Méthodes de lecture et difficultés spécifiques à la langue française

Généralement, on distingue trois grandes catégories de méthodes de lecture: la méthode synthétique, la méthode semi-globale ou mixte, et enfin la méthode globale élargie à la notion de méthode idéo-visuelle.
En classe, la plus utilisée est la méthode mixte. C’est la moins intéressante au plan théorique car elle n’apporte rien de fondamental à la conception de la lecture puisqu’elle emprunte aux deux autres catégories.

En utilisant l’une ou l’autre de ces méthodes, on remarque que l’écolier apprenti lecteur se confronte aux difficultés contenues dans la langue française et qui concernent les relations objet-oral, objet-écrit, objet-sens, oral-écrit, oral-sens et écrit-sens. Chacune de ces relations correspond à une conception de la langue maîtrisée par l’enfant.

  • La relation objet-oral permet à l’enfant de représenter l’objet oralement.
  • La relation objet-écrit donne l’écrit comme représentation de l’objet.
  • Celle objet-sens est une opération mentale signifiante sans nécessité d’un support écrit ou d’un support oral.
  • La relation oral-écrit est constituée par la correspondance phonèmes/graphèmes. C’est la difficulté principale que rencontre l’élève.
  • La relation oral-sens. C’est la maîtrise de la langue orale. La capacité de l’enfant à attribuer un sens à un message oral.
  • Enfin, La relation écrit-sens. L’écrit est porteur de sens. Dès la maternelle, l’écolier en prend conscience sans pour autant maîtriser les règles du code écrit. Chacun a observé un jeune enfant « écrire » en remplissant une page blanche de gribouillis linéaires.
la lecture

Les méthodes synthétiques

La lecture est considérée comme le résultat de la somme de capacités instrumentales acquises par l’enfant. Elles impliquent donc que soient travaillés des prérequis à la lecture.

Les prérequis nécessaires à ces méthodes de lecture sont constitués de l’ensemble des conditions bio-physio-psychologiques qui doivent être réalisées pour que soit tenté avec succès l’apprentissage de la lecture. Les prérequis portent sur le développement du langage, l’organisation psychomotrice (organisation spatio-temporelle, latéralisation, schéma corporel), la perception (discrimination auditive et visuelle).

L’idée maîtresse de la méthode exige que l’on parte de la plus petite unité pour aller vers la plus grande. Cette unité est la syllabe ou le phonème. On recherche dans la lecture une forme sonore porteuse de sens qui permettra d’accéder au sens du mot, de la phrase et enfin du texte. Cette conception suppose donc la médiation d’une activité d’oralisation. L’exemple en est donné par la méthode syllabique qui n’a comme instrument de travail que le manuel. Elle répartit l’apprentissage de la lecture en quatre niveaux : la lettre, la syllabe, le mot, la phrase. Ses principes de fonctionnement sont les suivants :

  • dès que tous leurs éléments constituants sont appris, former le plus rapidement possible des mots et des phrases.
  • récapituler fréquemment les acquisitions pour faciliter la mémorisation ;
  • prévoir des exercices d’assouplissement en combinant de diverses façons le son nouveau ou la lettre nouvelle à ceux déjà connus, quitte à créer des ensembles arbitraires ;
  • consacrer une leçon à une seule unité phonétique ou graphique.

Les méthodes de lecture semi-globales

Elles se veulent pragmatiques, favorisant alternativement la synthèse et l’analyse. Les prérequis sont identiques à ceux de la méthode synthétique.
Ses référents théoriques sont empruntés à la méthode synthétique et à la méthode idéo-visuelle. À la méthode synthétique elle emprunte l’approche phonographique de la langue écrite, à la méthode idéo-visuelle l’approche idéographique.

Elle intègre alors pleinement à sa conception la notion de syncrétisme perceptif (perception du tout et perception des détails). Le développement de l’enfant et ses rythmes d’acquisition n’étant pas uniformes, le compromis entre synthèse et analyse doit permettre de satisfaire tous les élèves. L’étude de quelques manuels permet de dégager des constantes dans le déroulement de la méthode semi-globale :

  • Une courte histoire comportant quelques personnages à proposer aux élèves. A partir de cette histoire, sont isolés un ou plusieurs mots qui seront retenus globalement.
  • Ces mots acquis permettent d’isoler un ou deux phonèmes ou une syllabe communs à ces mots.

