La pédagogie différenciée compatible avec la promotion de l’excellence

La pratique de la pédagogie différenciée est-elle compatible avec la promotion de l’excellence ? Cette question en contient deux autres qui renvoient toutes deux au plan de la politique et de la philosophie de l’éducation.

  • Doit-on exiger que la pédagogie différenciée contribue également à renforcer les compétences des élèves qui réussissent le mieux, quitte à promouvoir une élite ?
  • Y a-t-il possibilité pour le système éducatif de poursuivre à la fois le but de mettre en œuvre un enseignement de masse et celui de promouvoir un enseignement de l’élite. Bref l’égalité et l’efficacité maximale sont-elles des valeurs indissociables ?

Lorsqu’on pose la première question aux usagers de l’école et aux enseignants, les réponses sont rarement éclairantes sur le degré de conviction de ceux qui sont interrogés. Le plus souvent, on entend dire par les enseignants : « Les élèves bien doués sont suffisamment intelligents pour réussir dans leurs études quelle que soit la pédagogie qui leur est appliquée». Il n’y a pas là la preuve qu’ils ont intériorisé la règle du système, mais simplement que les problèmes qui les préoccupent le plus.

Ce sont ceux auxquels la solution est loin d’être facile, et que ceux qui les accaparent le moins. Ce sont ceux auxquels les élèves trouvent en eux-mêmes leurs propres réponses. Les enseignants pensent en majorité que la problématique de la réussite des élèves bien doués résolue a priori. Quant aux parents, ils se soucient rarement des procédures pédagogiques de la promotion de l’excellence. L’essentiel étant que leur enfant réussisse et de la meilleure manière.

la promotion de l’excellence en ecole

Efficacité et égalité

La problématique de la compatibilité entre égalité et efficacité au sein du système éducatif est autrement plus complexe. Le raisonnement est à la portée de tout le monde. Si le niveau général de la classe est faible, comment les professeurs feront-ils pour solliciter les élèves à un haut niveau d’exigences ? Il ne vient à l’esprit de personne de penser que l’échec scolaire est contaminant, mais tous s’accordent à admettre que sa présence importante au sein du groupement d’élèves empêche l’enseignant de faire avancer les meilleurs à leur rythme, somme qu’il est de faire réussir également, et surtout, les moins bons. Il n’est pas facile pour le pédagogue de se sortir de ce dilemme, à moins d’être un spécialiste incontestablement expert en matière de pédagogie différenciée, ce qui est loin d’être le cas.

Cette opinion répandue, de l’impossibilité de former en même temps la masse et l’élite, est contrebattue par quelques chercheurs en sciences de l’éducation. Marcel Grahay, par exemple, soutient que l’efficacité et l’égalité sont deux objectifs indissociables d’un système scolaire qui se veut performant. On s’interrogera cependant sur le degré de fiabilité de la corrélation que voient ces auteurs. Les études présentées ne nous disent rien sur les conditions de déroulement des épreuves pour pouvoir accepter la vraisemblance des conclusions.

J’ai moins à démontrer que la pratique de la pédagogie différenciée est compatible avec la promotion de l’excellence qu’à constater, à mon grand regret d’ailleurs, que pour le moment, ceux qui louent les vertus de la pédagogie différenciée ne s’intéressent nullement à la promotion de l’élite, bien au contraire, et que très franchement leur doctrine, sinon interdit de le faire, du moins ne fait rien pour le permettre.

Culte de l’intelligence et idéologie des dons

En France, on proclame partout le culte de l’intelligence à travers divers phénomènes largement médiatisés: championnats d’orthographe, championnats des savoirs culturels, concours général organisé par l’Éducation nationale elle-même, palmarès des lycées d’excellence… On admet qu’un enfant puisse être un cerveau et le développer à son maximum, devenir un champion de l’intelligence. Et même jouir du droit à la reconnaissance d’un don de précocité intellectuelle. Voyez le cas de ces jeunes surdoués qui décrochent leur bac avec deux, trois années d’avance!

Les surdoués ? Mais qu’est-ce-que ça vient faire avec les problématiques de la pédagogie différenciée ? C’est justement là que j’entends amener le lecteur pour l’amener à prendre position. Cette hypervalorisation de l’intelligence à laquelle l’Éducation nationale se prête de bonne grâce à un certain niveau non seulement, elle ne la pratique pas au niveau de l’école et du collège. Mais, passe encore de l’ignorer par le silence et la cécité, elle l’interdit.

Dans l’enseignement général donné au collège, en français et en mathématique tout particulièrement, où l’on trouve en nombre des malingres et des Rambos, et où la hiérarchie des intelligences est en général méprisée, en tout cas ne mérite pas le même traitement que dans une section sports-études par exemple. On y traite comme on peut les malingres, ceux qui ne sont pas très doués, parfois avec de la pédagogie différenciée, parfois en groupes de besoins strictement hétérogènes, parfois même, hélas, on dit qu’il n’y a pas grand chose à faire, que c’est le système qui veut ça, et qui sous prétexte d’intégration, exclut de l’intérieur. La cohorte néanmoins suit le curriculum qui lui est imposé, passe de classe en classe, avec la plupart du temps une promotion automatique, puisque le redoublement est censé ne pouvoir rien faire pour corriger l’échec.

La pédagogie différenciee et excellence

L’éducation nationale et la promotion de l’excellence

Force est de constater qu’il y a une ambivalence extrême dans notre philosophie de l’éducation et c’est là l’explication de l’interdit entre les problématiques éducatives touchant aux performances physiques et celles touchant aux performances intellectuelles. Ce que l’on tolère et même encourage pour les unes, on le refuse aux autres. Affaire de philosophie, mais plus précisément d’idéologie.

Sans doute le débat inné/acquis, nature/culture, y est-il pour quelque chose, et inspire-t-il les prises de position. Puisque l’hérédité de l’intelligence n’existe pas, les surdoués n’existent pas non plus. C’est de toute façon un faux-problème, et il ne mérite donc pas de solution selon certains. C’est ce que soutient obstinément Albert Jacquard. Interrogé par Le Nouvel observateur sur l’existence des enfants surdoués, ce généticien, censé apporter une caution scientifique au débat permanent inné/acquis répond : «Non! je n’y crois absolument pas. Il ne peut y avoir de surdoués, et cela pour deux raisons. Tout d’abord dans «surdoué» il y a sur, ce qui veut dire supérieur, et implique aussitôt une hiérarchie.».

Je n’ai pas l’intention d’ouvrir ici un débat en ce qui concerne le problème des enfants doués et surdoués. Je me borne au constat : des enfants réussissent mieux que d’autres, parfois très au-delà de la moyenne (ce n’est pas toujours dans les couches sociales les plus favorisées). Et le système éducatif n’arrive pas à les valoriser et à les promouvoir davantage. L’Éducation nationale fait plutôt la sourde oreille devant la promotion de l’excellence, aux problèmes présentés par les associations de parents d’enfants intellectuellement précoces. Ces derniers étant cependant estimés entre 3 % et 5% de l’ensemble de la population scolaire. Alors le problème est traité dans quelques collèges privés sous contrat, ou des établissements scolaires hors contrat ce qui coûte cher aux familles pour un enfant inscrit en maternelle!

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