Quelle démarche à adopter pour réhabiliter la formation

Parallèlement à l’éducation dans les établissements scolaires publics et privées, une des priorités des temps à venir est la formation dite professionnelle. Il y a un vieux conflit qui fait partie de la mythologie entre la formation générale, celle qui fait l’honnête homme, le citoyen capable d’exercer librement son jugement, et la formation professionnelle que certains ont tendance à considérer comme dégradante, porteuse de spécialisations précoces ou trop étroites. La formation doit être réhabilitée dans notre pays.

Je trouve absurde d’opposer abstraitement la formation générale à la formation professionnelle. On confond tout simplement deux moments de la formation.

De la formation générale à la formation professionnelle

Beaucoup de progrès ont été faits, mais la tâche demeure considérable. Le système éducatif reste fondé sur une hiérarchie de valeurs. Il veut garder les bons élèves pour ses filières nobles (nos mères voulaient faire de nous des médecins ou des avocats). Faut-il alors se séparer des « mauvais », les victimes de l’échec scolaire, ou les reléguer dans d’autres types de formation, comme l’apprentissage.

Les métiers manuels perdent ainsi de valeur et demeurent déconsidérés dans la société puisqu’ils représentent pour la plupart le symbole de l’exploitation de l’homme par l’homme. Quand on a entretenu ce mépris pendant des décades, il ne faut pas s’étonner que la pente soit si lente à remonter.

Le système conduit donc à une mauvaise orientation des élèves: d’un côté, certains se trouvent entraînés dans des études sans perspective de débouchés, de l’autre, des métiers sont délaissés, par manque de considération matérielle ou humaine. On a du mal à trouver un apprenti maçon parce que ce sont des métiers difficiles et mal connus. Si l’on veut remonter la pente, l’apprentissage et la formation par alternance doivent devenir une voie normale de formation et de réussite à part entière. Une voie normale pour devenir technicien supérieur, ingénieur ou cadre commercial. Il n’y a pas de métier plus ou moins noble.

Les chantiers à engager pour valoriser l’enseignement professionnel répondent au triple souci de crédibilité, de lisibilité et de fluidité de l’ensemble des formations à vocation de professionnalisation. Il est urgent de revaloriser l’apprentissage et l’enseignement professionnel.

La formation par alternance : enjeu politique et social

La formation par alternance est née avec l’apprentissage. Un certain nombre de professions : les infirmières, par exemple, et les travailleurs sociaux la pratiquent depuis fort longtemps, dans notre pays. Cependant, il a fallu attendre pour que se développent dans d’autres activités quelques timides expériences en alternance, dans le double objectif d’insérer les jeunes et de les motiver pour la formation. On pourrait croire qu’il s’agit là d’un simple problème technique, d’une pure question de pédagogie. C’est évident que la formation par alternance constitue un enjeu non seulement pédagogique mais politique et social très important car il met profondément en cause la formation aussi bien l’école et l’entreprise ainsi que leurs relations et leurs interactions. L’alternance n’atteint son but de formation que si le travail confié au jeune est qualifiant et gratifiant, que s’il a véritablement une place dans l’entreprise.

Les conditions favorables à l’alternance

J’ai dégagé trois préalables à même de favoriser la formation par alternance:

-rapprocher d’abord formation générale et formation professionnelle,

-rapprocher aussi qualification professionnelle et « qualification sociale »

-rapprocher enfin qualifications individuelles et collectives.

L’alternance peut donc enfin servir soit à l’accès à une qualification, soit à l’accès à une insertion professionnelle.

Elle repose principalement sur le degré de la relation voulue entre les contributions des deux formateurs qui sont l’entreprise et le centre de formation, mais aussi l’apprenti qui a un rôle attribué dans ce dispositif relationnel.

Pour résumer les résultats de l’analyse je l’ai ramenée à quelques repères pour mieux réussir la formation par alternance.

Principal acteur de sa formation

L’apprenant doit être acteur de sa formation. Les savoirs ne peuvent être acquis qu’à partir du moment où l’apprenant saisit leur sens et arrive à les utiliser en situation de travail. Une co-action est utile entre l’entreprise, l’organisme de formation et l’apprenant, cette co-action génère de la créativité de la part de tous les acteurs, y compris de l’apprenant, car il s’agit :

  • d’adapter et de rendre opératoire ensemble un savoir construit dans le cadre d’une formation aux réalités et aux attentes de l’institution concernée,
  • suivre les effets de la mise en place d’un dispositif de formation,
  • organiser un suivi post formation pour l’instant quasi-inexistant, ce qui permettrait de disposer d’un outil d’analyse pertinent.

Du projet de formation à la mise en place de la formation elle-même, il est important de rester attentif à la demande, afin de minimiser les écarts entre le projet prescrit et contractualisé et la réalité de ce qui se vit.

La formation : facteur d’adaptation de l’offre à la demande

Ainsi le développement des entreprises peut être bridé, et donc le chômage accrû, par l’inadaptation de l’offre et de la demande. Mais le problème le plus crucial dans ce domaine reste celui de la formation permanente où de nouvelles pistes peuvent être ouvertes. Il convient de considérer l’adaptation continue aux technologies qui ne cessent d’évoluer, la nécessité pour les travailleurs dans une économie beaucoup plus flexible et mouvante de changer de métier fréquemment, les nombreux risques (ou chances) de reconversion que rencontrent les salariés dans leur vie professionnelle.

Le besoin permanent de renouvellement des qualifications des entreprises implique des efforts de formation permanents beaucoup plus importants et surtout beaucoup plus intégrés d’un côté à la stratégie de l’entreprise, de l’autre au parcours professionnel du travailleur.

Sans ces changements en qualité qu’en quantité, c’est tout l’équilibre du marché du travail, après l’école, qui sera remis en question et c’est aussi, sans aucune doute, la possibilité pour les citoyens et les générations futures d’évoluer sans être exclus, dans une économie en transformation permanente d’un an à l’autre.

La formation : quelle démarche ?

De plus en plus de métiers requièrent un haut degré de spécialisation, mais au départ il faut assurer une formation générale large et puis ensuite, le cas échéant et en liaison avec le monde industriel, une formation professionnelle pointue. Il faut que dans l’école, le lycée ainsi dans l’université comme dans les autres établissements, on se dirige vers le développement de formations plus ou moins professionnalisées, quels que soient les réticences à faire face et les ressources à engager. C’est l’avenir de nos enfants qui est en cause.

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