La méthode idéo-visuelle

Pour les partisans de la méthode idéo-visuelle, la lecture est un symbolisme direct des signes écrits aux mots ou plus exactement aux concepts, aux idées. Ainsi, lire, c’est comprendre avec les yeux. Plus qu’une méthode proprement dite, ce sont des principes qui régissent cette approche de l’apprentissage :

  • L’enfant doit, dès l’école maternelle, rencontrer la langue écrite à travers des écrits sociaux.
  • Lire est une activité de projet. L’enfant mis en position de questionneur par rapport au texte.
  • Pratiquement, cette quête d’informations ne peut se faire par la maîtrise de la combinatoire graphèmes-phonèmes car l’enfant apprend à lire comme il a appris à parler, par l’acquisition continue de mots dont le stock ira croissant et par la reconnaissance spontanée des mots uniquement d’après leur schéma graphique.
  • II y a séparation entre langage oral et lecture. L’écrit n’est pas le substitut de l’oral, il correspond à une autre situation de communication, il met en œuvre d’autres moyens d’expression.
  • L’activité d’inférence est essentielle dans les méthodes de lecture et partuculièrement la méthode idéo-visuelle. Le contexte, la nature des derniers mots, la quête proprement dite du lecteur conduit à anticiper le mot écrit où le groupe de mots qui vont suivre.

En fait, des auteurs comme Laurence Latin, que l’on peut classer dans l’approche idéo-visuelle, évoquent explicitement la référence au code oral. Il constate une similitude de démarche entre langage oral et langage écrit. Toutes deux sont des situations de communication. A ce titre, elles présentent une démarche similaire: anticipation, vérification d’hypothèses. La correspondance des registres de langue (compétence sémantique, syntaxique, raisonnement) de l’émetteur-scripteur et du récepteur-lecteur conditionne la compréhension du message.

La méthode naturelle de Célestin Freinet

Tout d’abord, méthode « naturelle » parce qu’elle se réclame de la production des enfants. Généralement, on l’appelle également globale bien que dans la pratique elle utilise partiellement la combinatoire et surtout l’écriture par l’imprimerie. Freinet observe trois phases dans l’apprentissage de la lecture :

  • Une première phase qu’il qualifie de « globale ». L’enfant part de sa propre production et à l’aide de la lecture globale, essaie de retrouver les mots qu’il a utilisés. Par cette activité, l’enfant se familiarise avec la valeur, le sens, la figure des mots.
  • Une deuxième phase que Freinet appelle « reconstitution active ». L’enfant écrit les mots qu’il connaît soit par copie immédiate d’un modèle. Soit par une construction phonétique. Cette phase privilégiera la combinatoire par analogie.
  • Une troisième phase pendant laquelle l’enfant parvient à l’identification globale. Il ne cherche plus à déchiffrer le mot mais recourt à une lecture idéo-visuelle opérée par identification immédiate des mots du texte. Dans cette phase, l’élève utilise, dans un premier temps, ses propres textes, puis les textes de ses camarades (qui emploient des éléments sensiblement identiques) et enfin, la reconnaissance de ces mots dans un texte inconnu.

Toutefois, parmi les méthodes de lecture, qualifier la méthode naturelle de méthode idéo-visuelle nous semble abusif car par la phase de reconstitution active et le recours à la lecture oralisée, Freinet admet l’importance de l’articulation synthétique des formes sonores et écrites pour accéder au sens. En outre, il propose rapidement aux enfants d’imprimer leurs textes. Activité qui exige l’analyse fine du code écrit. Il faut que l’élève ait dépassé la complexité de l’écriture en miroir. Ensuite, elle exige la discrimination visuelle et spatiale de lettres proches (p,b,q,d). Enfin, elle accompagne la connaissance de graphèmes complexes, l’organisation des mots, des phrases par l’utilisation correcte de la ponctuation(perception des groupes syntaxiques).

méthodes de lecture

Les tendances actuelles des méthodes de lecture

En effet, l’intuition prémonitoire de Célestin Freinet a offert aux enseignants une synthèse globale des différents courants qui s’opposent actuellement en matière d’apprentissage de la lecture. La variété didactique comporte différentes dimensions qui recherchent l’adaptation de l’action de l’enseignant aux besoins des élèves face à l’apprentissage de la langue écrite. Pour résumer, deux invariants fondamentaux doivent guider l’enseignant :

  • proposer à l’élève des stratégies diversifiées.
  • satisfaire sa curiosité, stimuler son intérêt, lui permettre ainsi de parfaire son habileté lexique par un grand choix de textes de complexités différentes.

Actuellement, l’ensemble des chercheurs s’accorde sur un modèle interactif de la lecture. Donc, ils distinguent dans l’acte lexique une étape d’identification ou de reconnaissance des mots et une étape de compréhension ou d’intégration syntaxique, sémantique et textuelle qui met en jeu des traitements communs au langage écrit et au langage parlé. L’identification du mot étant un élément déterminant de compréhension.

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