Les cinq principes pédagogiques de base du cognitivisme

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Les méthodes cognitives ne peuvent être efficaces que si les principes pédagogiques de base sur lesquels elles reposent sont respectés. Même s’ils ne sont pas originaux pour l’essentiel, ils sont issus des travaux sur le constructivisme, leur connaissance détaillée est indispensable. Nous allons donc les expliciter dans cet article.

cognitivisme chez l'enfant

Parmi ces principes pédagogiques de base, la centration sur l’apprenant

Dans une remédiation cognitive, l’acteur principal est l’apprenant. Il est l’auteur de son apprentissage. Les exercices proposés sont des occasions de mise en œuvre du processus assimilation-accommodation, mais c’est l’apprenant, et lui seul qui, confronté à des situations diverses, structurera ses mécanismes opératoires.

L’enseignant restera attentif à son rythme d’acquisition, aura un rôle de guidance afin de l’aider à progresser dans ses modes de raisonnement, à surmonter ses difficultés, à comprendre ses erreurs. Il ne sera à aucun moment centré sur un contenu à transmettre. Dans ce type d’apprentissage, le personnage principal est l’élève, l’enseignant et le savoir passent au deuxième plan. La mise en avant de ce principe repose sur la nécessaire connaissance du développement intellectuel de l’enfant.

La participation active de l’apprenant

L’apprenant participe de façon active à la construction de ses structures opératoires par la pratique du processus d’équilibration. L’activité signifie ici la confrontation à des situations dans lesquelles il est partie prenante et qu’il tente de résoudre en dépassant ses possibilités intellectuelles. La réalisation du double processus d’assimilation et d’accommodation lui permettra de progresser et de résoudre des exercices qui, jusqu’à présent, étaient source de grandes difficultés. Il abordera le problème avec les structures dont il dispose, il sera amené à tâtonner, à hésiter, il pourra se tromper. L’essentiel est qu’il surmonte ses difficultés. L’enseignant l’aidera, l’encouragera, le conseillera, mais en sachant que l’apprenant est seul maître de ses apprentissages.

La centration sur le raisonnement est un des principes pédagogiques de base

Si on veut permettre aux élèves d’améliorer leurs modes de raisonnement, l’apprentissage doit être centré sur la manière d’aboutir à la solution et non sur l’obtention de la bonne réponse. L’important est en effet qu’ils prennent conscience de leurs propres mécanismes opératoires afin, si nécessaire, de les modifier.

L’enseignant devra se montrer tolérant vis-à-vis des productions de l’élève, la solution n’étant pas sanctionnée de façon extérieure mais découverte par l’enfant lui-même. La situation pédagogique lui fournira l’occasion de réaliser quel a été son cheminement pour trouver la solution, d’analyser ses erreurs, d’y remédier en se servant d’une compétence cognitive plus élevée.

Ce principe permet de valoriser les raisonnements produits par les élèves. En effet, ceux-ci n’ont pour la plupart que peu confiance dans leur façon de penser, dans leur manière de résoudre un problème. Ils attendent une sanction extérieure, c’est-à-dire que le maître leur dise si leur réponse est juste ou fausse. Or ici, la valeur de la réponse est secondaire, la manière d’y arriver est primordiale. Cette nouvelle centration les incitera à investir dans le raisonnement.

Cette valorisation de leur cheminement intellectuel pourra avoir des retombées sur la confiance qu’ils ont en eux, l’image qu’ils ont de leurs potentialités, et déboucher, à terme, sur une modification de la représentation qu’ils ont de leurs capacités. Les élèves ont souvent tendance à répondre de manière impulsive, à ne pas accorder une place suffisante à la réflexion, guidés qu’ils sont par l’obligation de réponse. La centration sur le raisonnement leur impose un délai, la solution devenant l’aboutissement d’une réflexion et d’une prise de conscience des étapes par lesquelles ils sont passés pour la trouver. Ces méthodes insistent sur la nécessité pour l’apprenant de réfléchir avant de donner sa réponse, moyen essentiel à l’élaboration de structures cognitives.

principes pédagogiques de base

Le statut de l’erreur

L’erreur a dans ce contexte un statut particulier que l’enseignant doit absolument respecter. L’élève en train d’acquérir une nouvelle structure commet nécessairement des erreurs. En effet, rappelons que, confronté à une situation nouvelle, il va d’abord mobiliser les modes de raisonnement qu’il maîtrise parfaitement. Si la situation proposée l’oblige à une accommodation, il risque de se tromper, sauf s’il anticipe la nécessité de modifier son mode de résolution habituel. Son erreur devient pour l’enseignant un indice précieux pour l’aider à mettre en œuvre le processus d’accommodation.

