L’enseignement spécialisé et la démarche d’évaluation

Quand les enseignants parlent d’évaluation, ils pensent d’abord aux examens. C’est-à-dire à un contrôle final (évaluation sommative) qui permet de valider les compétences des enfants au terme d’un apprentissage. Dans le cadre de l’enseignement spécialisé, l’examen n’a pas de sens. C’est un processus d’aide et seule l’évaluation formative et formatrice a du sens dans ce contexte. En fait, dans plusieurs modèles d’aide, l’évaluation est présentée comme la dernière étape à franchir. Cependant, une évaluation qui ne se fait qu’à la fin du processus arrive trop tard. Le processus d’aide doit être évalué à chaque étape de la démarche, y compris la première.

L’évaluation au départ du processus est particulièrement importante. Il s’agit en fait d’une évaluation formative de départ -diagnostique puisqu’elle concerne un élève en difficulté- qui permettra de mieux comprendre les problèmes de l’enfant et d’envisager une aide différenciée. À cet effet, les résultats des observations faites en classe, dans la cour de récréation, à la maison (par l’observation faite par les parents) doivent être mises en commun dans la perspective de rechercher les causes des difficultés, de définir les objectifs et de se donner les moyens d’une action pédagogique aussi efficace que possible.

L’évaluation doit nécessairement être globale dans sa première phase. L’enseignant spécialisé ne peut pas envisager une évaluation de départ spécifique qui concernerait uniquement la branche désignée par le titulaire. Ceci au risque de limiter son aide à un rattrapage scolaire qui sera totalement inefficace. Par contre, si l’évaluation globale permet de circonscrire la difficulté de l’enfant et de constater qu’un appui spécifique est nécessaire et suffisant, alors on pourra éventuellement travailler uniquement dans un domaine scolaire précis. L’évaluation globale peut donc déboucher soit sur un appui global, soit sur un appui spécifique. La démarche d’évaluation formative de départ comporte les étapes suivantes.

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L’évaluation globale dans l’enseignement spécialisé

Lors d’un premier échange avec l’enseignant titulaire, l’enseignant spécialisé colligera toutes les informations disponibles et demandera au titulaire d’exprimer ses attentes par rapport à l’évaluation et à une éventuelle prise en charge qui ne se décidera qu’après, et seulement après, la phase d’évaluation. Il veillera également à obtenir des informations globales sur l’enfant. Et non pas seulement ce que le titulaire présente en général des informations sur les difficultés scolaires de l’enfant. Il consultera également les éventuels rapports de signalement ou dossiers de l’élève et les résultats notés obtenus jusqu’ici par l’enfant.

Selon la problématique, une rencontre avec les parents peut également être nécessaire lors de cette première phase. En principe, cet entretien est plus intéressant après la phase d’évaluation, au moment où les difficultés de l’enfant sont mieux appréhendées. Suit une première rencontre individuelle avec l’enfant. Il paraît fondamental de rencontrer l’enfant dans cette phase d’évaluation globale. D’abord, car il est évidemment le premier concerné. Ensuite, par ce que finalement il est le seul à pouvoir nous donner des informations sur ce qu’il vit et sur les raisons de ses difficultés. Mais, il faut éviter de focaliser trop rapidement l’observation sur les difficultés scolaires. L’approche doit rester globale et toutes les hypothèses ouvertes pour l’instant. enseignement spécialisé

Évaluation de l’attitude face à la tâche dans un enseignement spécialisé

L’étape première de l’évaluation globale a permis de recueillir un maximum d’informations et de mieux comprendre les difficultés de l’enfant. Une deuxième étape qui s’effectuera en individuel évaluera l’attitude de l’élève face à une tâche. Cette étape, trop souvent négligée, permet de comprendre comment l’enfant travaille, réfléchit, aborde une tâche, évalue son propre travail, etc. La démarche est donc ici cognitive et métacognitive. Si l’élève est en échec scolaire, c’est très souvent parce qu’il ne maîtrise pas les procédures efficaces dans ses tâches. Or, le métier d’élève, surtout lorsque ce dernier est évalué en classe, consiste surtout à réaliser des tâches écrites. Si l’enfant n’a pas appris, par exemple, comment on lit une consigne, il sera nécessairement en échec.

