Les moments de plaisir partagé

Le caractère positif de la relation affective qui unit les parents et l’écrit est un élément important pour un apprentissage désiré par l’enfant. Mais ce n’est sans doute pas suffisant. Il est essentiel que l’écrit soit aussi objet et lieu de plaisir. Ce plaisir aura plus de chances d’apparaître s’il est d’abord partagé. Les moments de plaisir partagé sont très bénéfiques pour s’équilibrer affectivement et pour entamer un apprentissage de la lecture avec son enfant.

les moments de lecture

Déclencher le vouloir apprendre à lire

Depuis longtemps, les spécialistes insistent sur la nécessité de lire très tôt des livres aux enfants. Ces lectures appartiennent à ces moments de relation privilégiée dont l’enfant a besoin pour se rassurer et s’équilibrer affectivement. Ce sont les moments de conversation à deux, d’échanges de confidences, de récits de contes ou d’histoires improvisées. Tous ces moments sont nécessaires, mais avec des objectifs différents, où la lecture occupe une place particulière. Outre la relation privilégiée qu’elle instaure, elle est l’occasion d’entendre, et de s’approprier par l’écoute, une langue différente de celle qui apparaît dans la vie quotidienne, des types de discours, des faits de syntaxe et des mots de vocabulaire jamais entendus ailleurs. En ce sens, elle est la source numéro un d’enrichissement langagier, à condition que les formulations écrites ou littéraires respectées, expliquées au besoin. Mais non camouflées sous des traductions plus ou moins heureuses en langue parlée.

L’autre intérêt de ces moments de lecture à haute voix par l’adulte, c’est que l’enfant va pouvoir construire, à travers le plaisir que lui procurent les histoires entendues, le désir de devenir capable de se donner soi-même ce plaisir en apprenant à lire. Mais il faut prendre garde au fait que ce raisonnement ne va pas de soi. Pour beaucoup de petits enfants, l’histoire se trouve dans les images et non dans ces petits signes noirs qui ne disent rien en apparence. Si l’on se contente de commenter les images de l’histoire, on a manqué le but en question. Voilà pourquoi il est souhaitable de dissocier ces deux types de plaisir du livre. Regarder ensemble les images, formuler des hypothèses sur l’histoire, découvrir qu’elles peuvent raconter plusieurs histoires différentes et en conclure qu’il faut le texte pour connaître cette histoire.

Les vrais moments de plaisir

Ces moments de lecture à haute voix sont naturellement les moments de plaisir partagé, relatifs à la lecture, les plus importants. Mais ce ne sont pas les seuls. Le plaisir de la lecture se rattache à toutes sortes d’autres moments, par exemple, au plaisir de regarder la télé… Chaque fois que cela est possible, il est souhaitable d’enrichir le plaisir suscité par un film. De la confrontation avec le livre à l’origine de cette œuvre de télévision.

les moments de plaisir

Il est très important que l’enfant découvre très tôt le phénomène de réécriture qui nourrit tout notre patrimoine culturel. Une œuvre nouvelle est toujours, peu ou prou, récriture d’une autre ou d’une multitude d’autres. Etre cultivé, c’est le savoir et, en plus, s’en réjouir ! Et plus qu’une occasion de jugements de valeur, plus ou moins négatifs en général. L’esprit critique se traduit par un comportement d’analyse des différences. Et donc des projets de l’adaptateur, l’expression des goûts personnels pouvant s’ajouter à cette analyse, non s’y substituer.

Les vrais moments de plaisir éprouvé se situe dans l’analyse comparée des deux écritures. Permettre à l’enfant d’éprouver très tôt ce plaisir-là est un enrichissement culturel incomparable. Avoir des souvenirs qui associent plaisir et culture, dans son plus jeune âge, est un puissant atout de réussite scolaire. Surtout lorsqu’il s’agit d’associer et non d’opposer, de façon simpliste, la distraction populaire, la télévision et la distraction noble, la lecture. En fait, la valeur n’est pas dans l’objet considéré. Mais dans l’usage qu’on en fait. Ce qui doit être « bon », ce n’est pas l’œuvre, c’est la lecture qu’elle a permise, et les rapprochements qu’elle provoque. C’est l’enrichissement qu’elle apporte à ceux qui ont appris à s’enrichir avec.

Pour conclure

Même si le dessin animé que la télévision propose à l’appétit des enfants vous semble discutable. Il peut constituer une entrée possible et agréable vers la lecture du livre original. Ce dessin animé est, en fait, le reflet d’une certaine représentation de ces spectateurs. On leur propose ce qu’on les croit capables d’apprécier. En prendre conscience, c’est progresser grandement dans la voie de l’esprit critique et de la liberté. Je parle d’une attitude à prendre, d’une habitude à donner aux enfants. Celle d’un autre regard sur le monde qui nous entoure, pour envisager une certaine idée de la lecture. Enfin, Les moments de plaisir partagé autour de la lecture permettent de rencontrer le livre ensemble. Aller à deux ou en famille à la bibliothèque, faire de cette visite un moment qui revient souvent. Explorer ensemble les lieux où l’on vend des livres, librairies, rayons de livres des grands magasins…

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