Le développement lexical à la petite enfance

Les recherches sur le lexique révèlent l’existence de stratégies enfantines pour découvrir le sens des mots et permettent de dégager certains principes lexicaux pouvant expliquer le développement lexical chez le petit enfant. Les enfants âgés de 2 ans à 4-5 ans font preuve d’une grande flexibilité pour interpréter de nouveaux mots à des niveaux hiérarchiques différents.

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Des premiers mots à l’explosion du développement lexical

Le développement porte à la fois sur la taille du vocabulaire disponible, en compréhension et en production. Le second étant toujours plus réduit que le premier. Et sur les représentations sémantiques, c’est-à-dire l’évolution du sens des mots. Ce sont les expériences sociales avec l’entourage qui fournissent à l’enfant la forme conventionnelle des mots. Et l’aident à trouver le sens des nouveaux termes. développement lexical

La taille du vocabulaire augmente lentement jusqu’à 18 mois environ. C’est-à-dire pour l’acquisition des cinquante premiers mots environ. Mais ensuite et jusqu’à 36 mois, les enfants apprennent plusieurs mots par jour. Leur répertoire passe de quelques dizaines à plusieurs centaines de mots de 18 à 36 mois. Cette explosion du lexique correspond à une réorganisation du codage des mots, en prenant en compte les règles phonologiques pour la prononciation, ainsi que des règles morphologiques pour leur construction, en sélectionnant les combinaisons de sons les plus fréquentes dans la langue.

Il semble aussi, d’après des travaux récents en neuropsychologie, qu’aux alentours de 20 mois, apparaisse une spécialisation hémisphérique pour le traitement des mots, au niveau du lobe temporal et du lobe pariétal de l’hémisphère gauche (les structures cérébrales impliquées plus particulièrement dans le traitement du langage par l’adulte, dans l’organisation lexicale et grammaticale). Alors qu’auparavant le traitement des mots se répartissait sur les deux hémisphères. développement lexical

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Lexique et catégorisation

Le développement lexical ne peut pas être dissocié des autres aspects du développement, et notamment des aspects cognitifs. Découvrir le sens des mots suppose aussi de découper le monde environnant en unités et en catégories. Et d’être capable de repérer les différences et les similitudes entre catégories. Les bébés sont capables de discrimination perceptive, et deviennent rapidement capables de catégorisation dans ce domaine. Ce qui est plus complexe, car il faut trouver ce qu’il y a d’identique au-delà des différences. Des relations et un lien temporel ont été observés ultérieurement entre le développement de la catégorisation des concepts, la permanence de l’objet (comprendre qu’un objet continue à exister, même lorsqu’on ne le voit plus) et l’explosion langagière. Pour certains auteurs, ce lien est repérable dès 9 ou 10 mois. Pour d’autres, il est plus tardif.

Être capable de produire une étiquette commune (animaux pour chien et chat) est en soit une activité de catégorisation, de même que l’utilisation de différentes étiquettes indique une capacité à distinguer des concepts. L’hypothèse de la relation entre catégorisation et lexique a donné lieu à de nombreux travaux au cours des dernières années, qui permettent de penser qu’aider les enfants à catégoriser peut les aider aussi à développer leur vocabulaire. développement lexical

Comment procéder ?

Pour ce travail, on constitue des planches de dessins correspondant à des catégories organisées selon différents niveaux de généralité. Le niveau de base, intermédiaire entre le niveau sous-ordonné et le niveau sur-ordonné. Les enfants les plus jeunes opèrent un traitement perceptif. Regroupement sur la base de propriétés perceptives communes, telles la couleur, la forme, la taille. Puis un traitement sémantique (regroupement d’objets sur la base de leurs fonctions ou de leurs usages, sans qu’elles soient fondées sur leurs ressemblances perceptives). Ou une organisation des éléments comme des parties de classes collectives, en sélectionnant des propriétés taxonomiques. développement lexical

Après trois séances d’entraînement avec des enfants de 5 ans, des effets positifs apparaissent. 15 % et plus d’amélioration en moyenne, non seulement dans les épreuves de catégorisation. Mais aussi dans le répertoire lexical, en termes de progrès qualifiés de procéduraux. Les entraînements à la catégorisation ont permis d’améliorer la stratégie sélective nécessaire pour opérer un choix correct à partir d’un ensemble de distracteurs. Il est ainsi possible de focaliser l’attention des enfants soit sur des propriétés perceptives simples. Soit sur des propriétés plus complexes de type taxonomique ou abstrait. Les résultats permettent de plaider pour l’élaboration d’outils pédagogiques destinés au développement lexical des enfants, en utilisant l’activité de catégorisation.

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