La formation en alternance conception et typologie

La formation en alternance occupe une place importante actuellement. Elle n’est pas pour autant une nouveauté pédagogique. Par ailleurs, le label « alternance » recouvre un ensemble de pratiques pédagogiques très diversifiées. Même si toutes ont en commun de viser l’articulation entre théorie et pratique, école et entreprise, éducation et production. En cela, elles représentent une tentative parmi d’autres pour répondre au débat déjà ancien de la philosophie de l’éducation. Faut-il former un individu pour le préparer au mieux à son rôle de travailleur capable de s’insérer dans un système économique et social donné; ou faut-il s’attacher avant tout à développer son intelligence critique, sa capacité créative, son autonomie personnelle ?

la formation

Les pédagogies de l’alternance

Historiquement, deux courants pédagogiques ont marqué la réflexion sur ce question. Il s’agit, d’une part, des pédagogies du travail (dites aussi pédagogies socialistes). Et, d’autre part, des pédagogies nouvelles (appelées souvent pédagogies actives). Pédagogies du travail et pédagogies nouvelles ont en commun de réagir à la condition de la majorité des enfants au travail. L’enfant était alors considéré comme un producteur; une force de travail, à qui devait suffire une formation professionnelle sur le tas. Les tenants de ces deux courants pédagogiques veulent conjuguer l’expérience du travail avec une véritable formation. Ils veulent baser leur projet pédagogique sur une production matérielle réalisée par les jeunes. Ils refusent de considérer le travail sous son seul aspect productif et sous le seul angle de la rentabilité.

Mais dans la pratique, ces deux courants vont se séparer. Pour les pédagogies du travail, la production de biens matériels utiles est essentielle. L’usine, l’atelier sont donc le lieu central de ces pédagogies, même si les conditions de travail doivent y être adaptées aux exigences de la formation. Par contre, pour les pédagogies nouvelles, le travail est conçu plutôt comme une activité manuelle au service de la formation intellectuelle. Le lieu de formation demeure donc l’école, même si celle-ci doit connaître des aménagements pour intégrer le travail manuel.

D’une même terre partent donc deux arbres distincts. Chacun d’eux va encore donner naissance à de nombreuses branches et produire des formules pédagogiques variées. Celles-ci se distinguent selon les conditions philosophiques et idéologiques qui les sous-tendent et selon la personnalité des pédagogues novateurs. Mais aussi selon le contexte économico-social et le cadre institutionnel qui permettent leur concrétisation.

Définition de la formation en alternance

La formation en alternance est une forme de partenariat entre l’école et l’entreprise mais elle n’est pas la seule. En effet, si le partenariat a trait globalement aux échanges entretenus au niveau des organisations et porte sur la communication qu’entretiennent entre eux des responsables par rapport à des enjeux institutionnels. L’alternance, elle, concerne plus particulièrement la formation et n’est qu’un des aspects de la collaboration possible entre monde de l’enseignement et celui de l’économie. Que faut-il donc entendre par formation en alternance ?

Pour certains, elle désigne le problème général de l’articulation de la théorie et de la pratique au sein de la formation. En ce sens, toutes les disciplines sont concernées par l’alternance et pas seulement celles qui sont impliquées dans la formation professionnelle. Appliquée à la formation professionnelle, cette définition a donné la conception rédactrice suivante : à l’école, reviendrait la formation théorique, à l’entreprise, la formation pratique.

Les choses sont bien plus compliquées que cela. Actuellement, il est généralement convenu d’appeler formation en alternance (ou alternance pédagogique) une formation professionnelle qui se déroule dans deux lieux distincts. Un lieu d’enseignement systématique (l’école, le centre de formation,…) et un lieu de production (l’entreprise,…). L’alternance est donc celle des lieux et non, a priori, celle d’un objet d’apprentissage.

Typologie de l’alternance selon la forme de collaboration

On peut distinguer les différents types d’alternance selon la forme de la collaboration qui existe entre les deux institutions. Il y a alternance-fusion, lorsqu’un seul et même organisme assure la formation à travers une activité productive. Les apprentissages sont donc ici entièrement dépendants de ce qui se vit dans le travail productif.

L’alternance-juxtaposition partage le temps des élèves-apprentis/travailleurs en une période de travail productif; et une période d’apprentissage systématique sans qu’il y ait de liens entre elles. Cette formule recouvre les pratiques dans lesquelles la formation systématique, celle qui a lieu dans l’organisme de formation, porte sur un autre objet que les acquisitions en entreprise. Dans cette forme d’alternance, les apports sont liés à ce que chaque milieu peut offrir séparément, selon sa logique propre et son fonctionnement particulier.

L’alternance-complémentarité répartit les tâches d’apprentissage entre le lieu de production et le lieu de formation. Les acquis recherchés concourent à la maîtrise d’une profession bien définie dont les dimensions ont été identifiées et dont la poursuite est partagée entre les deux pôles. Il y a donc une certaine forme de répartition explicite du travail entre les deux pôles. Beaucoup de stages en entreprises relèvent de cette catégorie, de même que la plupart des dispositifs d’apprentissage industriel.

