Les causes familiales menant à un échec scolaire

L’éducation se présente comme un ensemble organisé où l’on peut, certes, définir des relations entre les éléments, mais des relations complexes, chacun agissant sur les autres et subissant, en retour, l’action de tous ces autres. Autrement dit, tout ce qui aboutit à isoler une «cause» pour la rendre pleinement responsable d’un «effet» est un risque certain d’erreur grave. Il est impossible de fonder une action éducative sur l’application d’une causalité linéaire et simpliste. C’est par tout un faisceau de causes diverses qu’on essaie d’expliquer l’échec scolaire. Ces causes peuvent être d’ordre familial ou d’ordre scolaire. Cet article discutera des causes familiales de l’échec à l’école.

un échec scolaire

Le faible apport culturel de l’environnement familial

La culture étant considérée comme un apport de la famille et de l’école. Il est évident que les défaillances de la famille, ses aspirations excessives ou, au contraire, trop modestes, peuvent créer une source de difficultés importantes pour l’avenir de l’élève. Les élèves jouissent dans leur environnement familial de conditions de vie et d’une ambiance culturelle très différente. Tout favorise les élèves des milieux élevés dans la hiérarchie sociale. Confort du logement, possibilité de s’isoler et de travailler dans de bonnes conditions, aide dans le travail scolaire, conversations familiales en particulier. Là où la famille aide efficacement, il y a peu d’échec.

Inversement, lorsque les familles n’ont pas la possibilité de contribuer à l’éducation de leurs enfants dans le sens des travaux scolaires, le taux d’échec est plus fort. Plusieurs élèves ne comptent que sur l’école, du fait qu’ils ne disposent pas du relais familial de la culture. Ils doivent tout trouver à l’école ou au lycée. Pour ceux-là le problème n’est pas le même que pour les enfants des milieux pourvus d’un degré culturel qui leur facilite considérablement les choses. Là où le niveau d’aspiration des parents et leur appétence pour les études sont absents, l’environnement familial peut causer l’échec.

La rupture dans la relation parent-enfant

Par ailleurs, la relation parent-enfant arrive parfois à une véritable rupture. Celle-ci se répercute sur l’école à des stades divers de gravité. Les conditions de vie présentes sont à l’origine de nombreuses familles déséquilibrées ou mal équilibrées. Ici, le père et la mère travaillent à des heures différentes. Les enfants n’ont pas de vie familiale possible. Là, le père est faible, sans autorité, peut être absent totalement, et la mère est plus autoritaire que maternelle. Ailleurs, après un divorce, les parents ont réorganisé leurs familles entre lesquelles errent les enfants.

Ici, c’est la maladie ou le travail, là l’égoïsme… De toute manière, il n’est pas question de nier, d’une part la place tenue par certaines prédispositions intellectuelles et caractérielles (dès le début, l’enfant a eu du mal à suivre la classe, à s’adapter au milieu scolaire) ni, d’autre part, le rôle que peuvent jouer certains conflits de base que l’on a pris l’habitude d’appeler des complexes.

La démission des parents

On remarque souvent une certaine démission des parents qui chargent l’école de les suppléer. Certains parents pensent que les enseignants sont payés pour les remplacer. Instituteurs et professeurs ont l’occasion de connaître ces attitudes de parents désabusés et faibles, qui portent préjudice à leur enfant. Dans une telle atmosphère, l’enfant n’est pas heureux et ne peut être un bon élève. L’enfant veut que ses parents s’occupent de lui. Ce qu’il demande c’est le dialogue avec des parents forts et épanouis dans leur nature. A défaut d’éducateurs vigoureux et capables de dialogue authentique, le jeune cherchera ailleurs des modèles auxquels s’identifier. Ou bien il s’attardera dans l’enfance pour ne pas s’identifier à des adultes insécurisés.

«L’enfant veut qu’on l’élève» dit Alain, c’est dire qu’il faut sans cesse l’aider. C’est en s’attaquant aux difficultés scolaires qu’il rencontre qu’on l’aidera à conquérir l’équilibre de l’ensemble de sa personnalité. Le travail scolaire, dans le cas du «mauvais élève», possède une valeur vraiment psychothérapeutique.

la démission des parents

Le milieu influence le caractère

La connaissance de l’enfant s’est considérablement développée par les apports simultanés de plusieurs sciences : biologie, médecine, psychologie expérimentale, pédagogie nouvelle. Les acquisitions récentes ont modifié les conceptions anciennes relatives à diverses difficultés de l’éducation.

Si le caractère est largement influencé par des tendances héréditaires, il l’est, non moins, par l’atmosphère où vit l’enfant, les incidents qu’il rencontre au cours des premières années de son existence. L’attitude de son milieu à son égard est donc responsable de sa conduite et même de ses capacités futures à l’école. De même, on a reconnu que les difficultés rencontrées au cours de la vie scolaire étaient souvent causées, non pas par un trouble physique ou intellectuel, mais par un conflit de l’enfant avec son milieu, soit à l’école, soit plus fréquemment encore dans la famille. C’est un des besoins de la vie enfantine (affection, justice, liberté…), non satisfait, qui provoque une attitude de révolte, ou au contraire, de découragement.

Les progrès récents des sciences psychologiques et sociales ont permis de déceler l’origine de nombreux troubles de l’enfance. Les spécialistes des centres psychopédagogiques estiment que 90% des enfants qu’on leur demande d’examiner pour leur insuffisance scolaire souffrent, en fait, non d’un défaut d’intelligence, mais de troubles du caractère dus à leur éducation familiale. Les lacunes et les erreurs de celle-ci sont à l’origine de la délinquance juvénile et des difficultés d’adaptation sociale. L’influence des parents, dans la première enfance, peut déterminer toute une existence. Pour la famille, l’enfant est un être déjà formé. On doit seulement lui inculquer, à coups de sanctions, un certain nombre de principes moraux. Or les défauts sont des habitudes que l’enfant envisage en réaction contre son milieu et d’abord son milieu familial.

La communication non établie se traduit par l’échec

L’acte pédagogique ne peut être simplement l’acte d’une incitation intellectuelle à la connaissance. Il est aussi une relation affective forte entre l’enseignant et les enseignés. Une relation affective vécue avec toutes les difficultés qu’elle suppose. Il importe à l’enseignant de savoir que, souvent, ce sont des obstacles affectifs, sociaux, familiaux, qui empêchent ou gênent l’acquisition de la culture et des connaissances. L’enfant vit une anxiété, une angoisse très profonde dans la recherche de son développement, de son épanouissement. Si la classe ne lui apporte pas une sécurisation, un encouragement, une confiance, si elle devient pour lui la projection de difficultés familiales, au lieu d’être le lieu d’élucidation, au moins partielle, ou de compensation, il va de soi que la communication non établie, se traduira par un échec.

L’échec s’installe, il trouve la voie libre devant lui ; le trouble pénètre loin. Enfin la désadaptation s’établit. L’insuccès gonfle le trouble. L’échec nourrit l’échec. Un cercle de désordre et d’impuissance confirme l’élève dans son échec et dans sa désolation. Ainsi, pour la grande masse des «mauvais élèves», certaines difficultés caractérielles, certains aspects d’inadaptation, certains troubles affectifs, représentent le choc en retour, le prolongement de l’échec scolaire. Devant l’insuccès, le sujet se fixe dans une conduite d’échec qui devient, quand elle se systématise, une dominante du caractère.

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