Mieux connaître les dysgraphies

Les anomalies, insuffisances ou déficit de performance en écriture manuelle (graphisme) dites « dysgraphies », sont en effet un symptôme qui occupe une place particulière, aussi bien lors de la phase diagnostique, lors de l’évaluation du handicap et du pronostic ou encore lors de la conception du projet thérapeutique. Fréquemment allégué comme premier motif de consultation, il est le symptôme qui fera souvent suspecter, ou évoquer, une possible dyspraxie. Or il s’agit là d’un symptôme, qui peut ressortir de nombreuses causes, visuelles, motrices, psychologiques, cognitives, motivationnelles, etc. C’est d’ailleurs souvent sous cet angle que sont d’abord considérées ces dysgraphies. On sollicite l’attention et l’application de l’enfant et on propose un surcroît d’entraînement.

C’est seulement si le trouble est durable et si les progrès ne sont pas proportionnés aux efforts déployés qu’il est légitime d’explorer le graphisme manuel, et ce selon deux étapes successives : il faut d’abord s’assurer que les anomalies constatées sont bien du domaine de la pathologie, puis rechercher la cause du trouble, en faire le diagnostic.

dysgraphie

Comment s’assurer que le trouble graphique est bien une dysgraphie

Ceci impose des bilans étalonnés (en fonction de l’âge et du niveau scolaire de l’enfant) dans au moins trois domaines :

*les caractéristiques graphiques (analyse qualitative),

*la vitesse d’écriture;

*son degré d’automatisation, mesuré à partir du CE1 par les capacités d’accélération. Si les troubles sont majeurs, si l’enfant est totalement illisible ou dans l’incapacité de tracer des lettres, cette première étape est évidemment inutile. Mais, dans tous les autres cas, il ne saurait être question de parler de dysgraphie sans disposer des résultats de ces trois types d’épreuves.

Une fois la pathologie affirmée, il faut en faire le diagnostic

Il faudra tout d’abord éliminer les troubles neurosensoriels (en particulier visuels), neuromoteurs ou psychiatriques susceptibles de rendre compte du trouble. Le fait d’évoquer une dyspraxie, cela suppose que les bilans préalables (neuromoteurs, neurosensoriels) et les échelles de Wechsler soient compatibles avec un diagnostic de dys- d’une part (intelligence préservée, hétérogénéité des performances), et un diagnostic de dyspraxie d’autre part (échec aux épreuves sollicitant les fonctions visuo-practo-Spatiales, contrastant avec des réussites dans les autres domaines cognitifs). Dans le cadre d’une dyspraxie, la dysgraphie est quasi constante. Mais, une dysgraphie n’est pas forcément dyspraxique.

La dysgraphie typique

L’enfant qui « écrit mal » peut présenter une calligraphie « jugée » comme telle, mais cependant assurer une écriture manuelle suffisamment rapide et lisible, dans un contexte de réalisation orthographique et de coût cognitif acceptables. « Écrire mal » n’est donc pas un problème en soi. Cette graphie insuffisante, mais rentable, ne pose question qu’à l’entourage, pas  à l’élève. Il peut prendre en notes les cours et réaliser les contrôles écrits. Il peut se relire aisément, car les déformations scripturales sont constantes. Il n’est finalement pénalisé que sur le plan de la notation et/ou des appréciations de ses professeurs. La réalisation manuelle de l’écriture s’automatise lentement tout au long de l’école primaire.

Il en va tout autrement pour d’autres élèves qui présentent une dysgraphie symptôme scolaire référant à des mécanismes causaux variés. Malgré des années d’entraînement (scolaire) ou de rééducation (avec le psychomotricien, l’ergothérapeute, l’orthophoniste, le graphothérapeute, etc.), ils ne parviennent pas à réellement automatiser leur graphie. Vitesse de réalisation, et/ou lisibilité, et/ou coût cognitif de l’écriture manuelle (et/ou orthographe défaillante) rendent compte d’une dysgraphie, constituant, à elle seule, un véritable handicap scolaire. Depuis la diffusion d’informations concernant les pathologies dys , la dyspraxie est souvent évoquée pour tout élève dysgraphique. Cet automatisme : dysgraphie-dyspraxie, que l’on peut comprendre aisément (puisqu’il est exceptionnel qu’une véritable dyspraxie ne s’accompagne pas de dysgraphie), est cependant dommageable, car il existe de nombreuses autres causes de dysgraphies. Certaines se rencontrent en dehors du contexte des dys- (par exemple en raison d’un trouble neuromoteur des membres supérieurs : syndrome cérébelleux, d’autres réfèrent à d’autres troubles spécifiques des apprentissages.

La dysgraphie dyspraxique

Parmi les caractéristiques de la dysgraphie du dyspraxique, la principale est sans conteste son extrême fréquence : elle est quasi constante. L’écriture est en général lente et chaotique. Ce sont la vitesse d’écriture manuelle et/ou sa lisibilité, insuffisantes, qui placent les patients en situation de handicap lorsque l’écriture manuelle est sollicitée en classe.

Cependant, dans une certaine mesure, pour suivre le rythme (par exemple en dictée, ou lors de la prise de notes en cours), certains élèves dysgraphiques font le choix d’écrire « plus vite » aux dépens de la lisibilité. D’autres élèves, à contrario, font le choix de s’appliquer pour être plus lisibles, mais ils passent alors un temps considérable à réaliser l’écriture manuelle.

C’est cette mise en situation de double-tâche qui reste la plus sous-estimée. Elle passe souvent inaperçue, quand, avec beaucoup d’entraînement, de rééducation, d’efforts, l’enfant parvient à écrire plus lisiblement et pas trop lentement. Il semble parvenir à satisfaire aux exigences des professeurs. Ces progrès de l’enfant en calligraphie manuelle sont alors valorisés, sans que l’on mesure que lorsque le patient écrit, il est placé de fait en situation de double-tâche.

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Le diagnostic de la dysgraphie

Sur le plan strictement graphique, les spécificités des cas de dysgraphies sont :

  • On note une fluctuation de la performance : l’enfant s’y prend de différentes façons pour «rater» (voire même, exceptionnellement et de façon non reproductible, pour réussir) une lettre donnée. Cette fluctuation est d’ailleurs souvent mal interprétée, prise comme le signe d’une mauvaise volonté de l’enfant;
  • la lenteur est importante : l’enfant cherche le bon geste, hésite, corrige, reprend le tracé. Une dysgraphie rapide (l’enfant écrit vite mais mal, quasiment illisible) est à priori plus vraisemblablement soit non neurologique, soit à relier à un syndrome dys-exécutif ;
  • la dysgraphie n’est pas isolée : elle s’accompagne de troubles dans les gestes de la vie quotidienne, les activités sportives, etc.

Étant donné la fréquence de la dysgraphie, la souffrance intense qu’elle induit chez l’enfant (sollicité pour écrire à la main plusieurs heures par jour), ses graves conséquences scolaires (situation quasi permanente de double-tâche aux dépens des apprentissages académiques), il est très important de la reconnaître et de la rapporter à un diagnostic précis. C’est la seule voie pour, ensuite, faire des propositions efficaces et pertinentes à l’enfant et permettre sa réussite scolaire.

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