Les trois éléments fondamentaux pour l’acquisition du langage

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Pour un petit enfant, la motivation pour l’acquisition du langage, paraît bien se trouver dans le plaisir à émettre des mots dont l’effet peut paraître amusant aux oreilles adultes, papa, maman, etc… Mais, en même temps, ce langage contribue à l’objectivation de son univers, qu’il détache graduellement de l’action et de la perception directe. Permettant la reconstitution du passé et l’anticipation du futur, il introduit ces dimensions dans le psychisme enfantin qu’il libère ainsi de la tutelle du seul présent et de l’action.

En s’intériorisant peu à peu il contribue à structurer la pensée. A la structurer selon les lignes proposées par la collectivité dont il émane. Il apparaît comme un élément essentiel de socialisation, non seulement par les échanges qu’il autorise, mais encore par les notions mêmes qu’il exprime et qu’il véhicule, dont l’essence est foncièrement culturelle. Le langage est ainsi comme la zone par excellence où viennent converger et se combiner les apports de l’expérience individuelle et ceux de la collectivité dont l’enfant fait partie. Cet article s’intéressera aux trois éléments fondamentaux pour l’acquisition du langage chez l’enfant.

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D’abord, l’élément sensori-moteur, la base des premiers sons émis en jouant avec la voix

Une première base en est constituée par un véritable jeu sensori-moteur, en tout point analogue à celui qui précède et accompagne les débuts de la manipulation. Dès la fin du second mois, en effet, l’enfant émet des sons, surtout gutturaux d’abord, qui se distinguent nettement du cri, dont ils n’ont pas le caractère impulsif. À partir de trois mois, l’enfant est très attentif à ces sons. Il les répète. Il va bientôt les modifier, les moduler. On peut dire que dès lors il joue avec sa voix tout comme il joue avec ses mains. Il reproduit des effets fortuits. Puis, il recherche des variations. Le contrôle visuel ou tactile étant ici remplacé par le contrôle auditif et kinesthésique. L’enfant produit une gamme de sons divers, sans aucun rapport d’ailleurs avec la langue parlée par son entourage.

Ce faisant s’établit la graduelle maîtrise du très complexe appareil phonatoire. C’est une condition nécessaire mais non suffisante de la constitution du langage. À partir de huit mois environ l’enfant réalise d’importants progrès en devenant capable d’imiter des modèles sonores nouveaux. Il devient capable de dépasser ainsi son répertoire propre par l’acquisition de phonèmes d’origine extérieure. Certaines onomatopées font alors leur apparition. De même que sont sélectionnés et fixés certains sons émis et répétés par l’entourage. Notamment des mots simples comme « papa » ou « maman ». On a d’ailleurs noté que l’enfant imitait plutôt la mélodie globale de la phrase adulte que des mots bien différenciés.

Ensuite, les sons représentant des situations usuelles éveillent l’élément intellectuel

C’est à ce moment d’imitation des modèles sonores nouveaux, qu’à côté de l’élément sensori-moteur intervient un élément de nature intellectuelle. Les sons, émis par l’adulte « parlant à l’enfant » dans toutes les situations usuelles de la routine journalière. L’enfant les retrouve régulièrement quand ces situations se reproduisent. Ces sons acquièrent ainsi pour lui une valeur représentative. Comme tant de gestes courants et tant d’objets, ils deviennent pour l’enfant les représentants des situations dont ils font ordinairement partie. Ils deviennent, à partir d’un certain moment, susceptibles d’évoquer ces situations.

Les sons « habituels » tendent donc vers la fin de la première année à devenir représentatifs tout comme les gestes. Et au fond, ce sont des « gestes » d’une nature spéciale. Mais il faudra beaucoup de temps à l’enfant, et bien des tâtonnements, pour arriver à faire coïncider, de manière efficace et rentable, la série de ses symboles sonores personnels avec la série correspondante des mots que ces mêmes sons constituent pour son entourage.

Toute la seconde année et la troisième y suffiront à peine pour ce qui est du langage usuel. L’usage que l’enfant va faire des mots montre bien précisément tout ce que ceux-ci gardent encore longtemps de globalement symbolique et de peu différencié. L’observation révèle que l’enfant est sensible à la valeur représentative du langage avant d’être à même d’utiliser lui-même la parole. Une phase de compréhension globale et approximative précède, entre huit et treize mois environ, le moment où l’enfant se met à parler. Simultanément avec ces deux éléments, l’enfant a besoin d’un autre élément qui ne manque d’importance pour se mettre à parler.

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Le troisième élément fondamental de l’acquisition du langage, l’élément affectif

Il convient de souligner à ce propos un troisième élément fondamental de l’acquisition du langage, l’élément affectif. Sans doute le cri du petit bébé a-t-il déjà une tonalité émotionnelle très primitive. Et prend-il bientôt pour l’entourage une valeur expressive bien marquée d’angoisse ou de joie.

Mais à côté de la signification que l’adulte croit pouvoir leur donner, ces cris ont des effets pour l’enfant. Et notamment celui de faire apparaître la maman, et avec elle l’apaisement et le bien-être. Très vite, sans être encore un langage, ils sont un moyen d’action sur autrui, une source de gratifications. Le langage gardera ce caractère de commandement ou de supplication. Dans les jeux vocaux, l’élément affectif n’est pas absent. Que l’on songe à ces petites séances où le bébé et la maman s’amusent à s’imiter l’un l’autre. Au point qu’on ne sait plus très bien lequel des deux mène le jeu. Tant ils se confondent dans la même activité joyeuse.

Quant à la compréhension, lorsqu’elle s’installe graduellement, il est clair qu’elle se fonde sur la fusion affective de tous les moments et sur les innombrables stimulations fournies par les jeux égayant la routine journalière. C’est en s’occupant de lui, en jouant avec lui, en lui parlant que la mère enseigne à l’enfant sa langue maternelle. Cette acquisition est puissamment étayée par les sentiments de l’enfant pour la mère. Aussi bien, au début, ne parlera-t-il pas pour n’importe qui. C’est la carence de ce facteur affectif qui serait responsable du retard de l’apparition du langage et de sa pauvreté chez les enfants d’institutions. Ainsi que de la régression verbale que l’on constate chez les enfants placés dans leur jeune âge dans un milieu trop inaffectif. Le langage, moyen de contact et d’expression, implique évidemment le contact et l’échange affectif.

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