Comment faire face à la violence scolaire ?

La formation pédagogique, dans ce qu’elle apporte aussi bien du point de vue des connaissances didactiques que sur notre capacité à analyser notre pratique pour l’améliorer, se trouve en échec face à des situations que nous pourrions qualifier d’anormales, en tout cas extrêmes. Toutefois ces situations existent et du fait de la difficulté que nous éprouvons à les gérer, elles nous semblent d’autant plus fréquentes et traumatisantes. Ces situations extrêmes se traduisent bien souvent par une violence scolaire qui peut mettre en jeu différents partenaires.

L’éloignement culturel en rapport avec la violence scolaire

Les situations extrêmes sont souvent en rapport avec une certaine violence face à laquelle il est d’autant plus difficile de réagir que cette violence scolaire se trouve culturellement éloignée des enseignants. En effet, les violences verbales qui vont être reçues ainsi par l’enseignant, sont dans certains quartiers, la façon habituelle de s’exprimer. Les enfants et les adultes issus de ces quartiers souvent le savent bien. Ils vont en général essayer de maîtriser ce langage dans l’institution scolaire. Mais en cas de crise (d’énervement), de moments où l’on s’oublie, ce langage va réapparaître. Il sera d’autant plus mal vécu que la situation sera déjà tendue. C’est le genre de situation que l’on peut rencontrer, par exemple, à l’occasion de la venue de parents à l’école qui viendraient initialement chercher une explication sur un événement concernant leur enfant.

La dimension socioculturelle influe également sur le rapport à l’école qu’entretiennent certaines familles. L’école est pour une partie de la population un lieu d’échec, échec quant à la scolarité passée des parents ou celle, actuelle, des enfants. Il n’y a guère de connivence avec l’école, mais beaucoup de péril à y pénétrer ou à s’entretenir avec les enseignants. L’enseignant se retrouve souvent de ce fait face à des parents ou des enfants qui, pénétrés de ce péril que représente l’école, l’abordent avec agressivité. Cette agressivité est ainsi à la hauteur de leur angoisse et de leur peur.

L’enseignant reçoit par ailleurs ces parents après une demi-journée de classe. Il est fatigué, mais aussi angoissé par l’incertitude permanente qui se trouve dans l’acte d’enseignement, par le fait qu’il a peut-être raté quelque chose. Cette situation peut dégénérer brutalement vers une viole importante. Souvent aucune des deux parties ne sentira que l’autre est dans la même fragilité que soi.

violence institutrice

Ce que nous renvoient les autres de la violence que nous vivons

Notre rapport à la violence évolue depuis des siècles. En effet nous ne pouvons pas affirmer qu’il y a plus de violence actuellement mais le rapport à cette violence a changé. Notre seuil de tolérance à supporter certaines violences a changé. Et ce des les deux sens, la violence maître/élève et la violence élève/maître.

La violence peut être difficile à gérer par ce qui nous est renvoyé par le regard de l’autre. En effet bien que la majorité des enseignants doit faire face à une forme ou une autre de violence, certaines représentations restent encore bien ancrées car dans certains établissements règne encore la certitude que c’est de la faute de l’agressé, et qu’il l’a souvent mérité.

Certains collègues croient que toute agression ne serait qu’une sanction pédagogique par les élèves. Or, la réalité est plus complexe et si, quelquefois, cette croyance est vérifiée, c’est loin d’être une règle. Entre la dissimulation par certains de ce qui se passe dans leur classe, les moyens utilisés par d’autres et enfin la relative paix obtenue par les derniers au prix de l’expérience, d’un début de carrière dans des conditions différentes, on peut affirmer que la violence, qui existe dans certains établissements, certaines classes, n’est pas la sanction pédagogique de certains maîtres. De plus ce n’est pas en stigmatisant la soit disant incompétence de certains que l’on se met en mesure de résoudre le problème.

La violence que nous générons nous-mêmes

La violence peut être difficile à gérer du fait de notre capacité à culpabiliser. Nous n’avons bien souvent pas besoin du regard des autres pour culpabiliser face à une violence qui se développe dans notre classe. Loin de dénier toute responsabilité au maître, il s’agit de ne pas se laisser enfermer dans une seule responsabilité qui implique bien souvent un repli sur soi et l’auto-flagellation.

Il faut se mettre dans la posture suivante. Nous ne sommes pas les seuls à vivre cette violence. Des solutions même si elles sont contextualisées ont été trouvées par certains collègues. Parler de cette violence nous libérera, nous pourrons certainement adapter les solutions d’autres collègues à nos pratiques.

Toutefois, il ne faut pas nier certaines responsabilités du maître. Des pratiques peuvent générer la violence. Si ces pratiques sont les nôtres, nous aurons des difficultés à les identifier. Il est clair qu’un non-respect des élèves entraîne des réactions violentes. Ce non-respect peut se traduire par un système de notation excluant une partie de la population scolaire. Une dévalorisation des élèves par des qualificatifs déplacés. Le niveau sonore de la classe et celui du maître en particulier, le registre de langue et la considération du maître vis-à-vis de ses élèves, contribuent ou non à un climat de violence.

violence scolaire

Face aux problèmes de violence scolaire

Dans les cas de maltraitances, physiques ou morales, il est bien souvent difficile de remarquer puis d’en interpréter les signes. Ces violences existent. Il est du devoir du maître de protéger les élèves. Ces violences ont des répercussions sur le comportement scolaire des élèves. Dans les établissements et les circonscriptions se sont constituées des équipes ressources auxquelles il faut faire appel dès qu’un doute apparaît. Il ne faut ni mépriser un sentiment que l’on a, ni rester seul face au problème. L’enseignant et l’institution scolaire sont là pour faire vivre la loi, lui donner un sens et permettre au mieux aux élèves de vivre dans la sécurité. Il ne s’agit pas toutefois de se mettre en danger moralement ou physiquement ni de prendre en charge tous les dysfonctionnements de la société.

La volonté de tout assumer peut être liée au sentiment de toute puissance de l’école. Un peu comme si l’école devait et pouvait prendre en charge tous les malheurs du monde. L’école ne peut tout assumer, par contre elle doit assumer sa part. Mais l’école, ce n’est pas un enseignant. La résolution de certains problèmes de violence est du ressort de l’équipe pédagogique (cohérence des attitudes, cohésion…). L’équipe pédagogique ne peut elle non plus tout résoudre. Il peut arriver que l’on soit obligé de mobiliser toutes les ressources que peut procurer l’institution.

En résumé…

Des problèmes de violence scolaire existent dans nos établissements mais il n’est pas utile de les majorer. Pour cependant faire face à ce type de situation, il faut savoir de quels types de violence il s’agit. Les difficultés que rencontre l’école pour réagir face à la violence peuvent être liées aux différences d’appartenances socioculturelles entre les maîtres et leur public, au rapport que nous entretenons avec la violence et à la capacité d’en décrypter ses signes.

La difficulté réside également dans les implications psychologiques, avec soi-même, avec ses collègues, quand ce type de problème apparaît. Sa gestion par l’enseignant passe par un regard réflexif sur ses pratiques en évitant la culpabilisation. Mais aussi, en évitant de considérer que l’école peut tout résoudre. Il ne faut pas hésiter à faire appel à l’équipe pédagogique, mais aussi à l’ensemble de l’institution scolaire, voire à l’institution judiciaire si le cas le nécessite. Il ne faut résolument pas se résigner à la solitude ou abdiquer devant la violence sous peine d’aggraver la situation et de faillir à sa mission.

1 Commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *