Le retard de l’apprentissage de la lecture

Le retard de l’apprentissage de la lecture peut être le signe d’un retard ou d’un déficit intellectuel, mais aussi en l’absence de cette cause, constituer un trouble particulier qu’on appelle la dyslexie :

Cas d’ un enfant dont l’âge mental ne correspond à l’âge chronologique

Il est aisé de comprendre ce qui se passe dans le premier cas. Voilà un enfant qui a 6 ans d’âge chronologique mais qui n’a qu’un âge mental de 5 ans ou même moins. Un tel enfant n’est pas capable d’assimiler la lecture, puisque cet apprentissage suppose un niveau de maturité générale et d’acquisitions qu’il n’a pas encore atteint. Une année d’attente dans une classe spéciale, ou une année supplémentaire d’école maternelle lui éviterait d’être confronté trop tôt à des difficultés insurmontables et de se dégoûter prématurément de l’école. L’année suivante, il apprendra à lire et à écrire tout naturellement. Surtout ne le forcez jamais à acquérir la lecture parce qu’il a 6 ans !

Je me suis occupée d’une petite fille de 6 ans 1/2 qui était au cours préparatoire malgré un âge mental de 4 ans 1/2 et à qui ses parents, par des répétitions quotidiennes, essayaient de faire suivre le rythme de la classe. Cette fillette en avait perdu le sommeil ; elle se réveillait la nuit en pleurant et en disant des choses de ce genre: « Non, maîtresse, je serai sage, ne me grondez pas. Oui, maman, je veux lire» et dans les courts moments où elle dormait on l’entendait répéter: «p et e, pe; b et i, bi ».

Cas d’enfants dont l’âge mental correspond à l’âge chronologique

Dans le second cas, qui est celui de 10 % d’enfants de 6 à 7 ans, voici un enfant de niveau intellectuel normal, c’est-à-dire un enfant dont l’âge mental correspond à l’âge chronologique, dont le langage est normal ou presque et qui a, par ailleurs, l’esprit pratique. Contre toute attente cet enfant de 6 ans échoue en lecture. C’est un dyslexique en puissance.

La dyslexie

La dyslexie

La dyslexie, « la maladie du siècle », comme on l’a nommée, est bien une maladie dont le symptôme est la difficulté d’apprendre à lire ou la difficulté à lire correctement lorsqu’on a réussi à «apprendre» à lire. Ce trouble peut être d’intensité variable et il est le plus souvent associé à la dysgraphie, c’est-à-dire la difficulté à écrire les lettres. Plus tard, la dyslexie et la dysgraphie conjuguées aboutiront à la dysorthographie, c’est-à-dire la difficulté à orthographier, à employer les règles de grammaire. Quelquefois même la dyslexie s’accompagne de dyscalculie, qui est une difficulté dans l’usage des nombres.

Comme on ne peut invoquer un retard intellectuel ni une altération du langage spontané, parents et éducateurs risquent d’accuser l’enfant de paresse ou de mauvaise volonté, de réagir en punissant, en faisant faire des exercices scolaires supplémentaires. Tout cela sans résultat sur la dyslexie mais avec des conséquences sur l’affectivité, car la dyslexie est un trouble qui a deux grandes causes : le défaut de latéralisation et les troubles affectifs de l’enfant.

Le défaut de latéralisation

La latéralisation doit être bien travaillée à 5 ans en maternelle. Lorsque celle-ci n’est pas encore stabilisée à 6 ans, et lorsque la construction de l’espace-temps n’est pas sûre, l’enfant n’arrive pas à repérer la place des lettres, leur orientation; son sens de lecture se brouille, tantôt il va de gauche à droite, tantôt il revient de droite à gauche; il inverse les syllabes, renverse les lettres, perçoit avant la lettre d’après, confond les lettres de graphisme ou de consonnance voisines, découpe mal les mots, écrit en « miroir ».

Aussi, il confond par exemple m et n, b et d, c et g, u et n, d et t; il lit Nole au lieu de Noël, bourette au lieu de brouette, tetipe au lieu de petite, etc. A l’examen psychomoteur, on constate chez de tels enfants soit une absence de latéralisation (l’enfant n’a aucune dominante), soit une latéralisation croisée, soit une gaucherie contrariée avec son lot de troubles du comportement: agitation, opposition, et presque toujours associée la difficulté à reproduire un rythme d’apprentissage.

Les troubles affectifs de l’enfant

Il faut entendre par là la désorientation affective et morale qui peut être due à différentes causes: l’impossibilité de l’enfant à dialoguer avec ses parents, les conflits fraternels, l’instabilité des valeurs familiales, l’impossibilité de trouver sa place dans le milieu, l’angoisse de l’abandon, la disparition d’un être cher qui a bouleversé les repères affectifs, la peur ou le refus de communiquer, et d’une façon plus générale, les blocages dans la relation interpersonnelle.

Lorsqu’une dyslexie est décelée chez l’enfant, il faut la faire rééduquer et, pendant un certain temps, « mettre entre parenthèses » les résultats scolaires. On la traitera à la fois du point de vue psychomoteur, du point de vue purement lexique et du point de vue affectif. A cet âge, on remettra à gauche le gaucher franc qui a été contrarié, on fixera la latéralité de l’incertain suivant le schéma présenté l’année précédente à l’école maternelle, on dirigera l’enfant vers le rééducateur psycho-pédagogique qui appliquera l’une ou l’autre des nombreuses méthodes pour la rééducation des dyslexiques. En cas de problèmes affectifs sérieux, une psychothérapie précoce peut être indiquée. Une collaboration parents-rééducateur est indispensable dans tous les cas ainsi qu’une modification des relations parents-enfant. Il faut aussi renoncer à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul, tant que le niveau suffisant de rééducation ne sera pas atteint, car un apprentissage forcé dans ces conditions ne ferait qu’aggraver le problème scolaire par des troubles du comportement.

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Les accrocs normaux en cours d’apprentissage

N’allez pas toutefois conclure hâtivement que votre enfant de 6 ans est dyslexique, si en cours d’apprentissage, il commet quelques erreurs en substituant un mot à un autre, en confondant quelques lettres ou en inversant un ordre ou un chiffre. Ces accrocs sont normaux au début; il suffit que l’enfant soit un peu fatigué, distrait, ou un peu ému pour qu’il fasse de telles fautes. Nous-mêmes, lorsque nous sommes las ou troublés, en faisons de semblables. Contentez-vous de les lui faire rectifier afin qu’il ne prenne pas l’habitude de lire de « l’à peu près » pour aller plus vite ou pour se donner l’illusion qu’il lit déjà couramment, alors qu’il sait par cœur la phrase et que sa mémoire lui joue un vilain tour au moment de la répétition.

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