Enfance

Les formes de bilinguisme et le retard d’acquisition

Un bilingue qui a-appris une langue dans sa petite enfance et une autre comme langue étrangère s’est d’abord construit un système. Par la suite, il se construit un autre système et, quand il change de langue, il n’active pas des modules à l’intérieur d’un système unique, mais passe d’un système à un autre. Si l’une de ces langues est dominante, toute une partie du traitement linguistique s’effectuera toujours dans l’une des langues, et la seconde s’active seulement aux niveaux superficiels de production ou de compréhension. Dans les cas extrêmes, la seconde langue n’intervient que comme insertion de formes phonologiques dans des agencements préalables de sons et de sens. Le premier à avoir tenté de conceptualiser ces différences fut Weinreich. Il distingue trois formes de bilinguisme composé, coordonnée ou subordonnée.

Par la suite, Ervin et Osgood ne distinguent plus qu’entre composé et coordonné. Ils considèrent le troisième type comme un cas mixte. C’est la façon dont les langues s’acquièrent qui se considère comme déterminante. On se trouvera devant un bilinguisme coordonné quand les langues s’acquièrent dans des environnements différents; par exemple chez ses parents puis à l’étranger. Tous les autres cas mènent au bilinguisme composé. De ce point de vue, il est possible que, chez un bilingue, une partie du lexique soit composée et une autre coordonnée. Ces différentes formes d’acquisition mènent à des formes différentes de représentation sémantique. Puis, la distinction entre les deux types de bilinguisme a été réinterprétée à plusieurs reprises. Cette distinction embrasse des éléments très différents.

le bilinguisme

Eléments de distinction des formes de bilinguisme

  • Le mode de constitution. On admet souvent que l’acquisition des deux langues dans le même environnement, comme c’est le cas habituel dans l’acquisition initiale bilingue, mène au bilinguisme composé. Alors que d’autres formes d’acquisition mènent au bilinguisme coordonné.
  • La caractérisation linguistique. Nous avons parlé plus haut d’un système avec des composantes variables opposé à deux systèmes relativement indépendants. Il est difficile de fournir une caractérisation linguistique plus précise, même s’agissant du lexique; sur lequel portent la plupart des recherches. La représentation “un sens-deux représentations phonétiques” est déjà en elle-même très problématique; car le lexique d’une langue doté d’une structure interne ; le sens d’un mot provient de sa relation aux autres mots dans cette langue.
  • La réalisation neurophysiologique. Dans le bilinguisme coordonné, les connaissances des deux langues peut-être stockées autrement que dans le cas du bilinguisme composé. On pourrait par exemple imaginer que la ou les premières langues s’engrangent dans l’hémisphère gauche du cerveau, mais les langues étrangères dans l’hémisphère droit. Des hypothèses de ce genre à nouveau discutées intensivement dans la dernière période.

On ne peut pas exclure que la distinction entre composé et coordonné touche un point important. Mais elle est si imprécise qu’elle a suscité jusqu’ici plus de confusion que de progrès.

Dominance et spécificité des formes de bilinguisme

Dans l’acquisition initiale bilingue, on considère que les deux langues s’acquièrent de façon identique. Mais la symétrie est rarement parfaite. D’ordinaire, chacune des langues est liée de façon préférentielle à des personnes ou des activités données. Au cours du développement de l’enfant, cela aboutit en général à ce qu’une des deux langues exerce une sorte de dominance sur l’autre. Ce déséquilibre peut s’étendre à tous les domaines de la communication; amenant la langue moins privilégiée à s’effacer, ou la cantonnant à des fonctions restreintes.

Dans l’acquisition d’une langue étrangère, la dominance et la spécificité généralement encore plus marquées. L’anglais était parlé par plus de locuteurs comme langue étrangère que comme langue maternelle. Il n’assume alors que certaines fonctions spécifiques, et c’est la langue maternelle de chaque apprenant qui domine. Cependant, si éclairants et importants que ces concepts puissent être, il reste difficile de préciser quel rôle la dominance ou la spécificité d’une langue jouent dans l’acquisition elle-même, particulièrement en ce qui concerne le traitement neurophysiologique.

Peut-on dire que chaque phrase est d’abord construite partiellement dans la langue dominante, puis traduite et articulée dans l’autre langue ? Le fait que l’on remarque souvent des influences de la langue dominante dans la production semble aller dans ce sens. En effet, des locuteurs qui parlent une langue étrangère très souvent, ou même majoritairement, depuis longtemps utilisent souvent inconsciemment des stratégies de compréhension fondées sur leur langue maternelle et non sur la langue étrangère. D’un autre côté, les interférences devraient être d’autant plus rares que les deux langues se répartissent entre des situations de communication plus spécifiques.

Le retard d’acquisition chez les bilingues

formes de bilinguisme
formes de bilinguisme

Un enfant qui apprend simultanément deux langues fait face en quelque sorte à un double travail. Même s’il n’y avait pas construction de deux systèmes complets; il lui faudrait au moins apprendre en double toutes les panics de la langue qui sont différentes. Par ailleurs, l’enfant se trouve face à la tâche de distinguer les deux sortes de données auxquelles il s’expose selon les formes de bilinguisme. On pourrait en inférer que cette situation conduira à de nombreux mélanges. Et d’autre part que l’acquisition initiale durera nettement plus longtemps en situation bilingue. Mais ces deux conclusions se contredisent par les faits. On observe bien des mélanges, surtout dans la phase initiale. Mais dans une proportion très restreinte. Et il n’y a aucun argument contre le fait que ces deux systèmes puissent en principe rester séparés.

En fait, ces contaminations donnent plutôt l’impression que le locuteur peut s’appuyer sur deux répertoires en cas de besoin. Il est difficile de dire si l’acquisition chez un enfant bilingue dure plus longtemps. Et ceci pour deux raisons : d’abord parce que l’on trouve des différences individuelles importantes de durée d’acquisition. Ensuite parce que, d’une façon générale, il est difficile de dire quand l’acquisition initiale de la langue est achevée. S’il faut trancher, on peut quand même affirmer que l’acquisition initiale bilingue ne prend pas significativement plus de temps que l’acquisition initiale d’une seule langue. Et que cette double acquisition ne semble pas créer de difficultés particulières à l’enfant de façon visible. La question des éventuels effets négatifs des formes de bilinguisme sur le développement cognitif ou social de l’enfant non étudiée de façon approfondie. Pour le moment, il n’y a pas de résultats de recherche convaincants.

En résumé…

Pratiquement, aucune affirmation générale sur les effets du bilinguisme n’est confortée par des recherches effectives. A démontrer que le bilinguisme ait des conséquences positives ou négatives pour l’intelligence; les capacités linguistiques, la réussite scolaire, l’adaptation émotive ou le fonctionnement cognitif. Dans presque tous les cas, les résultats obtenus se contredisent par d’autres recherches. Ou peuvent être mis en doute pour des raisons de méthode. La seule affirmation confirmée par des résultats de recherche : la maîtrise d’une seconde langue produit des différences si on teste l’enfant dans cette langue ce qui n’est pas un résultat très surprenant. En d’autres termes, rien ne prouve que les enfants bilingues diffèrent des enfants monolingues dans leur développement; mis à part le fait qu’ils connaissent deux langues.

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