Le spécialiste d’enseignement spécialisé tâchera donc d’analyser les procédures, les stratégies, les processus mentaux, etc. que l’élève actualise face à la tâche. Il pourra être intéressant de comparer ici comment l’enfant aborde une fiche scolaire ou une activité ludique. Parfois, l’utilisation d’un matériel scolaire trop contaminé pour l’enfant, qui a associé ses difficultés aux fiches utilisées en classe ne lui permettra pas de montrer toutes ses potentialités. C’est également dans cette étape qu’on veillera à faire émerger les représentations de l’enfant dans les tâches qui lui posent problème. Les travaux de Giordan ont mis en évidence l’importance pour l’enseignant de comprendre les représentations de l’enfant. Et de partir de ses conceptions propres si on désire lui apporter une aide adaptée et efficace.

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L’évaluation dans la branche désignée et le choix entre un appui spécifique ou global

Certainement, le titulaire signale très souvent l’enfant pour un problème lié à une branche scolaire particulière. L’enseignant spécialisé complétera donc son évaluation par une analyse plus spécifique des difficultés dans la branche désignée par le titulaire. Cette étape, qui paraît a priori plus simple à réaliser, demande une connaissance approfondie des difficultés liées à l’apprentissage de chacune des branches du programme. Il devra donc être à la fois un spécialiste de l’apprentissage de la lecture, de l’orthographe, de la construction du nombre chez l’enfant, des processus mnémoniques, etc. Comme le relève Vermersch : « nous ne percevons que ce pour quoi nous avons déjà une théorie ou, plus modestement, ce qui fait sens pour nous ».

L’enseignant spécialisé a, jusqu’ici, recueilli un nombre important d’informations sur l’enfant, ses ressources et ses difficultés. Il s’agit maintenant pour lui d’émettre des hypothèses et de fixer un objectif prioritaire pour le projet. Après la phase d’évaluation, il importe d’établir certains critères pour déterminer le point auquel il faudra s’attaquer en premier lieu. C’est le moment de la focalisation. Cette étape est évidemment essentielle. La problématique est souvent complexe et il est difficile d’être sûr que le choix que les enseignants effectueront ici est le meilleur. enseignement spécialisé

Il s’agit donc de poser une hypothèse et de s’engager dans les interventions qui leur permettront de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse. Cette phase d’abduction ne doit pas paralyser les enseignants. Au contraire, c’est par la vérification de l’hypothèse dans les interventions que se feront les réajustements du projet. Pendant toute la durée des interventions, on procède à une évaluation formative interactive qui permettra constamment de savoir où l’enfant en est dans ses acquisitions. Et de comparer ses performances actuelles avec les objectifs définis dans le projet.

Évaluation formative d’étape et analyse comparative

Après quelques semaines, voire quelques mois, il est absolument indispensable de s’arrêter et d’envisager une nouvelle phase d’évaluation plus formelle. Le spécialiste d’enseignement spécialisé pourra alors réutiliser les mêmes outils d’évaluation qu’aux étapes précédentes. Ceci lui permettra de mesurer les progrès effectués par l’élève et d’envisager soit l’arrêt de la mesure. Soit des réajustements. Soit enfin, si les résultats sont décevants, la formulation d’une nouvelle hypothèse et le choix de nouveaux moyens.

Cette nouvelle évaluation permettra également de présenter les résultats des interventions à l’enfant, au titulaire, voire aux parents. Si cette évaluation formative d’étape n’a pas lieu, les enseignants risquent fort de surévaluer ou de sous-évaluer les progrès de l’élève. Le second scénario est évidemment plus fréquent que le premier. Les progrès de l’enfant sont souvent importants. Mais ses résultats sont toujours inférieurs à ceux de la classe, ce qui laisse penser que l’enfant n’a pas progressé. Si le spécialiste peut s’appuyer alors sur la comparaison entre l’évaluation de départ et l’évaluation d’étape. Et si, de plus, il peut comparer l’évaluation à un objectif formulé en termes opérationnels. Il pourra facilement démontrer les progrès de l’élève et l’efficacité des démarches entreprises par les enseignants.

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