L’erreur ne sera en aucun cas sanctionnée puisqu’elle est un passage obligé pour permettre le développement intellectuel de l’enfant. Si l’élève ne prend pas conscience par lui-même de son erreur, l’enseignant pourra l’aider à se rendre compte que sa réponse n’est pas celle attendue. Il devra l’inciter à investir dans son erreur, à comprendre le lieu et le pourquoi de celle-ci, à retrouver sa source. Il n’est en tout cas pas question de donner la bonne réponse, car l’apprenant risquerait de répondre par modélisation en s’appuyant sur une mémorisation de celle-ci. Dans ce type d’apprentissage, il ne peut être question d’apprendre par cœur tel ou tel type de résolution.

Le rôle de l’enseignant

Dans ces méthodes, le rôle de l’enseignant est fondamental, il est un des facteurs essentiels de leur réussite. Il doit remplir un certain nombre de fonctions, sans lesquelles les objectifs poursuivis ne seront pas atteints. Il sera attentif à la motivation des élèves : travailler leur raisonnement peut leur apparaître comme un détour inutile qui ne fait pas sens pour eux. Il est alors nécessaire de justifier la mise en place d’un atelier consacré au raisonnement, de préciser le plus clairement possible l’objectif poursuivi. Rappelons que l’apprentissage ne peut être efficace que si les apprenants s’y investissent, et qu’ils sont acteurs et auteurs de leur raisonnement.

L’enseignant gérera le contenu de chaque séance, il sera particulièrement attentif au rythme d’apprentissage de chacun, qui peut être assez différent de l’un à l’autre. Il suivra chaque participant, particulièrement dans la phase individuelle de l’atelier. Il doit alors veiller à l’investissement de chacun. A aucun moment l’élève ne doit se décourager et avoir l’impression d’être seul face à la difficulté. En cas de problème, l’enseignant doit essayer de faire prendre conscience à l’élève de son erreur et remonter à son origine, à travers un questionnement prenant sa source dans l’analyse cognitive de la tâche. Il peut ainsi repérer de manière fine l’étape qui entraîne une difficulté et proposer une aide adéquate. Il ne donne en aucun cas la bonne réponse. L’élève doit par lui-même effectuer les accommodations nécessaires.

L’enseignant sera animateur en ce sens qu’il favorisera l’expression de chacun lors de la phase collective du travail. Il est essentiel que chaque élève puisse s’exprimer, confronter ses propres modalités de résolution avec celles des autres, qu’il ose montrer sa pensée privée. Il gérera les conflits sociocognitifs qui peuvent être engendrés à partir des arguments énoncés par chacun.

Pour conclure…

Tout en respectant ces principes pédagogiques de base, un climat de confiance doit être instauré afin que chaque apprenant puisse s’exprimer, tâtonner, faire appel à l’enseignant en cas de difficulté. L’enseignant veillera également, lors de la première phase, à ce que chaque élève repère les données et les questions posées, il aidera à la lecture du problème si nécessaire. Il aura un rôle de médiateur entre l’élève et son environnement, lui permettant de faire des liens entre son apprentissage et les situations de vie scolaire ou même quotidienne afin de favoriser le transfert.

La relation enseignant-apprenant apparaît donc comme fondamentale. L’enseignant doit être à l’écoute de chacun, l’encourager dans sa progression, lui permettre de verbaliser sa démarche. Son animation déterminera la qualité du travail de groupe et des échanges qui s’y produiront. Il sera à la fois exigeant afin que chacun aille au bout de ses possibilités et tolérant sur la production en permettant les tâtonnements et les erreurs.

Ainsi, le rôle d’évaluateur se traduit par la prise de conscience par les élèves du chemin parcouru, de l’écart entre les difficultés rencontrées lors des premiers exercices et les possibilités concrétisées par ceux de fin d’apprentissage car l’évaluation ne peut se traduire par une sanction quelconque, encore moins par une note. Pour ce faire, l’enseignant tiendra un carnet de bord afin de noter les difficultés rencontrées, les procédures suivies mais aussi les progrès réalisés.

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