Les origines des différences scolaires

img

L’analyse des origines des différences scolaires que nous proposons dans cet article permet à ceux qui désirent mettre en place une séquence de pédagogie différenciée; de choisir et surtout de combiner les éléments de façon riche et nuancée. Cette combinaison sera différente, bien sûr, selon les élèves. Et, surtout, plus ou moins complexe et intense selon le profil individuel de chacun.

différences scolaires en école

L’appartenance socio-économique, une des origines des différences scolaires

Rapidement repérées dans une classe, les différences socioprofessionnelles des parents des élèves participent à la genèse de l’inégalité des niveaux scolaires des enfants. Comme le montraient les analyses de Beaudelot-Establet et de B. Charlot. Même si les travaux récents de psychologie sociale et de psychopédagogie nuancent ce constat en notant que cette influence se réduirait dans les petites classes. Et que d’autres paramètres d’ordre psycho-affectif surtout expliqueraient la variété des difficultés éprouvées par les élèves.

Jusqu’en 4e les réussites et les passages de classe des élèves ont tendance à se rapprocher selon les catégories socioprofessionnelles des parents. Mais il subsiste une forme de sélection par le jeu des redoublements. Les redoublements sont plus nombreux chez les enfants d’ouvriers créant une sur-représentation de ceux-ci dans le primaire. Et provoquant souvent un sentiment de dévalorisation et d’échec. Dans le secondaire, les différences s’accentuent. Ce constat de l’hétérogénéité de l’appartenance socioéconomique des élèves s’éclairera par l’analyse ultérieure d’autres éléments. A la fois du cadre de vie comme l’origine socioculturelle et des processus d’apprentissage, comme les stades de développement opératoire et l’âge des élèves.

Les différences socioculturelles

Plus ou moins prononcée selon l’implantation des établissements scolaires; l’hétérogénéité socioculturelle des élèves naît de leur origine et/ou de leur appartenance sociale. Elle conduit à l’hétérogénéité des résultats scolaires par le biais des différences du code culturel des élèves qui se cristallise autour de deux éléments : le langage et les valeurs.

  • La différence entre le langage de l’école et celui de l’élève provoque l’inégalité scolaire. Si la langue que l’élève a parlé ou parle encore couramment chez lui n’est pas le français. Il aura des manques dans les prérequis de base. Ce qui nécessitera des procédures particulières, comme le placement en classe non francophone pour qu’il rattrape son retard. De nombreux élèves, de par leur origine et/ou leur appartenance sociale, utilisent des codes linguistiques. Ces codes se différencient de celui de l’école par deux caractéristiques principales. La première est la pauvreté du vocabulaire. Les élèves emploient un code restreint à une quantité limitée de mots usuels. La deuxième est la signification de ce vocabulaire. Elle est souvent détournée de celle reconnue par l’école et surtout, le plus fréquemment, la dérive de certains mots que les élèves s’approprient autrement. Ainsi un élève, se plaignant d’un camarade, dit : «Madame, il me traite !»
  • Les cultures, différentes selon le pays d’origine ou la classe sociale des élèves, véhiculent des valeurs morales, religieuses, philosophiques qui peuvent s’opposer à celles que l’école transmet par son discours et ses représentations. Il y aura alors chez ces élèves un conflit interne entraînant réticences, fermetures et, donc, difficultés scolaires. En effet, selon la psychologie comportementaliste, pour qu’un apprenant s’investisse dans un apprentissage, il faut un accord intrapsychique entre ses valeurs et ses désirs; lui permettant de dégager de l’énergie pour l’action et la réflexion nécessaires à ce travail.
origines des différences scolaires institutrice

Quelques remèdes possibles

Pour remédier aux inégalités scolaires engendrées ainsi par cette hétérogénéité socioculturelle, la pédagogie différenciée offre quelques réponses.

  • La pratique des pédagogies de projet et de contrat. Celles-ci prennent réellement en compte, lors du déroulement de toutes leurs activités d’apprentissage, un vécu spécifique d’élève, socioculturel ou affectif.
  • L’organisation d’une structure particulière d’aide individualisée tournée vers l’écoute et le conseil auprès de l’élève et de ses parents, elle est fondée sur un diagnostic fin; du type de l’entretien, et sur une bonne connaissance des conditions socioprofessionnelles locales, comme le tutorat par exemple.
  • La mise en place d’une pédagogie interculturelle. Elle se présente sous des formes variées telles que les classes non francophones. Celles-ci posent problème lorsque les structures linguistiques étrangères sont très éloignées de celles du français. Dans les établissements où les élèves asiatiques sont parfois très nombreux, les enseignants doivent suivre une formation particulière. Parallèlement à cette action, il apparaît de plus en plus urgent et efficace de découvrir ensemble ces cultures différentes dans des cadres extra-disciplinaires comme le foyer socio-éducatif; les projets d’action éducative, les activités pluri ou interdisciplinaires, les clubs tels les clubs Unesco. Ils permettent de connaître les richesses de cette hétérogénéité culturelle et; à la fois, de les vivre par les échanges, les dialogues à travers des fêtes, des spectacles (danses, films, théâtre, musique…). Des soirées autour d’un thème proposé par des élèves concernés et animés par eux et des parents. Des voyages, enfin, de plus en plus fréquents dans le primaire, reposent sur la base du principe de l’échange dans les familles. Pour conclure, la pédagogie différenciée permet de s’attaquer aux privilèges culturels.

Cadres psycho-familiaux, origines des différences scolaires

Les cadres psycho-familiaux sont les systèmes d’organisation des familles pour éduquer leurs enfants. Pourquoi tenir ainsi compte des cadres psycho-familiaux dans cet inventaire de la différenciation ?

