La psychologie de l’enfant à 6 ans

Voici l’enfant à 6 ans, dans une année, comme c’était à prévoir, une année difficile. Dès 5 ans et demi, le changement s’est amorcé; à la tranquillité et à la joie de vivre ont succédé des moments d’impatience et d’énervement. Maintenant, ce sont des mouvements brusques de l’humeur, où l’enfant envoie tout en l’air et ne veut plus rien faire, suivis d’avances sociales et de regrets de la faute. L’enfant paraît en pleine crise. Est-il souffrant? Anxieux ? Désorienté ? A la recherche de quelque chose ou de quelqu’un ?

C’est un peu tout cela à la fois et quelque chose d’autre. C’est l’avènement d’une ère nouvelle, faite désormais d’activité intellectuelle et de calme affectif, qui durant cinq années va conduire votre enfant jusqu’au seuil de la puberté. Mais pour s’installer, cette nouvelle phase de l’évolution provoque une rupture dans l’adaptation antérieure. A l’approche des 6 ans, toutes les forces de croissance qui, jusqu’ici, étaient conjuguées et allaient dans le même sens, se disloquent. Tout se passe comme si l’intelligence pour se transformer avait besoin que l’affectivité craque, comme si les progrès physiques pour s’accomplir avaient besoin que le contrôle psychomoteur s’altère, comme si la sociabilité pour se manifester avait besoin que le langage régresse.

enfant allant à l'école

Les changements organiques

A y regarder de près, ces changements sont importants. Déjà au niveau de l’organisme, les dents de lait commencent à tomber, les premières molaires définitives pointent. L’équilibre corporel se détériore; l’enfant se plaint de malaises bien réels et auxquels il faut prêter attention. Il a mal dans les jambes, dans les pieds, dans le cou. Il a trop chaud, il a mal à la gorge, aux yeux, aux oreilles. Et de fait les médecins soignent, chez les enfants de 6 ans, un grand nombre d’angines, d’orgelets, d’otites sans parler des maladies contagieuses et des troubles allergiques comme l’asthme qui sont fréquents cette année. Toutes les muqueuses, toute la peau, deviennent hypersensibles. La fatigue est habituelle, les chutes nombreuses et un enfant de 6 ans est un « mauvais malade », il ne se laisse pas facilement soigner, il ne veut pas rester au lit -sauf les jours de classe – il hurle quand on lui soigne ses furoncles et s’évanouit à moitié quand il voit un peu de sang sur sa plaie ou quand on lui change son pansement. La fragilité émotionnelle comme la fragilité organique est à son maximum.

Quelques conseils avant d’aller plus loin

On hâtera la guérison de l’enfant malade en ne lui présentant pas le lit comme une punition, mais comme un endroit où il se reposera et récupérera pour mieux jouer ensuite; on évitera aussi de se moquer de sa sensibilité et de laisser les aînés le traiter de « mauviette », afin que celui-ci, de peur d’être raillé, ne dissimule ses accidents qui s’aggraveraient faute de soins; le papa et la maman ne se querelleront jamais sur les soins à donner à un enfant malade, ce qu’ils font souvent par anxiété. Il faut savoir en effet, qu’on cause beaucoup plus de tort à un enfant en se querellant à son propos qu’en le soignant mal. La maladie physique guérit vite à cet âge, et les erreurs de traitement se rectifient. L’équilibre psychologique de l’enfant, que vous avez ébranlé en vous querellant à son sujet, est beaucoup plus difficile à rétablir. Un enfant qui est le centre des disputes ou des préoccupations anxieuses de ses parents devient anxieux, dort et mange mal, abuse de la situation pour refuser tout effort d’adaptation et tenir son public en haleine. Il demeure préoccupé de sa personne, égocentrique et malheureux. Plus tard, il risque de se comporter en petit tyran domestique vis-à-vis de ses parents et de ses frères et sœurs, au détriment desquels il aura été « en vedette ».

La psychologie de l’enfant malade

Si vous protégez trop votre enfant car il souffre des bronches, par exemple, il ne s’aguerrira pas et restera fragile. Essayez de résoudre la difficulté en lui faisant mener le plus rapidement possible une vie normale, ne lui répétez jamais qu’il est fragile; si son régime de vie doit être un peu différent de celui des autres, il n’est pas nécessaire qu’il en connaisse la cause, car il serait conduit à utiliser lui-même cet argument pour se trouver de fausses excuses.

Si votre enfant est atteint d’un handicap physique, par exemple des séquelles de poliomyélite, une malformation cardiaque ou autre, un trouble auditif ou visuel, il faut qu’il accepte son handicap comme un élément naturel de sa personnalité et qu’il vise à occuper la place qu’il est capable de tenir. Ne le considérez pas comme un enfant handicapé et n’acceptez pas qu’il se considère comme tel et en tire prétexte pour se soustraire aux obligations normales qu’il peut assumer. Ne le privilégiez pas, au point de vue ration affective, par rapport à ses frères et sœurs. Mais trouvez-lui des directions où il puisse valablement s’affirmer: le dessin, la musique, la classe par exemple, afin qu’il comprenne que malgré son handicap, des quantités d’activités lui sont permises.

La psychologie d’un « 6 ans » en bonne santé

Même lorsqu’il n’est pas de constitution spécialement fragile et qu’il n’est pas malade, donc lorsqu’un état de santé déficient n’est pas à l’origine des modifications de sa vie affective, l’enfant de 6 ans présente des troubles spectaculaires du comportement. Il fait des accès de colère exaspérants, comme à 2 ans et demi, surtout quand quelque chose résiste à ses efforts. Il a perdu le beau contrôle de ses 5 ans. Il se balance, danse, se tortille, pleure, crie, suce ou tiraille ses cheveux. Il se remet à bégayer, il est contracté et agité, opposant et grossier, dominateur et destructeur, timide ou désinvolte. Il détruit les fleurs, il fait fuir les pigeons du square, il agace ses frères et sœurs, dit « non » à sa maman, traîne pour aller en classe; il refuse maintenant de se laver ou de s’habiller. Il fait des histoires pour ses vêtements car il est soudain coquet, mais n’en prend aucun soin et les jette n’importe où. Tout cela pour s’assurer de sa puissance et construire son individualité.

enfant qui écoute la musique

Que doivent faire les parents d’un « 6 ans » ?

Il est inutile, pour les parents, de chercher à agir directement sur la rigidité de ces comportements, que ce soit par la suggestibilité, par la promesse de récompenses ou la menace de sanctions, car à cet âge, l’enfant n’en fera quand même qu’à sa tête et les difficultés d’adaptation augmenteront en flèche devant le durcissement, la punition ou la contrainte. La bonne méthode consiste à prévenir, en orientant ce bouillonnement intérieur vers des réalisations concrètes: fabriquer quelque chose, se perfectionner dans tel jeu ou dans tel sport, commencer une collection quelconque : de cartes postales, de cailloux…

Il vaut mieux éviter aussi d’exiger l’obéissance immédiate : un délai doit être laissé à l’enfant ; un moyen souvent efficace consiste à compter lentement jusqu’à 7 ou à 10 en disant qu’au bout du compte il va certainement faire ce qu’on lui a demandé. Tout cela pour attirer l’attention de l’enfant sur un but concret, impersonnel et le détourner de sa propre personne qui vacille entre des extrêmes et se cherche dans des dilemmes infinis.

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