L’estime de soi facteur des conduites à risque à l’adolescence

La période de l’adolescence est caractérisée par de nombreux ajustements à différentes tâches et changements développementaux qui sollicitent une adaptation importante de l’individu et des personnes de son entourage. Certains auteurs divisent cette période en trois sous-étapes: la préadolescence, où la plupart des changements biologiques ont lieu, l’adolescence moyenne, où l’on peut observer fréquemment des changements psychologiques et émotionnels, avec un accroissement des conduites à risque, et l’adolescence tardive qui se caractérise par un allongement des conduites d’exploration et un retard dans l’acquisition des rôles adultes. Les conduites qui impliquent une rupture des normes sociales susceptible d’être sanctionnée constituent l’un des comportements à risque des plus habituels. Parmi les recherches sur les problèmes d’adaptation psychosociale au moment de l’adolescence, de nombreuses études ont considéré la qualité des relations avec les parents et de l’estime de soi comme l’un des facteurs explicatifs les plus importants de l’émergence des conduites délinquantes.

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Facteurs familiaux des conduites à risque

Différents travaux ont identifié une large variété de facteurs familiaux. Par exemple la présence de difficultés socioéconomiques, une histoire familiale comportant des problèmes de conduite. L’existence de conflits familiaux ou une certaine pauvreté des interactions parents-enfants. Parmi ces facteurs, la qualité de la communication parents-enfants a été fréquemment liée aux conduites délinquantes des adolescents. En effet, les adolescents qui présentent des conduites délinquantes font état par ailleurs d’une ambiance familiale négative. Elle se caractérise par des problèmes de communication avec les parents.

Réciproquement, une communication ouverte et fluide. C’est-à-dire lorsque l’échange des points de vue se fait d’une manière claire, affectueuse, respectueuse et empathique entre parents et enfants. Ceci a un effet protecteur vis-à-vis de la rupture des normes sociales. Dans la même ligne de réflexion, on a constaté que les adolescents moins impliqués dans des conduites délinquantes se caractérisent par l’utilisation de stratégies de résolution des conflits familiaux basées sur le dialogue. Si les relations familiales positives constituent un facteur de protection face aux problèmes de conduite de l’adolescent. Elles sont également à l’origine de ressources psychosociales pour l’individu. Ces ressources facilitent les processus adaptatifs à l’âge de l’adolescence.

Ainsi, différents auteurs ont observé que les relations familiales positives contribuent au développement d’une valorisation positive de l’individu par lui-même. C’est-à-dire, d’une estime de soi positive. Notamment au niveau familial, social ou scolaire. C’est ainsi que des études ont montré que la communication familiale ouverte positivement reliée à l’estime de soi des adolescents. À son tour, l’estime de soi a été traditionnellement considérée comme l’un des indicateurs les plus importants du bien-être.

La communication parents/adolescents et l’estime de soi multidimensionnelle

Souvent, la qualité de la communication familiale détermine l’estime de soi des adolescents. L’influence de la communication familiale sur l’estime de soi de l’adolescent se manifeste à deux niveaux différents. Quand cette communication est ouverte (positive, affectueuse et satisfaisante). Elle favorise une évaluation positive de soi à tous les niveaux ou dimensions considérés. Inversement, quand la communication problématique (négative et chargée de critiques). Elle diminue les ressources d’estime de soi, sur les dimensions familiale et scolaire. En effet, l’absence de relation est en accord avec les processus de développement du concept de soi chez l’enfant et l’adolescent. La définition et l’évaluation du soi élaborées à partir de continuité des interactions avec les personnes proches de l’individu. Autrement dit, l’individu s’évalue en fonction des réactions des autrui significatifs.

Chez l’enfant, la famille constitue le principal contexte d’interaction sociale. Les parents sont les principales sources de socialisation. Ils ont donc un rôle essentiel dans la constitution de l’estime de soi. Mais l’adolescence induit une plus forte participation aux autres contextes sociaux que celui de la famille. Notamment le groupe de pairs. Étant donné l’importance du groupe de pairs dans la détermination de l’image de soi sociale (capacité à se faire des amis, acceptation dans le groupe). Et physique (construite à partir des réactions des autres à l’égard de l’image physique propre). Ces deux types d’estime de soi pas tellement dépendants du feedback reçu de la part des parents.

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Différencier les dimensions de l’estime de soi

Certes, il est nécessaire de différencier les dimensions de l’estime de soi quand on veut analyser son influence sur les conduites délinquantes. Les dimensions de l’estime de soi n’ont pas un effet homogène sur les conduites délinquantes. D’un côté, un effet de protection de l’estime de soi familiale et scolaire. Les domaines familiaux et scolaires sont essentiels pour la prévention de la délinquance. Probablement parce qu’ils sont en rapport avec la capacité de l’adolescent de respecter les normes de vie collectives établies par une figure d’autorité (parents et professeurs).

D’un autre côté, un effet de risque lié à l’estime de soi sociale et physique. Ce dernier met en question l’image traditionnelle que les chercheurs ont eu de l’estime de soi des adolescents comme une ressource psychosociale. Elle induit nécessairement des comportements ajustés et adaptatifs. En fait, les élèves qui s’impliquent dans des conduites antisociales peuvent être des figures importantes dans le groupe de pairs. Ils bénéficient d’une bonne acceptation sociale de la part de leurs camarades. En outre, il apparaît que la conduite à des niveaux non criminels dans cette période de la vie peut être normative. Et aussi bénéfique pour l’ajustement social de certains adolescents.

Ainsi, on a montré que l’importance du contexte familial pour expliquer les conduites délinquantes au moment de l’adolescence est indirecte. A partir d’une relation avec les ressources psychosociales d’estime de soi de l’adolescent qui, à leur tour, ont une relation importante avec la conduite à risque. C’est pour cela qu’en réalité, il faut effectivement aider les adolescents à améliorer leur estime d’eux-mêmes. Mais, cette amélioration doit être envisagée comme visant à promouvoir une estime de soi ajustée, c’est-à-dire réaliste et adaptative.

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