Les techniques de questionnement lors d’un entretien pédagogique

Certainement, l’aide individuelle n’est possible qu’après une phase d’évaluation diagnostique. Si on veut aider un élève, il faut d’abord comprendre la logique interne de son fonctionnement d’apprentissage. Le simple fait de lui demander « comment tu en arrives là ? » le met en position de sujet, qui s’aperçoit que son interlocuteur s’intéresse à lui. La plus grande difficulté, lorsque l’enseignant veut apporter une aide individuelle à l’enfant en difficulté, consiste en effet à partir réellement de ce que celui-ci a compris. Très souvent, l’enseignant interprète trop rapidement la réponse de l’enfant et lui impose une explication qui ne correspond pas du tout à ses conceptions. Les techniques de questionnement aident justement l’enseignant à mieux comprendre comment réfléchit l’enfant et quelles stratégies il met en place face à une tâche.

Les informations reçues permettront ensuite à l’enseignant d’ajuster son aide aux difficultés de l’enfant et à ce dernier de comprendre pourquoi sa démarche est incorrecte. « C’est qu’il est primordial de savoir ce que l’élève a entendu, même et surtout si son interprétation est erronée, afin de l’inviter à découvrir et formuler la stratégie qu’il a essayé de mettre en place, bien que celle-ci ne se soit pas révélée opérante pour parvenir au but escompté. Ce dialogue devrait aider à l’élucidation de nombreux contresens responsables d’incompréhension ou d’échec. Il devrait notamment faire apparaître le moment du dérapage d’un raisonnement ou d’une technique. Mais surtout il devrait révéler à l’élève la façon dont il aborde une difficulté, quelle sorte de raisonnement il utilise préférentiellement, quels schèmes il met en place et quels barrages il érige pour se défendre quand un nouvel apprentissage lui paraît dangereux. »

Les moyens d’analyse du fonctionnement mental de l’enfant

La technique qui sera présentée dans cet article permet justement d’aller chercher l’élève là où il est. Et de comprendre ce qui l’a amené à produire telle solution à tel problème. Elle permet de mettre en évidence les conceptions de l’enfant, sa démarche mentale et les procédures qu’il utilise. Il s’agit de l’entretien d’explicitation. Parmi toutes les techniques de questionnement, on peut penser par exemple au dialogue pédagogique. En fait, dans notre travail d’enseignant, la compréhension et l’analyse du fonctionnement mental de l’enfant et des processus utilisés pour réaliser une tâche peuvent s’effectuer par trois moyens :

  • Les observables, qui correspondent aux comportements des élèves. Notons ici une règle importante de l’observation. Nous ne percevons que ce qui fait sens pour nous et nous ne voyons que ce que nous connaissons déjà. Un enseignant expérimenté qui écoute un enfant lire pourra évaluer les difficultés de l’enfant, alors qu’un parent moins informé entendra seulement un enfant qui lit.
  • Les traces ou produits, qui sont des indices matériels (les brouillons, les réponses, etc.) ; ils supposent nécessairement une interprétation pour faire signe. L’enseignant qui corrige une dictée peut compter le nombre d’erreurs et interpréter certaines d’entre elles. L’élève qui a oublié « -ent » à la fin du verbe a probablement négligé de vérifier si le sujet était au pluriel.
  • Les verbalisations, qui sont parfois la seule source d’informations disponible. C’est à ce niveau que se joue l’entretien d’explicitation. Les verbalisations permettent de faire apparaître les processus mis en jeu par l’enfant dans la réalisation de la tâche. Le même enseignant qui demandera à l’enfant comment il a fait pour orthographier le verbe sera peut-être surpris de voir que l’enfant ne sait ni reconnaître un verbe, ni un sujet dans la phrase.

Les principes du questionnement descriptif

Par rapport à d’autres techniques de questionnement, la spécificité de l’entretien d’explicitation est de viser la verbalisation de l’action. A partir des informations sur le déroulement de l’action. Il est possible de faire des inférences très sûres sur les buts effectifs poursuivis par l’enfant. Il s’agit donc de savoir canaliser le sujet vers la description de la procédure qu’il a utilisée.

Une des conditions essentielles du questionnement d’explicitation est qu’il porte bien sur une tâche réelle et spécifiée. Lorsque la parole n’est pas reliée à la situation de référence, elle n’apporte la plupart du temps que des informations imprécises, générales, souvent très pauvres. Le fait que l’interviewé soit dans cette position de parole incarnée est une des conditions fondamentales de l’accès aux informations relatives au vécu de l’action.

Il s’agit donc de mettre en évidence le déroulement de l’action. Les principes du questionnement descriptif sont les suivants :

  • Encourager la description et éviter les « pourquoi ». Ne pas poser des questions qui induisent des réponses de l’ordre du déjà conceptualisé. Si l’enseignant ne renonce pas aux « pourquoi », l’élève va essayer de donner une explication de l’ordre des justifications, des excuses, des rationalisations, des jugements.
  • Privilégier l’expression des « quoi », « qu’est-ce que », « où », « quand », « comment ». Il s’agit donc de formuler des questions qui induiront une réponse ponctuelle et descriptive. Je vais demander à l’élève de décrire ce qu’il fait. Que fait-il quand il fait cette chose ? Comment le fait-il ? Le questionnement descriptif est là pour documenter le détail de l’action effectuée, jusqu’à être suffisamment bien informé pour comprendre la logique de l’élève dans la production de la réponse.
techniques de questionnement

Les buts visés par ces techniques de questionnement

Aucun observateur ne peut observer les processus cognitifs. Ce qu’il observera, ce sont des actions, des traces, des verbalisations à partir desquelles il peut formuler des inférences sur les processus. Par conséquent, le questionnement porte bien sur les actions du sujet et non pas sur les processus. Une solution efficace est de procéder à un diagnostic qui commence toujours par le début de l’action. Qu’as-tu fait en premier ?. Puis d’aider l’enfant à « dérouler » le film des actions qu’il a effectuées: « qu’as-tu fait ensuite ? Comment savais-tu que c’était terminé ? ».

En fait, l’entretien d’explicitation poursuit trois buts principaux ;

  • Aider l’enseignant à s’informer. L’obtention d’informations permet à l’enseignant de développer une action pédagogique mieux adaptée.
  • Aider l’élève à s’auto-informer (retour réflexif). Prise de conscience du fait qu’il y a une démarche, qu’il est possible de la connaître. Qu’elle peut être partagée par la parole, qu’elle n’est pas la même chez chacun. Qu’elle est source d’erreurs et qu’elle peut se perfectionner. Il s’agit d’une médiation pour aider l’élève à faire l’expérience du fonctionnement de sa propre pensée.
  • Apprendre à l’élève à s’auto-informer. Ce but touche au fonctionnement métacognitif et au concept d’apprendre à apprendre.

En résumé, l’objectif des techniques de questionnement lors de l’entretien pédagogique est d’aider l’élève à formuler dans son propre langage le contenu, la structure de ses actions et sa pensée privée. Le questionnement d’explicitation prend donc son sens dans une pédagogie qui fait une place importante à la prise en compte de la démarche propre de l’élève. Il permet de comprendre comment l’élève a travaillé. Quelles difficultés il a rencontrées dans sa tâche. Quelles ressources il a pu exploiter. Il permet par conséquent d’envisager l’aide dont l’élève a besoin et les objectifs à poursuivre avec lui.

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