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L’interaction verbale et ses différentes formes

L’intérêt d’un examen des catégories du sujet et du social réside dans le fait que l’interaction verbale constitue le lieu de leur articulation. Certes, le sujet ne peut se constituer individuellement qu’en se socialisant. Si le sujet, dans l’ensemble de ses composantes, est de nature sociale, ce ne peut être que dans et par l’interaction qu’il y accède. Avec la communication et l’action nous touchons donc bien à l’essence même de l’espèce humaine. L’interaction est partiellement déterminée par l’existence de sujets déjà socialisés et d’un social déjà structuré. Mais, dans la mesure où sujet et social résultent de l’interaction, ces catégories préformées se réactualisent et se modifient dans et par son fonctionnement.

L’interaction est donc le lieu où se construisent et se reconstruisent indéfiniment les sujets et le social. Mais, quels sont ses différentes fonctions ? Avec les fonctions, nous entendons aborder les rôles que joue l’interaction verbale dans la vie sociale. Et prendre en compte les phénomènes généraux qui s’y déroulent. Nous indiquerons ainsi certaines fonctions et ferons état de leurs dimensions.

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La construction du sens

Les travaux linguistiques inspirés de l’ethnométhodologie font apparaître que produire du sens exige un travail interactif constant. Ainsi, les processus de coadaptation, de reformulation, de sollicitation, d’explicitation constituent quelques-uns des aspects de ce travail conjoint. Ce travail intersubjectif constant permet d’engendrer des significations qui sont fonction des sujets en présence. Et du cours qu’ils donnent à leur interaction verbale. Au niveau de la production du sens, nous sommes donc dans l’ordre des valeurs culturelles, à la fois héritées et transmises. La réappropriation de ces éléments culturels dans le déroulement de l’interaction constitue l’une des raisons de leur modifiabilité.

La construction du sens va donc bien au-delà des seules dispositions sémantiques des messages. Donner du sens c’est aussi s’entendre sur les situations et la façon de les gérer. En s’appuyant de manière plus ou moins explicite sur des présupposés culturels. Si l’on veut dépasser la conception mécaniste voulant que le sens soit totalement produit dans un modèle de type émetteur/message/récepteur. Il convient de rappeler que cette fonction de l’interaction concerne la production et la reproduction des valeurs culturelles. En tant qu’elle procède de la reproduction de significations préétablies, l’interaction participe à la justification et à la structuration de l’ordre social préexistant. En tant qu’elle réactualise et reconstruit ces significations, elle contribue à la modification et à la restructuration des valeurs culturelles. Par voie de conséquence, elle modifie cet ordre social.

La construction de la relation sociale

La seconde fonction qui se manifeste dans le déroulement de l’interaction concerne l’établissement de relations sociales entre les sujets. Communiquer implique que les sujets parlent de positions sociales et donnent vie à des rôles. Dans la mesure où on ne peut parler sans le faire d’une place et convoquer l’autre dans une place symétrique ou complémentaire. Toute interaction s’édifie à partir de rapports de places qui visualisent la forme effective prise par la relation sociale entre deux individus. Là encore, les rapports de places mis en œuvre dans le fonctionnement de l’interaction ne reproduisent pas de manière mécaniste les relations sociales objectives.

Ces deux premières fonctions recensées, production du sens et établissement de relation, correspondent partiellement à la distinction entre contenu et relation. Cette distinction entre contenu et relation ne met cependant pas ces deux termes sur un même plan. Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier. La relation, que d’autres appellent situation, est donc un élément déterminant de la construction du sens. Il convient de donner sens à la rencontre et la nature des rapports établis sert de contexte structurant aux messages produits. Nous retrouvons ici l’indexicalité du langage postulée par l’ethnométhodologie.

La construction des images identitaires par l’interaction verbale

L’interactionnisme symbolique estime que la communication permet la construction des images identitaires. De sorte que l’interaction contribue directement à la construction du sujet et de sa personnalité. Nous pouvons résumer ces trois fonctions en citant Habermas. « Du point de vue fonctionnel de l’intercompréhension, l’activité communicationnelle sert à transmettre et à renouveler le savoir culturel. Du point de vue de la coordination de l’action. Elle remplit les fonctions de l’intégration sociale et de la création de solidarités. Enfin, du point de vue de la socialisation, l’activité communicationnelle a pour fonction de former des identités personnelles. […] A ces processus de la reproduction culturelle, de l’intégration sociale et de la socialisation, correspondent les composantes structurelles du monde vécu : la culture, la société et la personne. »

La construction des images identitaires est présente en sociologie, Comme en psychologie sociale. Elle caractérise pleinement les auteurs qui, à l’exemple de Goffman, appartiennent au courant de l’interactionnisme symbolique. Cette construction du soi se produit en même temps que le sujet se socialise. C’est-à-dire construit les éléments de son tissu social.

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La gestion des formes discursives lors de l’interaction verbale

La communication conduit les sujets à produire du sens, des relations sociales et des images identitaires par la construction conjointe de formes linguistiques. Il s’agit d’un véritable tissu discursif, une trame tissée ensemble par lesquelles, le langage peut remplir la fonction d’un médium de socialisation. II paraît, en effet, difficile de ne pas prendre en compte la dimension langagière de la communication. Et d’éluder le fait que communiquer consiste d’abord à gérer des formes discursives plus ou moins spécifiques comme la conversation, le récit, la discussion, etc. Cet instrument de la symbolisation qu’est le langage a été constamment sous-évalué. Parfois même mis entre parenthèses. On allait ainsi à l’essentiel sans se préoccuper outre mesure de ce que cette gestion conjointe de formes linguistiques et paralinguistiques mettait en place.

On réservait alors au langage la place qu’il occupait dans les conceptions mécanistes et réductrices de la communication. Cette sous-évaluation du rôle du langage constitue l’un des faiblesses de l’interactionnisme symbolique. Le langage n’est donc pas le simple support, le simple outil transparent, permettant l’action ou l’expression de vécus. Il constitue le lieu de structuration de cette action et de ces vécus. Il est également le lieu où s’élabore le monde objectif qui n’existe que dans des formulations assertives faisant l’objet d’un accord général. Nous retrouvons ici la fonction symbolique du langage qui était plus importante que la fonction de communication. Ou encore, la problématique philosophique du langage comme forme de la conscience et de la vie sociale. Prendre en compte le langage implique, au-delà de considérations générales, d’analyser les actes qu’il réalise. Ainsi que les formes discursives que les sujets sont amenés à gérer de manière conjointe.

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