Le psychologue Jacques Lautrey, a dégagé le lien qu’il voit entre les processus de développement intellectuel des enfants et l’organisation de leur milieu familial. D’après lui, les différences de capacités intellectuelles ont pour origine les inégalités socio-économiques. Et le système éducatif familial serait une variable intermédiaire entre la classe sociale et le développement cognitif de l’enfant. Par des enquêtes auprès des familles, il constate que le cadre souple est le plus favorable au développement cognitif, et le cadre incohérent le pire.

Reprenant la théorie de Piaget sur le conflit cognitif; Lautrey infère qu’un environnement sera d’autant plus favorable au développement cognitif qu’il sera source de déséquilibres susceptibles de donner lieu à des compensations et donc à des constructions et qu’il offrira en même temps les conditions nécessaires aux rééquilibrations. C’est pourquoi le cadre souple devient le meilleur pour le développement opératoire des élèves. Donc de leurs capacités à comprendre, raisonner, apprendre.

La diversité des stratégies familiales origines des différences scolaires

Les élèves sont aussi hétérogènes par les stratégies que leurs familles adoptent, plus ou moins consciemment, pour leur avenir. Pour certains, l’emprise de l’image familiale et des stéréotypes véhiculés par leur milieu est telle qu’elle oriente leurs attitudes à l’égard de l’école et des matières enseignées. Engendrant rejets ou motivations, si bien que réussites et échecs sont aussi liés à la stratégie familiale. Cet élément est donc à cerner lors d’un diagnostic car, selon qu’une famille se préoccupe ou non de l’avenir de l’enfant. Selon qu’elle surestime ou sous-estime ses possibilités, l’élève désirera travailler ou sera découragé.

Il faut noter que la stratégie, démobilisatrice à l’extrême, consistant à dévaloriser l’enfant ou l’école; à évoquer un avenir sombre de chômage, est fréquente chez les parents de milieux défavorisés. Ayant eu, eux-mêmes, jadis, des expériences et des sentiments négatifs à l’école. Provoquant une image de soi infériorisée qu’ils projettent sur leurs enfants. Que de handicaps pour ces élèves!

La différenciation, lorsqu’elle porte sur les processus, permet parfois d’en tenir compte en rendant l’élève acteur de ses apprentissages et plus responsable. Comme dans la démarche d’autoévaluation formative. Il se prouve ainsi qu’il peut réussir et retrouve confiance en ses propres capacités. Mais cela reste une entreprise de longue haleine car les représentations mentales liées à la famille ont une grande puissance sur le psychisme des élèves adolescents.

La diversité des cadres scolaires

Parmi les origines des différences scolaires, la diversité des cadres scolaires, qui produit également des effets à plus ou moins long terme sur les résultats scolaires des élèves; intervient elle aussi; par le biais du croisement et de l’aggravation des aspects négatifs des trois facteurs suivants : l’implantation et les caractéristiques de l’établissement; le cadre de formation utilisé par les enseignants et le comportement des enseignants vis-à-vis des élèves.

  • L’implantation et les caractéristiques de l’établissement. Selon l’implantation de l’établissement (rural, semi-rural, urbain de petite, moyenne ou grande ville, de banlieue résidentielle ou non…); et ses caractéristiques, la différenciation des structures, condition indispensable du changement de pédagogie pour lutter contre l’échec scolaire; sera donc plus ou moins réalisable. Les chances de réussite ne seront donc pas les mêmes pour tous.
  • Le cadre de formation utilisé par les enseignants. Transférant ici le concept de cadre psycho-familial, qui décrit le système de formation des familles, au système de formation à l’école, en termes de cadre de formation. On constate qu’un enseignant qui utilisera le cadre souple favorisera le développement cognitif de ses élèves. Il leur permet, en effet, d’exercer davantage leur curiosité et leur désir d’action par l’exploration d’une plus grande variété d’itinéraires d’apprentissage, que dans le cadre rigide ou incohérent. Or, la pédagogie différenciée représente une pratique globale de cadre souple à des degrés variables. Selon l’outil choisi, le cadre ou la souplesse des stratégies possibles sera le facteur prédominant.
  • Le comportement des enseignants vis-à-vis des élèves. L’influence du comportement des enseignants sur les résultats de leurs élèves est importante. Elle a été notamment mise en lumière par L. Jacobson et R. Rosenthal qui ont étayé la théorie de la prédiction selon laquelle les résultats des élèves sont conformes dans la majorité des cas à l’attente et aux prédictions de leurs maîtres; Ceci représente l’une des importantes origines des différences scolaires.

L’influence de la prédiction

Des travaux canadiens, s’interrogeant sur cette influence de la prédiction, ont montré que lorsqu’un enseignant a un préjugé favorable sur un élève, il s’intéresse davantage à lui; s’en occupe plus. Et surtout le sollicite plus souvent de manière facilitatrice en posant des questions élucidantes et excusant même ses erreurs. Enfin, en ayant des comportements verbaux ou non verbaux (plaisanteries, sourires, clins d’œil, etc.) plus chaleureux qu’envers les autres élèves. Alors, par une interaction continue, l’élève éprouve le désir, d’une part, de se conformer à l’attente de cet enseignant. Et, d’autre part, d’explorer avec plaisir et d’agir avec énergie, se sentant encouragé à le faire car accepté même s’il se trompe.

A contrario, l’enseignant qui étiquette un élève comme mauvais, sera peu enclin à lui donner des signes de reconnaissance positifs. Il prédit qu’en retour de son enseignement, il recevra une image pas ou peu gratifiante. Cet élève, alors, sera conforté dans sa croyance d’être mauvais, plus ou moins intensément selon son passé scolaire et/ou familial. Si bien qu’elle inhibera ses désirs et la joie de la découverte en favorisant, au niveau psychologique, la passivité.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *