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La vie du groupe les règles qui doivent exister

L’enfant n’attend pas d’être à l’école pour découvrir l’existence de l’autre. Par contre, il y rencontre le groupe. Il se retrouve contraint de vivre avec un nombre important d’autres enfants dont le statut est identique au sien. Ils vivent les mêmes activités que lui. Par conséquent, ils limitent sa liberté individuelle. Cette situation rend nécessaire l’existence de règles de vie du groupe et assigne à l’instituteur un rôle complexe. Il est en effet responsable de l’élaboration des règles et garant de leur application. Pour y voir plus clair, examinons les types de règles utiles en milieu scolaire, les processus d’élaboration de ces règles et leur respect.

la vie du groupe

Premier type de règles de vie du groupe

Les règles sont de deux types : les unes tiennent aux objectifs d’apprentissage et à l’organisation du travail. Les autres au respect des individus présents dans la communauté scolaire (enfants et adultes). Les premières forment un ensemble de consignes et de modes de vie du groupe tout aussi contraignants que les secondes. Mais sont davantage ressenties comme des habitudes de travail que comme les éléments d’une morale collective. On peut s’interroger sur ce point ! Ces règles concernent la prise de parole, la façon de présenter les écrits, le déroulement des activités. Une part d’entre elles dépend totalement de l’instituteur.

Il s’agit en fait du rapport qu’il entretient avec le respect des consignes en cours de séquence. C’est un point très important. Toute séquence scolaire débute par une consigne initiale dont l’objectif est de bien séparer la nouvelle activité de la précédente. Si l’instituteur ne met pas la totalité des élèves en situation de recevoir la consigne, cette activité ne peut avoir lieu correctement. A lui de faire en sorte que l’attention soit possible, que le silence règne, qu’aucune occupation parasite ne subsiste. Il serait vain de penser que l’on peut contourner ce point. Le problème est le même pour les consignes intermédiaires données en cours d’activité. Il n’est pas rare d’observer des moments de classe au cours desquels le non-respect des conditions de transmission oblige l’instituteur à recourir à des sanctions individuelles ou collectives. Alors qu’en fait le bon déroulement dépendait totalement de lui.

Dans toutes les situations d’inattention collective, avant de mettre en cause les élèves, interrogeons-nous sur l’organisation que nous avons mise en place pour capter et retenir leur attention. L’importance de ce point porte à penser que la prévision de consignes claires, précises, non ambiguës, doit faire partie des préparations de classe.

Second groupe de règles

 Il forme en fait un ensemble d’interdits et de permissions liés à la vie collective. Leur somme représente une sorte de code de bonne conduite. Celui-ci, pour être respecté, doit présenter certaines caractéristiques :

  • être parfaitement explicite (ce qui, dans les faits, n’est pas toujours le cas !)
  • Montrer que les interdits qui sont fixés ne sont pas arbitraires. Mais se justifient, soit parce qu’ils permettent quelque chose d’autre, soit parce qu’ils limitent un danger réel. Ce point est très important. Pour ne pas paraître injuste, un code doit être explicitement fondé en raison. En conséquence, il doit s’appuyer sur des lois qui permettent le fonctionnement du groupe, beaucoup plus que sur une morale du bien et du mal.
  • Ne comporter que des règles concernant la vie du groupe à l’intérieur de l’institution scolaire. Quelle efficacité pour une règle pour la maison ?

En effet, La création de situations permettant la transmission de ces consignes doit être une préoccupation constante. Il faut toutefois remarquer que ces règles liées aux activités scolaires, doivent demeurer fonctionnelles. C’est-à-dire qu’elles doivent répondre à une nécessité propre au déroulement de ces activités. Il serait aussi stupide d’exiger le silence ou l’immobilité au cours d’une séquence de recherches collectives que d’accepter les conversations et les déplacements au cours d’un exposé d’élève. Il n’est pas mauvais de réfléchir aux exigences minimales propres à chaque type d’activité scolaire et d’impliquer les élèves dans cette réflexion.

Le processus d’élaboration des règles

Une règle doit répondre à deux impératifs : apporter une solution à un problème de vie pratique et ne pas être contraire à la réglementation nationale ou locale en vigueur. Lorsqu’on arrive dans une école, on se trouve en effet face à un ensemble de règlements qu’on ne peut modifier de son propre chef. Il faut se préoccuper de savoir ceux qui, par écrit, constituent le règlement d’école et ceux qui, sans fixation, sont néanmoins coutumiers.

Rappelons que le règlement d’école peut être modifié tous les ans au cours du premier conseil d’école. Et qu’il ne doit pas être contraire au règlement-type départemental. Pour ce qui concerne les règles de vie de la classe, le processus d’élaboration est plus libre. Nous avons tout intérêt à associer les élèves à cette construction. Cela permet de bien mettre en évidence la nature des règlements adoptés et leur justification.

Enfin, cela donne au groupe le statut de garant de ses propres lois. Il faut toutefois noter que, passé le moment de prise de décision, la conscience du groupe risque de s’estomper. A l’adulte d’en tenir compte. Notons aussi que, si le rappel et la justification des lois peuvent en partie être assumés par le groupe; il serait néfaste d’attribuer à tel élève (ou groupe d’élèves) la responsabilité de leur application. Ceci ne doit pas déboucher sur une milice scolaire !

Choisir une règle avec les élèves peut mettre en cause d’autres règles déjà fixées ou imposées par une réglementation plus vaste. Il est important dans ce cas que l’instituteur précise bien, dès le départ, ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas. Le choix, ensuite, ne doit porter que sur le négociable. A partir de là, différentes propositions peuvent être émises et discutées.

groupe

Le respect des règles de vie du groupe

En général, lorsqu’une règle vient d’être fixée, elle est correctement appliquée. Le temps passant, les entorses deviennent plus nombreuses, la nécessité de la règle est perdue de vue. Le désir individuel prend le pas sur le fonctionnement collectif. Tout cela est naturel. Il est donc nécessaire de faciliter le rappel de certaines règles et de leur fonction. L’existence d’un règlement écrit permet aux adultes et aux enfants de s’y référer.

Il est d’autant plus précieux que les lois sont formulées en précisant ce que les interdits permettent ou ménagent. Cette référence à la raison tend à éviter que le caractère contraignant des lois soit ressenti comme arbitraire. Il s’agit en fait dans ces écrits de faire comprendre implicitement qu’un règlement n’est pas un texte par lequel un petit nombre d’adultes impose sa volonté à un grand nombre d’enfants. Mais un ensemble de règles destinées à organiser la vie d’une communauté en respectant chaque individu, les objectifs de l’institution scolaire et les caractéristiques locales.

Au quotidien, les enseignants jouent le rôle de garants de ces règles. A eux de le faire en respectant le caractère original. Il serait dommage qu’une application capricieuse, affective, pointilleuse ou laxiste les fasse ressentir comme arbitraires ou sans objet. A la fondation des lois, l’adhésion est souvent grande. Le quotidien de leur application est beaucoup moins enthousiasmant !

Pour conclure

Quelques écueils à éviter pour le respect des règles de vie du groupe :

  • Le manichéisme : si les règles ont été fondées en raison, pourquoi, dans leur application, ramener tout aux notions de bien et de mal ?
  • L’affectivité : celle-ci peut amener, face au même problème, à réagir différemment selon les personnes et les moments.
  • Le glissement de règles : il est nécessaire de revenir de temps en temps à leur fondement.
  • L’extrême minutie d’application : il va de soi qu’il doit y avoir autant de raison dans l’application des lois que dans leur fondement. Une application bornée peut pervertir la loi et en trahir les sources.

En ce qui concerne les sanctions, chacun s’accorde à reconnaître que les sanctions ne devraient pas être nécessaires à l’école. C’est vrai que le respect des propositions faites ci-dessus devrait limiter considérablement le recours aux sanctions. Il y a toutefois des occasions où le rappel des règles ne suffit pas à les faire respecter. Dans ces cas-là, trois recommandations à suivre :

  • Ne pas donner aux sanctions le caractère d’une vengeance. Mais montrer qu’il s’agit là des conséquences possibles d’une rupture de contrat.
  • Se garder, en sanctionnant, d’utiliser des moyens contraires aux objectifs d’apprentissage. A titre d’exemple, on peut s’interroger sur l’opportunité des punitions écrites. L’école, qui cherche à convaincre l’enfant de l’utilité de l’écrit, n’a sans doute pas trop intérêt à utiliser celui-ci comme moyen de répression !
  • Ne n’en faire d’illégal : il serait en effet paradoxal de sanctionner un non-respect de la légalité en s’en écartant soi-même !

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