Pour un développement harmonieux de nos élèves

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«Si par une éducation bien conçue, tous étaient mis en état de goûter les satisfactions d’ordre supérieur que procurent les beautés naturelles et les chefs d’œuvre de l’un, si tant de joies ignorées de la plupart étaient révélées à tous en aimant et en goûtant le beau, l’homme deviendrait meilleur parce qu’il serait plus heureux.» Quenioux

une éducation pour un élève

L’éducation esthétique négligée

Sur le plan scolaire nous n’avons guère entrepris la formation du goût des enfants. L’éducation artistique reste en dehors du circuit éducatif réel. Son potentiel reste inexploité parce qu’on ne voit pas son caractère globalement formateur. Ne voyant pas les utilités profondes de notre action, nous avons tendance à la dédaigner. Oubliée par beaucoup, négligée par d’autres, dévalorisée par certains, l’éducation artistique reste généralement incomprise. On ne voit pas encore bien souvent, la part qu’elle peut prendre à l’élaboration de l’individu, ni comment elle peut intervenir comme un élément structurant dans le domaine du psychisme et du social, agissant globalement sur la globalité de l’individu.

Comment ne pas être frappé du peu d’heures que les programmes réservent au dessin, au chant ou à l’histoire de l’an ! Et encore, il faut tenir compte du fait que certains maîtres escamotent ces quelques heures au profit des séances de forcing qu’ils jugent indispensables à l’entrainement de leurs poulains. Ils ont, malheureusement des excuses. Il y a les examens. Ces examens qui sont encore des épreuves de connaissances bien plus que d’aptitudes. Eux seuls importent… Comme s’il devait s’agir en fait de bourrer des têtes.

Il s’agit de former le goût de nos élèves, de leur apprendre à jouir des trésors dont nous sommes héritiers. De leur apprendre, en somme, que l’homme ne se nourrit pas que de pain. Créer en eux le besoin du Beau, les rendre capables de trouver dans l’œuvre admirable de l’homme et dans la nature une source intarissable, où étancher leur soif d’idéal ; voilà ce qui importe.

Développer la créativité

La rénovation pédagogique suppose donc un changement dans la conception d’une éducation jusqu’ici soucieuse uniquement de donner des mécanismes, et de développer l’intelligence. Les rénovateurs insistent sur la nécessité de développer ce qu’on nomme aujourd’hui créativité qu’on appelait autrefois imagination. La créativité est l’ensemble des processus qui peuvent conduire tout individu à une création. Elle sommeille en nous tous, énergie latente qui ne demande qu’à s’exprimer. On conçoit la place capitale de la créativité dans une démarche pédagogique. Elle libère l’énergie spirituelle dont la société a le plus besoin, pour résoudre les problèmes complexes que posent ses transformations. Sur le plan esthétique, elle permet la libre expression de soi, donne à chacun la chance de s’accomplir et d’atteindre par là l’équilibre dynamique pour entretenir des relations créatrices avec tout ce qui l’entoure.

Or, si les enseignants n’ont jamais déclaré la guerre à l’imagination, la pédagogie demeure une entreprise qui valorise la perception aux dépens de l’imagination. C’est donc à un changement radical d’attitude que sont conviés les éducateurs afin que l’esprit logique et la créativité soient deux buts non contradictoires, mais complémentaires. Les données récentes de la psychologie nous invitent, en effet, à compléter les trois facteurs, physique, intellectuel et moral de l’éducation, par une éducation de l’affectivité.

la créativité pour une éducation

Une éducation de l’affectivité

Nous n’en sommes plus à ignorer l’importance des tendances affectives inconscientes dans la formation de la personnalité, ni leur influence, non seulement sur le comportement de l’individu, mais sur l’intelligence, la volonté, sur l’ensemble du caractère. Ces tendances profondes, les plus intérieures à nous-mêmes, exercent une action prépondérante sur nos rapports avec les choses et avec les êtres. Or, ces tendances naturelles ne sont pas immuables. Leur orientation n’est pas déterminée strictement, elles sont éducables.

Par son action sur les tendances affectives, l’éducation peut ainsi orienter l’existence même de l’individu. Eviter qu’elles ne manifestent un développement anarchique. Les discipliner en les orientant vers les fins désirables. Faire en sorte que se réalise la synthèse de tendances intellectuelles, affectives, volontaires, l’harmonie intérieure de l’être et son accord avec le monde. N’est-ce pas là le but de toute éducation véritable ? Dans la préparation de cette synthèse psychique, l’éducation des tendances affectives apparaît comme la condition de la formation du goût.

Le goût ne se forme pas par des méthodes didactiques, mais par la multiplication des contacts avec la beauté répandue dans la nature ou les œuvres humaines, et par l’activité créative que tout enfant manifeste comme un instinct impérieux, pour peu qu’il se trouve placé dans le cadre libéral et suggestif indispensable. Ainsi l’éducation artistique se présente comme l’instrument privilégié de la formation du goût chez l’enfant.

L’art n’est plus un luxe

Le monde moderne attend de l’école une éducation artistique répondant à la place prise, dans notre société, par l’art qui se démocratise de plus en plus, avec la radio, la télévision, les compagnies théâtrales, les concerts, les galeries d’exposition et s’introduit partout, modifiant la vie mentale de l’homme le moins cultivé. L’art n’est plus un luxe et l’éducation artistique ne doit plus être le signe distinctif d’une élite, ni un privilège. Elle doit s’étendre à tous.

L’éducation par l’art favorise le développement de la personnalité tout entière, alliant l’activité manuelle à l’activité intellectuelle, les fondant dans un processus créateur. Ainsi l’art est mis au service de l’éducation. L’ignorer, c’est se priver d’un instrument efficace pour conduire la personnalité naissante de l’enfant à son plein épanouissement. L’émotion que déclenche l’œuvre d’art est un élément capital de l’éducation, car elle contribue à régler les tendances affectives de l’enfant.

L’objectif de l’éducation artistique cesse donc d’être l’apprentissage d’une technique, pour devenir un moyen au service de l’éducation globale de l’enfant. Il ne s’agit seulement plus, pour les éducateurs d’enseigner l’art mais d’éduquer par l’art.

Assurer à l’enfant un développement harmonieux

«L’art ne parle qu’à qui apprend à l’entendre : il est un agent de communication qui, parallèlement à la communication verbale, assure la régulation de l’individu et de la société en ajustant la sensibilité à la réalité en voie de formation».

Globale, permanente, cherchant moins à développer telle ou telle faculté qu’à favoriser l’épanouissement de la personnalité, l’initiation esthétique propose une attitude, incite à une participation permanente, invite chacun à manifester une curiosité vivante, neuve, à exercer un regard, sensible et actif, à voir en dehors de toute routine et de tout préjugé, à découvrir, sans cesse, à comprendre. L’éducation artistique est plus qu’une spécialité, elle est une dimension de l’éducation tout entière qui prépare une certaine qualité d’existence.

En effet, il n’est pas d’éducation possible sans unité de l’action éducative et synthèse des éléments de cette action car, un système éducatif est un ensemble, lié et cohérent, dont toutes les parties doivent s’ajuster et se compléter harmonieusement pour se fondre dans une unité organique, correspondant à l’unité même de la personne à laquelle le système s’applique. Un grand pas serait fait vers l’éducation permanente si on forme le goût des élèves comme on forme leur intelligence, leur corps ou leur sens moral, pour assurer à leur personnalité naissante un développement global.

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