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La sollicitude pédagogique et ses différentes formes

À bien des égards, la sollicitude pédagogique fondatrice prend deux formes radicalement différentes à savoir l’accompagnement des âmes et l’instrumentation des esprits. La première se drapant dans un discours aux consonances psychosociologiques, politiques… La seconde empruntant toutes les caractéristiques du discours technique.

La sollicitude en classe

La première forme de sollicitude pédagogique

L’accompagnement des âmes s’exprimait traditionnellement à travers les velléités éducatrices des grands éducateurs. On y insistait sur la valeur de l’exemple et sur l’importance de l’attitude de l’éducateur. Un amour dégagé d’exigence de réciprocité, l’amour libérateur. Mais, ces termes-là sont tombés en désuétude. Sans doute en avait-on abusé pour camoufler quelques relations suspectes, voire perverses, que la psychanalyse est venue opportunément débusquer. Mais, est-ce à dire que les réalités ainsi désignées ont, pour autant, disparu ? Cela est peu probable. Elles s’expriment aujourd’hui à travers une psychologie qui est devenue la vulgate inévitable des éducateurs et travailleurs sociaux. Congruence, empathie, considération positive inconditionnelle, qualité de la relation d’écoute, importance de la reformulation présence désintéressée…

Il y a là autant de concepts et d’attitudes dont on peut observer la valorisation systématique dans le discours de sollicitude pédagogique. On comprend ainsi la méfiance qui peut apparaître chez les enseignants dès qu’on évoque le terme de « tutorat ». Et les inquiétudes très fortes des ténors syndicaux dès que l’on suggère la possibilité de s’intéresser dans l’école à la socialisation des élèves.

Les enseignants ne sont pas des assistantes sociales, réaffirme la responsable d’un grand syndicat d’enseignants français. Autrement dit : « Nous ne voulons pas voir dissoudre nos tâches d’instructions, essentielles à nos yeux, dans des pratiques sociales d’assistanat imprégnées de toute une idéologie psy issue de sciences humaines maladroitement vulgarisées ». On peut comprendre une telle réaction de défense… Après tout, les choses étaient plus claires avant d’être ainsi psychologisées. Les tâches d’instruction pouvaient parfaitement rester premières. On reconnait simplement qu’elles ne sont possibles, précisément, que dans la mesure où elles s’articulent sur une sollicitude pédagogique fondatrice.

La deuxième forme, l’instrumentation des esprits

La sollicitude pédagogique

Elle se manifeste dans le discours pédagogique, à travers toutes les expériences qui se veulent plus ou moins inspirées par la technique ou par la rationalité. Certes, là encore, on pourrait trouver des précurseurs. Des premiers outils didactiques jusqu’à l’organisation minutieuse. Des premiers efforts pour organiser, dans les salles, un milieu favorable au développement de l’enfant jusqu’aux dispositifs didactiques les plus sophistiqués construits avec Piaget. C’est bien une même intention qui se développe. Celle de maîtriser la construction de l’intelligence. Mais ces travaux restaient encore acceptables en ce qu’ils semblaient tolérer une large part d’aléatoire. Ils affirmaient d’emblée leur modestie, tant dans leur projet que dans leur public. Il était, le plus souvent, constitué d’enfants très défavorisés. Voire handicapés, concernés par la sollicitude pédagogique et avec lesquels toute autre forme d’enseignement avait échoué.

Ils étaient surtout acceptables dans la mesure où ils ne remettaient pas en cause la part essentielle du maître qu’ils contribuaient même à renforcer. Et évidemment, à travers la place du maître, c’est bien le caractère absolument central et irréductible de la rencontre entre des intelligences mis en valeur, réduisant ainsi l’arsenal technologique à un appui secondaire.

Or, le changement essentiel, sinon dans le fond au moins dans la forme, intervient avec l’irruption dans le champ pédagogique de ce que l’on va appeler « la pédagogie par objectifs » puis « la pédagogie de la maîtrise ». Car il s’agit là, apparemment tout au moins, d’une autre ambition. Il est question de faire subir à l’ensemble des savoirs scolaires un traitement très particulier. A l’issue duquel des objectifs formulés en termes de comportements observables et situés de manière linéaire. Les uns derrière les autres, permettent d’espérer que tous les publics vont pouvoir accéder à l’ensemble des connaissances humaines…

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