Enfin, on peut identifier l’alternance-articulation (ou alternance intégrative) comme le dispositif dans lequel les deux lieux concourent ensemble à l’acquisition des compétences requises pour l’exercice d’un métier ; sans qu’il soit procédé, a priori, à des spécialisations. Les apprentissages systématiques, théoriques et pratiques pouvant s’effectuer aussi bien sur les lieux de travail que dans l’établissement de formation.

Typologie selon l’intention pédagogique

On propose d’appeler séquence en entreprise le temps passé par l’élève/apprenti en entreprise dans le cadre d’un dispositif d’alternance. Cette séquence en entreprise peut poursuivre différentes intentions pédagogiques.

  • L’observation. La mission qui est confiée à l’apprenant est de découvrir, pendant son séjour en entreprise, certaines dimensions touchant la vie professionnelle; (caractéristiques du métier, organisation du travail, type de relations professionnelles, équipement utilisé, etc.)
  • La socialisation. Ce qui est recherché pour l’apprenti à travers la pratique d’une activité productive. Et, secondairement, à travers l’apprentissage des rudiments d’un métier, est la socialisation. C’est-à-dire la capacité à conserver des relations sociales. Et à accepter un minimum de normes liées à la vie collective et à la vie professionnelle.
  • La qualification. L’entreprise contribue, dans cette formule, à faire acquérir les bases du métier.
  • Le perfectionnement. L’apprenti dispose déjà d’un bagage professionnel. Mais il va chercher en entreprise, au-delà de la qualification de base, ce que l’établissement de formation n’a pas pu lui donner ; (utilisation de certaines machines, traitement de cas complexes, apprentissage d’un rythme professionnel, socialisation professionnelle, etc.).

Intentions et formes de la formation en alternance

Le questionnement peut se mener de deux façons. Soit, on part de l’intention pédagogique que l’on veut faire jouer à l’alternance et l’on se demande alors quelle est la forme d’alternance qui convient le mieux pour l’observation, la socialisation, la qualification ou le perfectionnement. Soit, dans une perspective pragmatique, on inverse l’approche. On admet alors que la forme d’alternance est une donnée imposée par les circonstances (on prend ce qu’on a) et l’on se demande comment, dans ce type de dispositif, on peut atteindre les buts souhaités (observation, socialisation, qualification, perfectionnement) et on s’interroge sur les moyens complémentaires à mettre en place pour faire acquérir les apprentissages qui ne pourraient être acquis par la seule forme d’alternance appliquée.

formation en alternance

Autrement dit, la collaboration entre un établissement éducatif et une entité de production nécessite une double négociation ; à savoir, la coopération qui précise la part assumée par chaque partenaire dans le dispositif (les tâches de chacun et le modèle pédagogique qui sera mobilisé). Et la coordination qui définit les modalités matérielles du dispositif (répartition du temps entre partenaires, occupation du temps, statut, rémunération, etc.).

Typologie de l’alternance selon le statut du public

Nous pouvons d’abord identifier l’alternance scolaire. Elle concerne le plus grand nombre de stagiaires. Comme son appellation l’indique, elle s’applique à des élèves qui passent un temps plus ou moins long en entreprise, tout en restant sous statut scolaire. Son objet est surtout l’observation et le perfectionnement, la qualification de base étant assurée par l’école. Parfois, elle vise l’acquisition des compétences de qualification. Mais ce but est secondaire et il n’est alors poursuivi qu’en complément de ce que l’école ne peut vraiment assurer dans ce domaine. Certains nomment cette forme d’alternance : Enseignement en Alternance.

Ensuite, nous observons l’alternance d’apprentissage. Elle se réalise sous le statut d’apprenti. C’est l’entreprise qui est ici l’agent moteur. Elle vise surtout, à travers une activité de production, à faire acquérir au jeune les compétences professionnelles liées à un emploi donné. Son objet premier est la qualification de base. Quand l’entreprise est le maître d’œuvre de la formation, nous trouvons régulièrement la dénomination de Formation en Alternance.

Enfin, nous pouvons citer l’alternance d’insertion. Elle se déroule sous un statut ambigu. En effet, dans ces formules, le stagiaire est un travailleur en formation disposant d’un contrat de travail spécial. Ou d’un statut de bénéficiaire social. Cette forme d’alternance touche des personnes ayant quitté les filières normales de la formation; en voie ou en situation d’exclusion, disposant d’un faible niveau scolaire. Les personnes concernées relèvent généralement d’institutions d’aide sociale directe ou indirecte. Les ambitions à l’égard de ce public concernant la formation professionnelle sont plus modestes que dans les autres formules. En général, elles concernent la socialisation, la restructuration psychologique et la remise à niveau. Secondairement, dans la mesure du possible, ces dispositifs cherchent à faire acquérir des rudiments de qualification.

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