Période de développement propice à l’apprentissage de langue étrangère

De nombreux linguistes et didacticiens ont essayé de cerner la période de développement qui serait la plus propice à l’apprentissage d’une langue étrangère. Les conclusions auxquelles ils aboutissent sont parfois contradictoires. En effet, il faut prendre en compte les savoirs ou parfois les savoir-faire considérés dans l’élaboration des différents diagnostics. Il est relativement facile d’étudier les problèmes et de tester les élèves quand on s’intéresse aux savoirs lexicaux ou grammaticaux. Cerner de façon rigoureuse l’expression écrite ou surtout orale est tâche beaucoup moins aisée. De plus, comment comparer avec justesse les productions soit écrites, soit orales d’enfants ou d’adolescents ? On n’attend sans doute pas la même qualité de production de ces différents publics.

prononciation développement

La prononciation

Ce qui a longtemps été défendu c’est la corrélation qui existerait entre l’âge auquel un individu a commencé à apprendre une langue étrangère et la mesure dans laquelle il peut acquérir une prononciation authentique. Plus tard on commence, plus mal on prononce. Mais cette affirmation a depuis été fort critiquée. Les résultats obtenus par certains chercheurs ne confirment pas cette hypothèse couramment partagée. Les enfants ne sont pas systématiquement plus efficaces que des adultes dans le domaine phonétique-phonologie. Des adultes fortement motivés et bien entraînés peuvent acquérir une très bonne prononciation.

Il est également intéressant de souligner dans le débat actuel sur l’introduction des langues à l’école élémentaire que de nombreux chercheurs ont constaté que des enfants de quatre à six ans obtiennent en prononciation des résultats moins bons que des enfants de sept à neuf ans. Ceci n’est d’ailleurs guère étonnant. Nombreux sont les jeunes enfants qui éprouvent des difficultés pour prononcer certains sons de leur langue maternelle. Concernant la période de développement, qu’en est-il quand l’enfant grandit ? Chez des enfants de huit à onze ans, on a démontré une « pesanteur audio-phonatoire » résultant d’habitudes francophones déjà fixées ou en cours de fixation. Ces habitudes, lorsqu’elles diffèrent de celles de la langue étrangère apprise, ou s’opposent à elles. Agissent comme un frein sur l’acquisition en déclenchant des phénomènes d’interférence massive.

Tel est bien le cas pour des élèves français apprenant l’anglais. Car français et anglais différent grandement, non seulement dans le domaine des phonèmes, mais aussi dans celui de l’accentuation. Malgré les habitudes de repérages et d’articulation déjà prises, la malléabilité qui subsiste chez les enfants est considérable. Surtout vers huit ans, les facultés d’adaptation sont exceptionnelles. On a constaté qu’elles s’amenuisent entre neuf et dix ans et qu’elles s’annulent entre dix et onze ans.

Les rythmes d’acquisition et la période de développement propice

Quand on établit des comparaisons entre des groupes d’enfants ayant commencé l’apprentissage d’une langue à des âges différents. Il faut tenir compte d’un paramètre important dans l’analyse. Celui des rythmes d’acquisition. En effet, les différences sont notoires. Plusieurs études prouvent que les enfants plus jeunes apprennent plus lentement que les enfants plus âgés. Un groupe de chercheurs a même affirmé qu’en six mois seulement. Des collégiens atteignent approximativement le même niveau en langue que des enfants qui ont commencé l’étude d’une langue en maternelle.

Cependant, Jean Petit, didacticien de l’allemand, affirme que les capacités d’assimilation du lexique décroissent sensiblement après l’âge de neuf ans. Comment résoudre cette apparente contradiction ? Sans doute en marquant bien la différence entre le lexique réellement assimilé et celui proposé aux élèves. Peut-être faudrait-il aussi étudier les effets d’un enseignement précoce d’une langue étrangère sur la motivation des élèves au collège. Ce pari n’est pas sans risque. Christian Puren pense que l’introduction d’une langue à l’école élémentaire pourrait chez certains élèves entraîner des phénomènes bien connus de démotivation et de régression qui apparaissent déjà au début du second cycle.

période de développement

Cette période de développement dépend de l’ordre d’acquisition des connaissances

Il est intéressant de s’attarder sur un autre élément à prendre en compte pour fixer la période de développement la plus propice à l’apprentissage d’une langue étrangère. C’est l’ordre d’acquisition des connaissances. Cet ordre d’acquisition intègre essentiellement les savoirs d’ordre grammatical. On a pu déterminer que cet ordre est semblable pour différents groupes d’enfants. Il semble aussi que cet ordre serait le même en ce qui concerne d’une part l’acquisition d’une langue maternelle. D’autre part l’acquisition d’une langue seconde. Par exemple, dans les deux situations, les questions intonatives apparaissent toujours avant les questions qui entraînent un bouleversement de l’ordre syntaxique. À ce propos, Jean Petit a constaté que le degré de difficulté des structures morphosyntaxiques dicte souvent l’ordre d’acquisition dans l’apprentissage. Ceci tout à fait indépendamment des besoins de la communication.

Autre phénomène intéressant. Au cours de leur apprentissage d’une langue étrangère, les adultes font des erreurs très semblables à celles des enfants qui apprennent la même langue étrangère. Ces deux publics feraient d’ailleurs nombre d’erreurs comparables à celles des enfants qui apprennent cette langue en tant que langue maternelle. Par exemple, en français on peut entendre des productions du genre « il a prendu » chez un 3 ans.

Toutes ces constatations ont amené de nombreux chercheurs à insister sur le fait que les erreurs font partie intégrante du processus d’apprentissage. En plus, elles constituent des étapes nécessaires de l’inter langue de l’apprenant et qu’il faudrait sans doute éviter de trop fustiger les élèves quand ils commettent des erreurs.

En résumé…

Pour Stephen Krashen, nom célèbre dans le domaine de la didactique des langues, comme pour Jean Petit. La période de développement sensible de l’apprentissage des langues s’éteint au moment où, sur le plan cognitif, le stade des opérations concrètes (7/ 11 ans) fait place à celui des opérations formelles (11/15 ans). Ce que ces deux chercheurs constatent, c’est un déclin de certaines capacités. Le seuil critique de la 11ème année se révèle concerner surtout l’apprentissage de la phonologie.

Pour résumer, même si la plupart des chercheurs sont d’accord pour admettre que certaines facultés diminuent au début de l’adolescence, déclin n’est pas synonyme d’extinction. Pour l’épistémologie génétique, toute faculté acquise se trouve intégrée au niveau ultérieur et supérieur du développement. D’ailleurs, certains adultes extrêmement motivés et suffisamment bien entraînés peuvent parvenir à un niveau de langue d’une conformité quasi-totale avec le standard de la langue cible. Sans doute atteignent-ils ces résultats par des voies partiellement différentes de celles qu’utilisent les enfants. Mais pour la majorité des adultes comme pour la majorité des enfants. Aprendre une langue étrangère reste souvent une entreprise laborieuse et de longue haleine.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *