Bien connaître les styles d’apprentissage de ses apprenants

Les styles d’apprentissage ou encore styles cognitifs comme appelés par certains auteurs représentent les approches personnelles, globales et relativement stables qui caractérisent la manière distincte que préfère utiliser une personne pour apprendre, comprendre, organiser son expérience et son savoir, percevoir et traiter l’information, appréhender des éléments perceptuels ou résoudre un problème dans une grande variété de situations.

styles d'apprentissage

Variation du style cognitif

En fait, en fonction du contexte, un individu varie parfois dans son style cognitif. Dans la littérature scientifique, les styles d’apprentissage vont en général par deux:

  • field-dependent / field-independent
  • verbal / imaginal
  • operation learning / comprehension learning
  • réflectif / impulsif
  • intolérant / tolérant de l’ambigu
  • sérialiste / globaliste
  • auditif / visuel…

La plupart du temps, ces styles d’apprentissage demeurent inconscients. Il s’agit d’une préférence inhérente à la personnalité de l’individu. Cependant, certains chercheurs et enseignants ont mis au point des tests qui permettent aux apprenants de découvrir leur style d’apprentissage. Ceci afin qu’ils puissent, le cas échéant, le modifier, si celui-ci ne leur permet pas d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés.

En France, Antoine de la Garanderie, professeur de philosophie, a été un précurseur en la matière. Ses travaux sur les Profils Pédagogiques sont très connus des enseignants du premier degré. Pour de la Garanderie, il s’agit de trouver un équilibre entre le profil visuel et le profil auditif. Un équilibre qu’il est souhaitable de trouver entre douze et seize ans grâce à une réflexion méthodologique. Mais la méthode d’investigation préconisée par La Garanderie, l’introspection, est remise en cause par de nombreux chercheurs. Notamment Alain Lieury, psychologue célèbre pour ses travaux sur la mémoire. Il considère que c’est une erreur méthodologique d’accorder du crédit aux témoignages des élèves sur leurs propres capacités.

Les globalistes & les sérialistes

Dans les pays anglophones, on s’est également interrogé sur la façon dont les élèves apprennent. Pask, le chercheur londonien, a isolé deux styles d’apprentissage qui s’opposent et en a identifié les déformations pathologiques. II a établi une distinction souvent reprise par la suite entre les individus qui privilégient l’apprentissage par la compréhension globale. Et d’autres qui préfèrent l’apprentissage opératoire. À ces termes, sont parfois préférés ceux de « globalisant » et de « sérialisant ». J. P. Narcy, spécialiste de la didactique de l’anglais, les a choisis parce qu’il considère que rien n’est jamais définitivement figé. Qu’un style d’apprentissage peut toujours être modifié.

Les distinctions entre globalistes et sérialistes recoupent en partie celles établies par de la Garanderie. Comme leur nom l’indique, les globalistes pratiquent une approche globale et ne se préoccupent guère des détails, sauf en dernier ressort. Ils usent volontiers d’anecdotes, d’illustrations. Ils ont fréquemment recours à des analogies et parviennent rapidement à des visions d’ensemble. Enfin, ils ont un champ d’attention plus large et ont tendance à se projeter dans l’avenir. Mais ce type de démarche intellectuelle peut aussi conduire à proposer des analogies inappropriées. A procéder à des généralisations abusives, à aboutir prématurément à des conclusions qui ne s’appuient pas sur des arguments suffisants.

Les sérialistes progressent de façon linéaire, allant d’un détail à l’autre. Ils adoptent une démarche analytique. L’inconvénient majeur de ce type d’apprentissage est l’étroitesse de vue, l’incapacité à saisir les analogies, à bâtir des vues d’ensemble. Les sérialistes manquent le plus souvent d’esprit de synthèse. J. P. Narcy affirme que lorsqu’ils évitent les excès de leur méthode, les deux types d’apprenants peuvent parvenir à des niveaux équivalents de compréhension d’un problème.

Ajuster les styles d’apprentissage en fonction des circonstances

Tous les chercheurs insistent sur les avantages que confère le fait de ne pas être esclave d’un seul système. Il faudrait que l’apprenant soit capable d’ajuster ses stratégies en fonction des circonstances et de la tâche à accomplir. En fait, il s’agit d’utiliser de façon harmonieuse les deux hémisphères de son cerveau. En effet, des études ont permis de montrer le lien entre styles d’apprentissage et activation des hémisphères du cerveau. Les globalistes et les visuels privilégient les cheminements nerveux dans l’hémisphère droit. Les sérialistes et les auditifs privilégient les cheminements nerveux dans l’hémisphère gauche.

Trop longtemps, en Europe et en France notamment, on a accordé une attention quasi exclusive aux capacités de l’hémisphère gauche du cerveau. Cependant, il existe une complémentarité entre les deux hémisphères. Le droit s’occuperait du traitement global et spatial des informations. Il traiterait l’information brève, l’image pauvre ou de grande dimension. Il se chargerait aussi des opérations élémentaires et nouvelles. Ce qu’il faut souligner, c’est qu’il servirait de cadre aux opérations de l’hémisphère gauche qui se chargerait du traitement des détails, des informations familières. Mais aussi des informations plus complexes, plus détaillées, nécessitant un temps de traitement plus long. Toutes les recherches sur le fonctionnement du cerveau continuent la nécessité de solliciter les deux hémisphères.

Traduisons en termes plus pragmatiques. Il s’agit d’aller du global à l’analytique (message oral, lecture). Du contexte au détail (activités d’anticipation en classe), du général au particulier. En tout cas, il ne faudrait négliger ni le langage des mots, ni celui des images, ni celui du corps. En effet, il a été prouvé que plus les voies d’accès à l’information sont nombreuses, plus les acquisitions sont solides. Au moment du rappel de l’information, l’individu dispose de plus de possibilités pour retrouver celle dont il a besoin.

les apprentissages

Styles d’apprentissage et langue étrangère

On peut se demander si la distinction opérée entre globalistes et sérialistes est pertinente dans le domaine de l’apprentissage des langues. Il semblerait qu’au tout début de l’apprentissage, les globalisants, plus intuitifs et qui apprennent plutôt par osmose, trouvent la tâche plus facile. Mais les choses se compliquent vite. Dès le stade de la confrontation avec des documents plus complexes. Notamment des documents authentiques, les sérialistes disposeraient d’armes plus adaptées. Ils possèdent la capacité d’analyser avec minutie. Et d’étudier en profondeur les documents proposés et ils perçoivent mieux les différences culturelles.

Les globalistes, qui font plutôt appel à leur imagination, n’observeraient pas finement les documents authentiques. Comme il est impossible d’apprendre longtemps par osmose dans un cadre institutionnel où le bain linguistique est forcément limité. Ils éprouvent rapidement des difficultés. J. P. Narcy estime quant à lui que ce n’est pas un apprentissage qui convient à l’apprenant qu’il faut mettre en place. Mais des tâches adaptées à leurs besoins. Il faudrait plutôt aider les élèves à orienter leurs méthodes de travail. Pour qu’ils puissent atteindre les objectifs fixés par l’institution ou par eux-mêmes, suivant le contexte d’apprentissage.

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