La pédagogie différenciée définition et finalités

La pédagogie différenciée est une pédagogie des processus. Elle met en œuvre un cadre souple où les apprentissages sont suffisamment explicités et diversifiés pour que les élèves apprennent selon leurs propres itinéraires d’appropriation de savoirs ou de savoir-faire. Elle s’organise à partir d’un ou plusieurs éléments caractéristiques de l’hétérogénéité des élèves comme :

  • Leurs différences cognitives dans le degré d’acquisition des connaissances exigées par l’institution et dans la richesse de leurs processus mentaux où se combinent représentations, stades de développement opératoire, images mentales, modes de pensée, stratégies d’apprentissage.
  • Leurs différences socioculturelles : valeurs, croyances, histoires familiales, codes de langage, types de socialisation, richesses et spécificités culturelles.
  • Les différences psychologiques : vécu et personnalité révélant leur motivation, leur volonté, leur attention, leur créativité, leur curiosité, leur énergie, leur plaisir, leur équilibre, leurs rythmes.
la pédagogie

Définition de la pédagogie différenciée

La pédagogie différenciée se définie donc comme une pédagogie individualisée qui reconnaît l’élève comme une personne ayant ses représentations propres de la situation de formation. En fait, c’est une pédagogie variée qui propose un éventail de démarches; s’opposant ainsi au mythe identitaire de l’uniformité selon lequel tous doivent travailler au même rythme; dans la même durée, et par les mêmes itinéraires.

Tout en n’étant pas, évidemment, la seule solution de remédiation à l’échec scolaire. Sans doute, Il y a tant de secrets chemins buissonniers dans un apprentissage. Mais, la pédagogie différenciée renouvelle les conditions de la formation par l’ouverture d’un maximum de portes d’accès au maximum d’élèves.

Les fondements théoriques de la pédagogie différenciée

La philosophie autant que les recherches sur la didactique légitiment la pratique d’une pédagogie différenciée. Deux exigences philosophiques la sous-tendent. En premier lieu, la foi dans les potentialités de l’être humain qui permettent son éducabilité. En deuxième lieu, l’idéal d’égalité des chances pour tous par la reconnaissance du droit à la différence de l’individu-élève, à l’intérieur de situations inégalitaires.

Depuis longtemps déjà, les maîtres d’écoles en milieu rural pratiquaient une pédagogie différenciée dans leur classe. Le concept de différenciation pédagogique est né de l’évolution progressive de la reconnaissance de l’élève comme personne à travers de nombreux écrits. Cousinet, Freinet, Oury montrent, chacun selon son éclairage particulier, que l’élève existe avec ses désirs, ses soucis, ses richesses. Ils proposent une pédagogie recentrée sur l’apprenant et ses intérêts véritables. L’Éducation nationale relança le mouvement rénovation pédagogique en organisant des modules de formation de formateurs d’enseignants dans huit domaines, dont la pédagogie différenciée.

Parallèlement, la prise de conscience de la nécessité de différencier l’enseignement se fit à partir de la création du collège unique accueillant tous les élèves. Malgré cette hétérogénéité nouvelle des élèves, la même pédagogie fut maintenue. Les inégalités de niveau s’accentuèrent. D’autres formes de différenciation furent alors organisées. Les classes de transition, puis les groupes de niveau-matière; homogènes selon le rythme d’apprentissage, firent leur apparition en français, mathématiques… Vite, des activités interdisciplinaires furent mises en place pour différencier autrement la pédagogie dans toutes les matières à partir d’objectifs communs. Liée actuellement aux finalités de la réforme du système éducatif, la pédagogie différenciée prit la forme du soutien et approfondissement remédiant aux difficultés et lacunes graves de certains élèves. Aujourd’hui, la mise en œuvre d’une pédagogie différenciée est souvent le moteur de la rénovation pédagogique, et des stages sur ce sujet sont proposés par des instituts spécialisés.

La finalité et les objectifs de la pédagogie différenciée

La finalité de la pédagogie différenciée, c’est la lutte contre l’échec scolaire. La pédagogie différenciée est, en effet, une stratégie de la réussite réellement efficace à l’école, au collège ou au lycée. De nombreuses réalisations réussies, dans l’enseignement technique entre autres, le prouvent.

Organisée en situations d’apprentissage et d’évaluation adaptées aux besoins et aux difficultés spécifiques des élèves, selon des processus diversifiés, elle leur permet de :

  • prendre conscience de leurs capacités
  • développer leurs capacités en compétences
  • débloquer leur désir d’apprendre
  • sortir de l’échec par la répétition de situations analogues
  • trouver leur propre chemin d’insertion dans la société
  • prendre conscience de leurs possibilités.

Plus précisément, la méthodologie suivie pour différencier provoque la réussite scolaire par la réalisation de trois objectifs fondamentaux pour les apprentissages.

la pédagogie différenciée à l'école

1er objectif : améliorer la relation enseignés/enseignants

Comme le montrent les travaux de Jean-Pierre Changeux et de G. Racle en neurophysiologie du cerveau et en psychologie cognitive, les émotions positives (la confiance, le plaisir, la sécurité) déclenchent la motivation sans laquelle nul apprentissage ne peut s’effectuer. Elles facilitent le traitement et la mémorisation des informations par les deux hémisphères. La qualité de la relation enseignés/enseignants est donc importante. Une séquence de pédagogie différenciée laisse le champ libre à l’émergence et à l’existence de ces émotions.

2ème objectif : enrichir l’interaction sociale

Des interactions riches permettent l’appropriation durable de savoirs et de savoir-faire. L’élève devient acteur de son apprentissage avec les autres, au sein d’un groupe. Selon les travaux de l’école constructiviste suivant Jean Piaget, une interaction sociale dynamique et riche permet un meilleur développement cognitif, car elle favorise à la fois l’action et l’échange tout en faisant apparaître le sens et l’intérêt d’une tâche.

Le psychologue Jean Piaget a montré qu’un apprentissage peut s’effectuer si un sujet vit un conflit socio-cognitif entre ses propres représentations (modes d’explication du monde, élaborés grâce aux données de sa perception et ses connaissances antérieures) et les représentations différentes émanant, dans une situation pédagogique donnée, des autres (le maître, les camarades, etc.) et de l’environnement (le cadre, les contenus, les supports…). Ce conflit provoque, dans le processus intellectuel, une décentration qui pousse l’apprenant à réorganiser une ancienne représentation pour intégrer des éléments d’une nouvelle représentation.

Travaillant avec Piaget, Anne-Marie Perret-Clermont démontre que tout apprentissage organisé afin d’enrichir l’interaction sociale, comme le travail autonome en groupe, favorise le développement cognitif des élèves en permettant des conflits de centration fréquents où l’intégration répétée et successive de nouveaux savoirs s’opérera au mieux. Henri Wallon a montré par ailleurs l’importance de l’action dans le développement de la pensée. L’individu a d’abord besoin d’agir sur le monde, puis, en investissant son savoir acquis, de voir par de nouvelles actions les effets de son activité précédente et ses difficultés, de vérifier enfin si celle-ci lui a permis de résoudre un problème et d’élaborer de nouvelles démarches de compréhension. «La pensée naît de l’action et retourne à l’action», dit-il.

3ème objectif : apprendre l’autonomie

Des psychologues comme Carl Rogers montrent que favoriser l’épanouissement de l’imagination et de la créativité facilite la compréhension. Pour cela, les élèves ont besoin à la fois d’un cadre sécurisant et de champs de liberté où ils ont le droit de choisir, de décider, d’innover, de prendre des responsabilités. Le cadre de formation souple proposé ici par la pédagogie différenciée dans le travail autonome, l’auto-évaluation formative, le contrat, la pédagogie du projet, les techniques de groupe favorisent donc le développement cognitif et les progrès des élèves.

apprendre l’autonomie à l'école

Les dispositifs de la pédagogie différenciée

La différenciation s’opère par la mise en interaction continue des personnes, du savoir et de l’institution.

  • Les personnes : ce sont les élèves et les enseignants hétérogènes face aux contenus et aux processus d’apprentissage. Les élèves sont hétérogènes par leurs modes d’appropriation et par leurs résultats dans les apprentissages proposés. Les enseignants sont hétérogènes par leurs pratiques pédagogiques et leurs programmes.
  • Le savoir : l’institution le définit dans les programmes. Les enseignants le traduisent en objectifs de formation cognitifs (objectifs de connaissance ou de savoirs), méthodologiques (objectifs de méthodes ou de savoir-faire), comportementaux (objectifs de comportement ou de savoir-être).
  • L’institution : garante de la finalité de l’enseignement, elle est présente dans les programmes et dans les structures.

Selon ce que le formateur privilégiera de ces trois pôles dans l’organisation d’une séquence de pédagogie différenciée pour obtenir la réussite maximale d’un apprentissage, trois dispositifs de différenciation peuvent être mis en place.

1er dispositif : la différenciation des processus d’apprentissage

Les élèves sont répartis en plusieurs groupes qui travaillent chacun simultanément sur le(s) même(s) objectif(s) selon des processus différents mis en œuvre à travers des pratiques diversifiées de travail autonome : le contrat, une grille d’auto-évaluation formative, un projet… La différenciation des processus est déterminée par l’analyse préalable, la plus fine possible, de l’hétérogénéité des élèves.

2ème dispositif : la différenciation des contenus d’apprentissage

Les élèves sont répartis en plusieurs groupes qui travaillent chacun simultanément sur des contenus différents définis en termes d’objectifs cognitifs et/ ou méthodologiques et/ou comportementaux. Ceux-ci sont choisis dans le noyau commun d’objectifs inventoriés par l’équipe pédagogique ou par l’enseignant, et considérés comme des étapes nécessaires pour que tous accèdent au niveau exigé par l’institution. Les objectifs sont ensuite cernés par un diagnostic initial révélant l’hétérogénéité des réussites et des difficultés.

3ème dispositif : la différenciation des structures

Les élèves sont répartis en plusieurs groupes dans des structures différentes de la classe. Ce dispositif est nécessaire mais insuffisant. Certes on ne peut différencier les processus et les contenus sans répartir les élèves en sous-groupes. Mais ce dispositif met en place un cadre qui resterait vide et sans effet sur la réussite des élèves si la pédagogie n’était pas différenciée. Cette carence explique parfois l’échec des groupes de niveau-matière. Il est vrai, cependant, que le simple fait de différencier les structures permet aux élèves de connaître d’autres types de regroupement, d’autres lieux, d’autres animateurs, provoquant de nouvelles interactions sociales et, ainsi, des réactions constructives à l’apprentissage demandé.

En résumé…

Différencier la pédagogie nécessite absolument, dans un premier temps, de différencier les structures puisque l’enseignant ne peut se diviser en autant de précepteurs particuliers qu’il a d’élèves. Même si les conditions locales d’un établissement en ressources humaines et matérielles ne permettent pas de faire éclater la structure classe en d’autres structures à effectifs réduits plus souples et plus modulables; l’enseignant aura, néanmoins; à répartir ses élèves en sous groupes ayant chacun une tâche différente. Le cadre facilitateur ainsi posé se nourrit alors de la différenciation des processus ou de celle des contenus.

La différenciation des contenus est utile à organiser pour apprendre à travailler en équipe et à élaborer des diagnostics fins d’évaluation formative. Il n’en reste pas moins urgent de considérer qu’une pédagogie différenciée authentique est celle qui est fondée sur la différenciation des processus d’apprentissage des élèves et qui passe, pour atteindre ce but, par l’organisation plus ou moins diversifiée et variée des processus d’enseignement. Il est souhaitable de combiner les trois dispositifs pour conduire les élèves au maximum de leurs capacités et les accompagner vers la réussite.

7 Commentaires

    1. Merci pour ce partage qui éclaire à suffisante ma lanterne sur sur la gestion d’une classe et des speficités qui la caractérisent.

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