme et l’inadaptation du système d’enseignement, dans tous les aspects et à tous les niveaux. L’enseignement est devenu un enseignement de masse, alors que ses méthodes restaient sensiblement identiques. Ce décalage a abouti à une surcharge des programmes et à une coupure, de plus en plus grave, entre le monde scolaire et le monde réel. L’énorme somme de travail requise pour assimiler les faits et les modèles et pour développer son talent personnel, ne peut être accomplie fructueusement que par des élèves assez doués et constamment épaulés par leur milieu familial. Mais la grande vague montante des élèves de tous les milieux n’y parvient pas.

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